mardi 7 juillet 2020

Hébergement d'urgence (17)

Après dîner, elle est allée faire une rapide incursion dans la salle de bains dont elle est revenue vêtue, en tout et pour tout, de sa petite culotte parme festonnée, l’une de mes préférées. Et elle s’est arrangé, sur le canapé du séjour, un petit nid de coussins au creux duquel elle s’est confortablement installée.

– Là ! Allez-y ! Je vous écoute… Racontez-moi tout. Bien en détail. En commençant par le début. C’était qui, cet ami ?

– Philibert. Un copain d’enfance. On avait fait toute notre scolarité ensemble, la fac y comprise. Et puis, chacun avait suivi sa route et on avait plus ou moins fini par se perdre de vue. Jusqu’à ce qu’il m’appelle, un beau jour de juin, pour me faire part des fantasmes de sa femme. Et me demander si je ne voudrais pas l’aider à les réaliser.

– Vous la connaissiez, elle ?

– J’avais été invité à leur mariage. Et je l’avais, par la suite, rapidement entrevue à deux ou trois reprises. Une petite femme effacée à qui on aurait donné le Bon Dieu sans confession.

– C’est les pires, ça, souvent. Les plus dévergondées. Et alors ? C’était quoi exactement qu’elle voulait ?

– Comme je t’ai dit… Qu’on se donne du plaisir l’un à l’autre devant elle. Sans qu’elle intervienne en quoi que ce soit. Juste spectatrice.

– Comme je la comprends ! Parce que ça, c’est un truc, comment ça me branche, moi aussi, deux mecs ensemble ! Bien plus que n’importe quoi d’autre. J’aimerais trop ça en voir en vrai un jour. Parce que c’est pas mal, les films, oui, mais c’est pas vaiment pareil. Bon, mais avant ? Vous aviez déjà fait des trucs ensemble avant, tous les deux, ce Philibert et vous ?

– Une fois, oui. Sous la tente. Au cours d’une randonnée pédestre dans les gorges du Verdon, juste après le bac. L’après-midi, on était tombés sur deux filles qui bronzaient à poil. On les avait matées un long moment. Alors le soir… Il s’est mis à se le faire de son côté. Et moi, du mien.

– Tant et si bien que vous avez fini par vous prêter mutuellement assistance. Logique… Du coup, c’était pas complètement nouveau pour vous le jour avec sa femme. Ça aide. Bon, mais ça s’est passé comment ?

– On s’est pris dans la bouche.

Ses yeux se sont mis à briller.

– Ensemble ou séparément ?

– L’un après l’autre. C’est comme ça qu’elle a voulu, sa femme. Lui d’abord. Et moi après.

– Vous avez avalé ?

– Lui, oui. Moi, non.

Elle s’est passé la langue sur les lèvres.

– Et elle faisait quoi, elle ?

– Elle regardait et elle se branlait. Elle était complètement déchaînée. Trois fois, quatre fois, elle a joui. Je sais pas au juste. J’ai pas compté.

– Et après ?

– On a dormi. Tous les trois ensemble. Et au matin on a recommencé.

– Toujours dans la bouche ?

– Mais en même temps cette fois.

Elle a soupiré.

– Comment j’aurais aimé être une petite souris…

Changé de position.

– Et dedans ? Vous vous l’êtes pas mise dedans derrière ?

Entre les cuisses, sa petite culotte était mouillée.

– Non.

– Dommage ! Et comment ça a dû être frustrant pour elle.

– Si elle y avait vraiment tenu, elle nous l’aurait demandé.

– Oui ben, je peux vous dire que si ça avait été moi, vous y auriez pas coupé, alors là !

Elle a encore changé de position.

– Et vous dites que vous avez aimé ?

– Oui. Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est de voir dans quel état, ça la mettait, elle !

– Ce qui m’étonne pas de vous.

Elle s’est brusquement levée.

– Je reviens. Je vais prendre une douche. Parce que comment vous m’avez donné chaud avec tous vos souvenirs, là !


* *

*


Au retour, c’était sa culotte blanche, cette fois. Celle avec les petites fleurs incrustées couleur ivoire. Elle a tapoté les coussins, s’est réinstallée.

– Ça vous dit toujours ?

– Quoi donc ?

– De me le voir de tout près.

Si ça me disait ? Un peu que ça me disait ! Et comment !

– Bon, mais alors, qu’on soit bien d’accord ! Pas touche ! Sinon ça s’arrête tout de suite. Et jamais ça recommencera.

Tout ce qu’elle voulait ! Tout ce qu’elle voulait ! Du moment que…

– Eh ben, venez alors !

Je me suis précipitamment approché, agenouillé. Tout près.

Elle a glissé ses deux pouces, un de chaque côté, sous l’élastique de la culotte et elle l’a descendue. D’un petit centimètre, un seul, les yeux fixés sur moi. Elle a laissé passer du temps. Un temps qui m’a paru interminable. Et puis un autre centimètre. Un autre encore. D’autres encore, d’éternité en éternité. Le minuscule échantillon de petit poils clairets qu’elle conserve précieusement, tout en haut, est enfin apparu.

– Il est tout chaud, votre souffle.

Et puis les premiers contreforts de son fendu d’amour. Avec ses deux petites excroissances ourlées qui pointaient vers l’extérieur.

– Et comment il va vite !

Et elle l’a baissée d’un coup, sa culotte. Juste le temps d’en être complètement ébloui, de ne plus savoir où donner du regard, de voir perler un peu de rosée dans ses replis secrets et tout a disparu. Parti. Renfermé dans la petite culotte à fleurs d’ivoire.

– Oh, non !

Elle m’a doucement repoussé.

– Soyez patient ! Demain vous aurez beaucoup plus. Demain vous aurez beaucoup mieux.




mardi 30 juin 2020

Hébergement d'urgence (16)

La porte de ma chambre s’est entrebâillée. Ouverte. La lumière crue du couloir. Sa silhouette, en chemise de nuit vaporeuse, s’est découpée dans l’encadrement de la porte.

– Vous êtes en train de vous le faire, hein ?

Elle s’est approchée.

– Ben oui, forcément que vous vous le faites. Après une soirée comme ça !

Accroupie au bord de mon lit.

– Je peux voir ? Puisque c’est pour moi…

J’ai repoussé drap et couverture.

– Elle est toute luisante.

Elle s’est penchée.

J’ai repris mon mouvement de va-et-vient. Avec emportement. Avec frénésie.

Et c’est venu. Très vite. Presque tout de suite. À longues saccades haletantes.

– Qu’est-ce qu’il y en a !

Elle est restée là, quelques instants, à mes côtés.

– Elle retombe pas vraiment. Pas complètement.

S’est relevée, comme à regret.

– À demain.

Éloignée. Retournée sur le pas de la porte.

– Bientôt vous pourrez me voir comme vous avez envie. Très bientôt.

* *

*

– Je te laisse… J’ai deux ou trois courses à faire…

– Allez-y ! Allez-y ! Je vais assurer…

– Oui, oh, alors ça, j’ai pas la moindre inquiétude là-dessus.


Quand je suis revenu, deux heures plus tard, elle était hilare.

– Vous savez quoi ? Elle est revenue, l’autre. À peine j’avais ouvert, elle était là. Et alors vous auriez vu ce tableau ! Le mini short bien profondément enfoncé dans la raie, le nombril à l’air et le nibard conquérant. Ah, sûr que c’est pas sur moi qu’elle comptait tomber.

– Et alors ?

– Alors je l’ai foutue dehors.

– T’as pas fait ça ?

– Si ! Avec perte et fracas. Mais non, oh ! Faites pas cette tête-là ! Vous me prenez pour une idiote ? Non. Bien sûr que non. J’ai engagé la conversation. Dans le registre la fille sympa comme tout. Une bonne petite bavette on s’est tapée toutes les deux. Et je sais plein de trucs sur elle, du coup. Qu’elle a travaillé dans une parfumerie. Qu’elle est au chômage. Que son mec l’a larguée il y a trois semaines. D’autres choses aussi. Sans intérêt. Et évidemment, de fil en aiguille, elle a fini, mine de rien, par amener le sujet sur vous. Et par poser, avec mille précautions, après avoir longtemps tourné autour du pot, la question qui lui brûlait les lèvres. Est-ce qu’entre vous et moi, il y aurait pas, par hasard ? J’ai fait semblant de pas comprendre. « Il y aurait pas quoi ? ». « Ben… » Avec un petit sourire complice. « Ah ! » J’ai éclaté de rire. Oui, ben alors là, il y avait pas de risques ! Pas le moindre. Parce que vous étiez homo de chez homo. Jusqu’au blanc des yeux. Une nana, avec vous, elle avait pas le moindre début de commencement de chance de vous mettre dans son lit.

– Tu manques pas d’air, toi !

– Ben, quoi ? Au moins, comme ça, maintenant elle va nous foutre la paix.

– Oui, mais enfin…

– C’est pas complètement faux, n’importe comment. Vous y avez bien mis le nez, un jour, non ?

– Oui, mais de là à faire de moi un inconditionnel de la chose…

– Vous m’avez pas vraiment raconté d’ailleurs.

– Raconté quoi ?

– Comment ça s’était passé, ce jour-là, avec votre ami. J’adore ça, moi, les histoires de mecs entre eux. Et pas que les histoires, d’ailleurs. Vous me direz ?

– Si tu veux… Si tu y tiens…

– Mais pas ici. Pas maintenant. Ce soir, quand on aura fermé. Qu’on sera au calme.



mardi 23 juin 2020

Hébergement d'urgence (15)

Elle est allée passer son dimanche chez ses parents.

– Faut bien, quand même, de temps en temps. C’est la purge, mais bon…

Est rentrée sur le coup de sept heures.

– Tu veux manger quoi ?

– Je sais pas. Mais ce que je me disais, en rentrant, c’est que peut-être on aurait pu aller au restaurant. Ça nous aurait donné l’occasion de parler.

– Ah, parce que tu trouves qu’on parle pas ?

– Si ! Bien sûr ! Si ! Mais c’est pas pareil au restaurant. Ça change. On n’est pas chez soi. Il y a une atmosphère complètement différente. Alors on dit pas les mêmes choses. Ou on les dit pas de la même manière.


Et on s’est retrouvés au restaurant tous les deux. Un restaurant qu’elle a choisi.

– C’est moi qui vous l’offre n’importe comment…

Avec nappes blanches, chandelles torsadées cassis et lumières tamisées.

– C’est pas que j’aie des goûts de luxe, mais bon, ça dépayse une fois de temps en temps.

À peine le serveur avait-il pris la commande qu’elle s’est lancée.

– Je peux vous demander quelque chose ? Pourquoi vous avez pas de femme ?

– Peut-être parce que je tiens à ma liberté.

– Oui, non, mais ça, moi aussi ! C’est pas ça, ma question. Je parle pas d’une femme à temps plein, mais de femmes d’un moment, comme ça, juste pour se faire du bien. Vous en avez jamais eu ?

– Si ! Si ! Bien sûr !

– Mais pas depuis que j’habite chez vous. Ni même, je crois bien, depuis que vous m’avez comme vendeuse. Au début, je croyais que c’était parce qu’il était plus en état de marche, votre bazar, que vous pouviez plus. Mais c’est pas ça. Vous l’avez sans arrêt en batterie. Alors, c’est quoi, la raison ?

– Il y en a peut-être pas…

– Oh, si, il y en a une, si ! Forcément… Et j’ai même ma petite idée là-dessus.

– Qui est ?

– Que vous adorez m’entendre m’envoyer en l’air, depuis votre chambre, à côté. Vous voudriez rater ça pour rien au monde. Alors avoir une nana par les pieds, ça vous empêcherait d’être à votre main… Si j’ose dire… Et comme vous savez jamais à l’avance si je serai toute seule ou pas, vous préférez vous garder le champ libre, au cas où… C’est pas ça ? Je me trompe ?

– Oui et non.

– Ben, expliquez ! Restez pas comme ça avec votre air en l’air, là.

– C’est pas seulement que je préfère à n’importe quoi d’autre t’entendre – ou te voir, comme l’autre jour – avec Baptiste, c’est que, pour être tout à fait sincère avec toi, même quand il y a personne, même quand t’es toute seule dans ta chambre…

– Vous vous donnez du plaisir sur moi.

– Voilà, oui. On passe toutes nos journées ensemble. Je te vois. Je te regarde. Tu as tout un tas de gestes, d’attitudes, de mimiques, d’expressions, de sourires qui m’émeuvent, qui m’attendrissent, qui me bouleversent et quand j’y repense le soir…

– C’est bien de pouvoir se parler comme ça, hein ? Sans tricherie. Sans faux-fuyants.

– Oh, oui, alors !

On s’est souri.

Le serveur a débarrassé nos assiettes. Nous a apporté nos tournedos Rossini.

– Je le savais tout ça. Je suis pas idiote. Mais comment je suis contente que vous l’ayez dit, vous avez même pas idée. Que vous l’ayez dit et que vous me préfériez, moi, à avoir des femmes en vrai. C’est une belle preuve de…

– De ?

– C’est une belle preuve.

On s’est encore souri. Plus rayonnant encore. Plus complice. Elle a hésité. Semblé chercher ses mots.

– Et il y a que sur moi que vous vous le faites ?

S’est aussitôt reprise.

– Non, non ! Me dites pas ! Me dites rien ! Juste… Il y a pas la fille de la cabine, là, au moins ?

– Jamais de la vie.

– Ah, bon, alors ça va…


C’est dans la voiture, au retour, qu’elle m’a posé la question.

– Et si je vous faisais un cadeau, quelque chose en vrai avec moi, vous aimeriez que ce soit quoi ? À part coucher, bien sûr, parce que ça, c’est exclu. Au moins pour le moment…

Au moins pour le moment ? Je me suis bien gardé de relever, mais… Au moins pour le moment…

– Alors, hein, ce serait quoi ?

– De pouvoir te voir.

– Me voir ? Mais vous faites que ça. Toute la journée. Depuis des semaines…

– Non, mais te voir… De tout près…

– Ah, oui, m’avoir le nez carrément collé sur le minou, quoi ! C’est ça, hein ?

Elle a posé sa main sur la mienne.

– Vous savez que je vous adore par moments ?

mardi 16 juin 2020

Hébergement d'urgence (14)

Elle n’était plus en noir, la fille, cette fois-ci, mais en vert. Elle a jeté un rapide coup d’œil sur Coralie, occupée avec deux clientes infectes à l’autre bout du magasin, là-bas, et elle est venue droit sur moi, à la caisse.

– Vous auriez pas besoin d’une deuxième vendeuse, par hasard ?

Ben non, non ! Une me suffisait.

– Dommage ! Parce que c’est pas tous les patrons qui laissent leurs employées s’envoyer en l’air, pendant les heures de boulot, dans les cabines d’essayage.

Elle ne m’a pas laissé le temps de lui répondre quoi que ce soit. Elle s’est faufilée entre les portants.

– Je jette un œil…

A fait sa réapparition, un peu plus tard, avec un petit haut rose sur le bras.

– Je peux essayer ?

Dans la cabine juste en face de la caisse, dont elle n’a pas pris la peine de tirer le rideau. Elle a retiré son pull. De profil. Elle n’avait rien en dessous.

Coralie est revenue, excédée.

– Le mètre… Il est où, le mètre ?

A ouvert un tiroir… Un autre.

– Elles vont me rendre folle, ces deux cinglées, folle !

Elle a relevé la tête, vu la fille dans la cabine, marmonné entre ses dents

– Non, mais ça va, tranquille, l’autre !

Et elle a filé, en toute hâte, vers ses deux casses-pieds.

« L’autre » s’est longuement examinée dans la glace, s’est ajustée, réajustée. A fait quelques pas dans ma direction.

– Qu’est-ce vous en pensez ? Il me va, non ?

– À la perfection.

– Oui. Je crois aussi. Je vais le prendre.

Et elle est retournée se changer. De face, cette fois. Tranquillement. En prenant tout son temps. Et en me laissant, à moi, celui de contempler tout à loisir deux petites merveilles de seins en poires délicieusement bronzés.

Elle a repris sa carte bleue.

– Merci.

Paru hésiter.

– Vous êtes sûr que vous avez besoin de personne ?

– Certain.

– Si jamais vous changez d’avis, pensez à moi. Je repasserai n’importe comment.

* *

*

– La salope ! C’est pas vrai qu’elle vous a dit ça ? Non, mais quelle salope !

Elle se coupait les ongles des orteils, assise sur une chaise dans la cuisine, nue, la jambe gauche pliée relevée haut, le talon bien calé contre la fesse, la joue posée sur le genou.

– Elle veut me piquer ma place, quoi, en fait !

– Je crois pas, non ! Plutôt se faire aussi embaucher.

– Tu parles ! Ça se voit tout de suite qu’il y a pas besoin de deux vendeuses dans votre machin. Non, c’est clair comme de l’eau de roche où elle veut en venir. Et quand je pense qu’elle vous a carrément balancé ses nibards sous le nez ! Faut vraiment être prête à tout, hein !

Elle a ramené sa jambe droite au large sur le côté, ce qui a délicieusement entrebâillé sa petite encoche d’amour, m’a laissé longuement entrevoir ses pétales rosés.

Elle a relevé la tête.

– Qu’est-ce vous allez faire ?

– Comment ça ?

– Vous allez l’embaucher ?

– Sûrement pas, non.

– Je sais pas. Ce genre de nanas, quand elles veulent quelque chose, elles finissent toujours par l’obtenir.

– Pas forcément.

– Oh, si ! Elle va pas vous lâcher. Elle va revenir. Elle va vous faire du rentre-dedans comme c’est pas permis. Vous êtes un mec. Et elle a l’attrait de la nouveauté pour vous. En plus !

Elle a changé de pied. De jambe. Ça la lui a fait bâiller un peu plus encore. En replis feuilletés. En anfractuosités dentelées.

– Mais si elle s’imagine que je vais lui abandonner le terrain comme ça ! Alors là, elle a tout faux. Je vais me battre.

– T’auras pas besoin.

Elle m’a jeté un regard tout à la fois lumineux et sceptique.

– C’est vrai ?

– Bien sûr que c’est vrai.

Je me suis penché pour lui déposer un baiser sur le front.

– Te prends pas la tête pour ça.

Elle m’a retenu, les deux bras passés autour de mon cou.

– Même si j’ai pas toujours l’air, je tiens beaucoup à vous, moi, tu sais !



mardi 9 juin 2020

Hébergement d'urgence (13)

– Ah, ça y est quand même !

Je me douchais, dans la baignoire, tandis qu’elle se maquillait, en petite culotte et soutien-gorge blancs, devant la glace au-dessus du lavabo.

– Jamais il le fera, je me disais. Jamais il se foutra à poil. Heureusement qu’il y a eu l’autre soir, avec Baptiste, qu’a tout changé, parce que sinon on y serait encore. Comment vous étiez trop drôle, n’empêche, à pas vouloir que je vous voie ! À tout compliquer pour que ça arrive pas. J’en rigolais toute seule à l’intérieur, en vous regardant faire. Et je me demandais… Je me posais des tas de questions. C’est pourquoi qu’il réagit comme ça ? Parce que ça le chiffonne, à son âge, de se montrer tout nu devant une gamine de vingt ans ? Parce qu’il en a une toute petite ? Parce qu’il sait qu’il va pas pouvoir s’empêcher de bander et qu’il en a honte ? Plein de trucs, ça pouvait être. Sans que je parvienne à décider vraiment. Et puis ce que je me demandais aussi, c’était comment vous l’aviez fichue. Ben, oui, attendez ! On est curieuses, nous, les filles. Et celles qui disent que ça les intéresse pas, souvent elles y sont accros dix fois plus que les autres. Je pourrais vous en raconter là-dessus. Plein. Bon, mais bref, passons ! En attendant, il y en a pas deux rigoureusement pareilles, des queues. Si, c’est vrai, hein ! C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt de la chose.

Elle a réenfourné tout son matériel de maquillage dans sa trousse.

– Ce qu’il y a de bien avec la vôtre – j’ai examiné tout ça de près, mine de rien, l’autre soir, faut pas croire –, c’est qu’elles sont très détachées, les roubignettes. Pas trop près du reste. J’aime mieux. Ça les met plus en valeur. Surtout que c’est mon truc, ça, les roubignettes. Et ce qu’il y a de bien aussi chez vous, c’est que la tête de la queue, elle est pas trop plantureuse. Pas trop globuleuse. Ça manque d’harmonie souvent sinon, moi, j’trouve ! Mais enfin, c’est mon opinion, hein !

Elle s’est donné un dernier coup d’œil dans la glace, s’est retournée, approchée. Elle m’a longuement et tranquillement fixé en bas.

Et elle a constaté :

– Ça y est, il bande ! Mais ça, j’en étais sûre…


* *

*


– Je suis nature, hein ?

– Ah, ça, il y a pas photo.

On n’avait pas encore ouvert. On refaisait la vitrine, avant, dans des tons feuilles d’automne, en harmonie avec les nouvelles collections.

– Ça vous gêne pas, au moins que je sois comme ça ? Nature…

– Pas du tout, non. Au contraire.

– Ah, ben je peux continuer alors…

Elle a repoussé un mannequin sur le côté.

– Et ça tombe bien, parce que je voulais vous demander quelque chose…

L’a remplacé par un autre.

– Vous avez déjà fait des trucs avec des mecs ?

– T’es bien curieuse…

– J’ai jamais prétendu le contraire.

Qu’elle a habillé de pied en cape.

– Vous dites rien. Vous voulez pas répondre ?

– Ça m’est arrivé, si !

– Ah, je me disais aussi… Eh bien, racontez, quoi ! C’était avec qui ?

– Un ami, il y a une dizaine d’années. C’était le fantasme de sa femme que de voir son mari avec un autre homme. J’ai accepté de leur rendre ce menu service.

– Ben, voyons ! Et alors ?

– Ça a effectivement mis sa femme dans tous ses états.

– Elle, d’accord ! Mais vous ?

– C’était pas désagréable.

– Non, mais écoutez-le, lui ! « C’était pas désagréable », avec son petit air de sainte-nitouche, là. Vous avez pris votre pied ou pas ?

– Oui.

– Quelle taille, le pied ? Trente-six ou quarante-cinq ?

– Un bon quarante-trois.

– Et vous y avez jamais remis le nez ?

– L’occasion ne s’est pas présentée.

– Ça se suscite les occasions quand on veut.

– Mais pourquoi tu me poses toutes ces questions ?

– Parce que Baptiste, il veut venir avec un copain, le prochain coup. Un type super, à ce qu’il paraît. Pour qu’on fasse ça à trois. Moi, a priori, j’ai rien contre. À condition évidemment que le mec, il soit canon. Et, surtout, opérationnel. Ça vous choque ?

– Pas le moins du monde.

– C’est super, comme plan, ça, pour une nana. Parce que, pendant qu’il y en a un qui recharge les accus, il y a l’autre qu’assure. Et inversement. Cela étant, j’ai bien l’impression que vous êtes dans le collimateur, vous !

– Moi ! Comment ça ?

– Ben, si j’ai bien compris, son copain, il aime autant les garçons que les filles, si c’est pas plus. Et, du coup, Baptiste, il crève d’envie de vous voir à l’œuvre avec. Bon, mais moi, je vous ai rien dit, hein !



mardi 2 juin 2020

Hébergement d'urgence (12)

Il a appelé à onze heures tapantes. Un bref regard sur les quatre clientes qui tournaient ça et là dans le magasin et elle a pris le chemin de la cabine dont elle a tout aussitôt tiré le rideau sur elle.

Ça n’a d’abord été, presque tout de suite, que le bout des pieds. Le bout du bout. Et sa voix au téléphone. Tout bas. Tout feutré. Cinq bonnes minutes durant. Au bout desquelles ses pieds ont fini par apparaître dans leur intégralité, maintenus étroitement liés l’un à l’autre par la culotte tombée sur les chevilles, une jolie petite culotte verte qui a affleuré, en bas, à la lisière du rideau.

Les clientes allaient, venaient, sans paraître se rendre compte de quoi que ce soit. À l’exception d’une jeune femme blonde, tout de noir vêtue, qui a longé la cabine à plusieurs reprises, qui a ralenti à sa hauteur, tendu l’oreille et qui, après être s’être emparée d’une robe au hasard, en toute hâte, sur le premier portant venu, s’est engouffrée dans celle d’à côté.

La voix de Coralie, au téléphone, s’était faite plus rauque, plus hachée. Son souffle, quand elle ne parlait pas, qu’elle écoutait, se faisait plus court, plus haletant. En bas, la petite culotte verte était écartelée par deux pieds – deux jambes – qui ne rêvaient manifestement que de se dépêtrer d’elle pour s’ouvrir au large. Ce qu’ils ont fini par faire, d’un coup, rageusement, s’éloignant, leur liberté pleinement retrouvée, tout aussitôt au maximum l’un de l’autre.

Elle a balbutié son plaisir, à petits sanglots contenus, étouffés, le pied gauche dressé sur la pointe des orteils, le droit raclant furieusement la moquette. Le silence. Il s’est passé un peu de temps et puis elle est venue me rejoindre à la caisse, les yeux brillants, les pommettes écarlates.

– Tu devrais quand même aller récupérer ta culotte !

– Wouah ! C’est pas vrai que…

Elle s’est précipitée, l’a promptement renfilée, à l’abri du rideau, est revenue.

– Je sais plus où j’ai la tête.

– Je vois ça, oui !

– Mais c’était trop bien. Il sait trouver les mots qu’il faut, ce salaud ! Et puis refaire ça exactement au même endroit qu’avec lui hier… Sur le même tabouret…

La fille est sortie à son tour, est allée tranquillement remettre la robe sur le portant.

– Mais il y avait quelqu’un à côté !

– Ben oui, comme tu vois…

– Je savais pas. Je me suis pas rendu compte. Elle a entendu, vous croyez ?

– Ça, ça fait pas l’ombre d’un doute. Vu que moi, d’ici, à la caisse, j’entendais, tu penses bien qu’elle, juste à côté…

– Quand il va savoir ça, Baptiste…

– Eh bien ?

– Ça va le mettre dans tous ses états. Surtout que je me sois aperçue de rien. Il va adorer. Mais je faisais vraiment tant de bruit que ça ?

– Oui, enfin, faut rien exagérer. C’était pas le récital de la Callas non plus. La preuve : les trois autres, là-bas, elles n’y ont vu que du feu.

La fille en noir s’est approchée de la caisse, tout sourire.

– J’ai pas trop le temps aujourd’hui, mais je reviendrai.

– Quand vous voudrez. Avec plaisir…

Coralie l’a regardée s’en aller, s’éloigner, au-dehors, sur le trottoir.

– Vous croyez qu’elle se l’est fait, elle, à côté ?

– Tu l’aurais fait, toi, à sa place ?

– Oui, ben, en tout cas, elle a pas dû être déçue du voyage. Parce que, question vocabulaire, comment c’était débridé.


* *

*


Elle était au téléphone, dans sa chambre.

Je l’ai appelée.

– Tu viens manger ? Ça va être froid.

– J’arrive !

Ce qu’elle a presque aussitôt fait.

– Désolée, mais il a fallu que je lui raconte. Tout. Bien en détail.

– Et alors ?

– Il a bien aimé la fille dans la cabine d’à côté. Mais ça, j’en étais sûre. Et il m’a posé beaucoup de questions sur vous. Comment vous avez réagi. Ce que vous avez dit. Ce que vous avez fait. Avant. Après. Si vous vous êtes approché du rideau. Si vous l’avez soulevé. Il arrêtait pas. Et il m’a encore parlé en long, en large et en travers d’hier soir, quand on s’est envoyés en l’air devant vous. S’il y a un truc qui l’excite, c’est bien ça. Et je sais pourquoi…

– C’est le genre de choses qui excite beaucoup de monde…

– Bien sûr, oui. Non, mais là, lui, il y a pas que ça… Il y a qu’il sait que vous avez envie de moi et que ça débouche sur rien. Alors que lui, si ! Et il veut vous le mettre tant et plus sous le nez.

– Elle est à moi, pas à toi, na na naire !

– C’est à peu près ça, oui. Et vous savez quoi ? Eh bien, je suis pratiquement sûre que s’il y avait pas ça, que si vous étiez pas là, je l’intéresserais plus vraiment. Il me mettrait vite fait sur la touche…

– Et ça, il n’en est pas question…

– Vous savez bien, je vous ai dit. Mais je culpabilise, du coup. Je me dis que je me sers de vous. Et que c’est moche.

– T’inquiète pas pour ça, va ! Je le vis pas si mal. Et j’ai de très agréables compensations.

– Oh, mais vous en aurez d’autres. Alors ça, je vous promets, vous en aurez d’autres…



mardi 26 mai 2020

Hébergement d'urgence (11)

Elle était attablée, dans la cuisine, les seins nus, devant un grand bol de café au lait et quatre immenses tranches de pain braisé qu’elle avait recouvertes d’une épaisse couche de beurre.

– Tu vas manger tout ça ?

– Et comment ! Je crève la dalle, moi, ce matin !

– Il dort encore, Baptiste ?

– Non, il est parti bosser. Complètement sur les rotules. Parce que je sais pas si vous avez entendu, mais on a joué les prolongations, nous, après.

Et elle a mordu, à pleines dents, dans sa deuxième tartine.

– Je peux vous demander… vous avez aimé ça, nous voir ?

– Tu parles si j’ai aimé !

– Vous prétendriez le contraire… Non, vous étiez à la fête, c’est clair. Oh, mais on recommencera, hein, vous inquiétez pas ! Parce que vous avez pas idée de comment il y tient, Baptiste, à que ça se passe devant vous. Au moins de temps en temps. Il y avait plus de huit jours qu’au téléphone il me parlait plus que de ça. Et comme moi, de mon côté, je suis prête à en passer par tout ce qu’il veut pour qu’on n’arrête pas de se voir tous les deux. Et quand je dis se voir, c’est façon de parler. Parce qu’aucun mec m’a jamais fait jouir comme ça avant, moi. Jamais ! Et Dieu sait pourtant que j’en ai eu.

Elle s’est attaquée à une nouvelle tartine.

– Cela étant, faut pas croire non plus que c’était juste pour lui faire plaisir à lui, hein ! J’y ai trouvé mon compte, moi aussi… Oh, ben oui, attendez ! Avoir quelqu’un, comme ça, à côté, qui regarde, et qui se contente pas de regarder, c’est forcément un plus.

Elle a esquissé un demi-sourire.

– Et puis, ça m’a donné l’occasion de faire un vœu. Parce que c’était la première fois que j’en voyais une en vrai, une queue de quelqu’un de votre âge.

– Et c’était quoi, le vœu ?

– Parce que vous croyez que je vais vous le dire ? Non, mais vous rêvez pas un peu, là ?


* *

*


On venait tout juste d’ouvrir le magasin quand son portable a sonné.

– C’est lui ! Allô, oui, Baptiste ! Quoi ? Comment ça ? Dans la cabine d’hier ? T’es vraiment complètement fou. Mais oui, je vais le faire, oui. Tu veux tout de suite, là ? Non ? Quand alors ? T’es vraiment tordu un max, toi, hein ! Oui, c’est ça, à tout à l’heure. Moi aussi, je t’embrasse.

Et elle a raccroché.

– Il va rappeler. À onze heures. C’est là qu’on a le plus de monde. Il veut qu’on fasse un truc, lui et moi.

– Quoi, comme truc ?

– Que j’aille dans la cabine où on était hier et que je m’assoie sur le tabouret, la culotte descendue sur les chevilles, en m’arrangeant pour que mes pieds dépassent sous le rideau. Et un peu la culotte aussi, du coup. Mais pas trop quand même. Lui, pendant ce temps-là, il me chauffera plein pot au téléphone. Et la prochaine fois que vous vous verrez, tous les deux, il vous demandera si je l’ai vraiment fait et comment ça s’est passé.

– Faut pas que tu te sentes obligée à quoi que ce soit non plus, hein ! Je peux avoir beaucoup d’imagination quand je veux.

– Oh, non, non ! Ça me porterait malheur de lui mentir. Et puis n’importe comment…

– Ça te déplaît pas vraiment.

Elle n’a pas répondu. Elle s’est éclipsée en réserve.


mardi 19 mai 2020

Hébergement d'urgence (10)


On a dîné tous les trois. Et, à la fin du repas, elle a voulu savoir.
– On entendait ce qui se passait dans la cabine, du magasin tout à l’heure ?
– Un peu. Pas mal, même, par moments.
– Je faisais attention pourtant ! Il y a eu des clientes ?
– Une seule. Mais qui s’est rendu compte de rien.
– Ou qu’a fait semblant. Vous savez ce qu’il faudrait ? C’est qu’on le refasse un jour où il y aura plein de monde. Vous, de la caisse, vous observeriez comment ils réagissent, les clients. Et, après, vous nous raconteriez…
– Ça peut quand même poser quelques petits problèmes.
– Oh, mais non, tu parles ! Parce que je braillerai pas à tue-tête non plus. Je me mettrai en mode soft. Et puis c’est le genre de situation où les gens, ils font pas d’histoires. Trop contents de pouvoir se régaler.
– T’as l’air bien au courant.
– Ben, tiens, j’ai du vécu, moi, mine de rien.
– Ah oui ! Et si tu nous racontais ça ?
– Une autre fois ! Pour le moment j’ai mieux à faire…
Elle s’est levée, est allée s’asseoir sur les genoux de Baptiste, a passé un bras autour de son cou.
– Comment tu m’as manqué ! Tu recommenceras pas, hein ! Pas si longtemps ! Promets !
– Mais oui !
– Mieux que ça !
– Mais oui, j’te dis !
Elle a posé ses lèvres sur les siennes. S’y est attardée. Pour un long, un très long et langoureux baiser.
Il a fourragé sous le tee-shirt, lui a doucement modelé un sein. Elle a enfoui sa tête dans son cou.
– Baptiste !
Ses jambes se sont imperceptiblement ouvertes.
– Oh, Baptiste !
Elle lui a déboutonné sa chemise. Ses doigts ont couru le long de son torse. Sont descendus. Descendus encore. Lui ont palpé la queue à travers le pantalon.
Ses jambes se sont ouvertes un peu plus au large encore.
– Tu me rends folle !
Elle la lui a résolument sortie. Toute droite. Toute tendue. Toute palpitante.
Et s’est tournée vers moi.
– Comment vous la trouvez ? Je vous avais pas menti, hein !
Elle la lui a décalottée. Bien à fond. L’a gratifiée de deux ou trois allers et retours pour la lui faire durcir un peu plus encore.
– Attends !
Elle a changé de position, s’est bien calée sur lui, une jambe passée de chaque côté de ses hanches. Et elle l’a enfourné en elle avec un petit grondement de béatitude.
– Comment tu me remplis bien la chatte, c’est de la folie !
Les mains sur ses épaules, les yeux dans ses yeux, elle l’a chevauché,. À grands coups de reins éperdus.
Sous la table, je me suis impatiemment mis à nu, et, les yeux rivés à elle, la queue braquée vers elle, vers ses fesses qui montaient, qui descendaient, qui se crispaient, qui se tendaient, je me suis furieusement élancé, moi aussi, à la conquête de mon plaisir.
– Qu’est-ce vous faites ça en égoïste dans votre coin, vous !
Sans se retourner. Sans même s’interrompre.
– Venez ici, à côté, avec nous. Vous verrez mieux. Vous en profiterez mieux. Et nous aussi !
Je ne me le suis pas fait répéter deux fois. Je me suis approché. Tout près. Debout. À côté d’eux. Tourné vers eux.
Elle m’a jeté un rapide coup d’œil en bas. A accéléré le rythme. Un autre, plus appuyé. Ça s’est emballé. Moi aussi. Elle m’a gardé dans son regard. Ses seins qui cahotent. Ses yeux qui se perdent. Ses jambes qui l’enserrent. Qui le pressent. Et son plaisir. Son plaisir qui tempête. Qui s’envole. Le mien qui me fulgure. Qui se répand. Et celui de Baptiste. qu’il balbutie, la tête renversée en arrière, les yeux clos.

mardi 12 mai 2020

Hébergement d'urgence (9)


Elle est allée remettre en place, une à une, les robes que la dernière cliente avait laissées en vrac sur la tabouret d’une cabine. Avant de me rejoindre à la caisse.
– Vous allez faire quoi ?
– Pour ?
– Ben, pour cette nuit, tiens ! Quand je serai ici, au magasin, comme on a dit, à m’envoyer en l’air avec Baptiste.
– À ton avis ?
– Vous allez descendre. Vous allez forcément descendre. Ça, oui, mais après ? Vous allez rester planqué à nous mater dans l’obscurité, ou bien vous allez surgir, d’un coup, comme un diable de sa boîte ?
– Qu’est-ce tu préférerais ?
– Je sais pas. Je suis partagée.
– Et lui ?
– Oh, lui, que vous interveniez, alors là, il y a pas photo.
J’ai fait mine de m’absorber dans mes factures.
– Alors ? Vous m’avez pas répondu. Vous allez faire quoi ?
– Tu verras bien.
– Ce que vous pouvez être chiant quand vous vous y mettez !
Et elle m’a tiré la langue.

* *
*

Elle a poussé un hurlement de bonheur.
– Baptiste !
Baptiste qui venait de faire son apparition, tout sourire, au magasin.
Elle s’est jetée dans ses bras.
– Baptiste, toi, enfin ! Oh, que je suis contente ! Tu peux pas savoir ce que je suis contente…
Et s’est tournée vers moi.
– Je peux y aller ? Je peux monter ?
J’ai levé les yeux vers la pendule au-dessus de la caisse.
– Sûrement pas, non ! Il reste vingt minutes.
Elle m’a jeté un regard interloqué.
– Hein ! Mais il y a plus personne !
A ébauché un sourire.
– Ah, ben d’accord ! Vous le prenez comme ça ? Eh bien, on va voir ce qu’on va voir. Viens, toi !
Elle l’a entraîné vers une cabine, a tiré le rideau sur eux. Un rideau qu’elle a soigneusement ramené jusqu’au bout.
J’ai pesté entre mes dents.
– La garce !
Une cliente est entrée. Qui a longuement fait le tour du magasin. Tâté ici. Soulevé là. Décroché. Raccroché. Qui a pris tout son temps. De la cabine provenaient, de temps à autre, des soupirs étouffés. Par moments, le rideau vibrait, frissonnait, finissait par onduler furieusement. Toute à son vagabondage entre les portants, la cliente semblait ne s’apercevoir de rien. Elle a enfin, à mon grand soulagement, dérivé lentement vers la porte.
– J’arrive pas à me décider. Je reviendrai.
Je me suis empressé de descendre le volet roulant. Et j’ai claironné.
– Ça y est ! C’est fermé.
La tête hirsute, cramoisie, de Coralie est apparue dans l’embrasure du rideau.
– Trop tard ! On a fini…
Ils se sont extirpés de la cabine. Elle s’est ébrouée, la mine ravie.
– Hou ! Comment ça fait du bien. Depuis le temps que j’attendais ça !

mardi 5 mai 2020

Hébergement d'urgence (8)


– Ça va ? Je vous dérange pas trop ?
Je ne l’avais pas entendue revenir de la réserve, tout occupé que j’étais à suivre des yeux une petite brunette vêtue d’un legging noir qui lui épousait les formes au plus près.
– Qu’est-ce que vous cherchez à voir ? Si elle a une culotte en dessous ? À mon avis, non. Mais ça demande confirmation.
Elle a jeté son portable sur la caisse.
– En attendant, c’est pas demain la veille que vous pourrez vous faire du bien en nous écoutant batifoler à côté, Baptiste et moi.
– Parce que ?
– Parce qu’il m’amuse. Parce que je sais plus ce que je dois penser. Parce que, chaque fois que je parle de se voir, il élude. C’est toujours : « Plus tard. J’ai du boulot par-dessus la tête. D’autres soucis. Et talali et talala. » Si j’insiste un peu, c’est : « Dès que je pourrai, je me pointe, c’est promis… » Sauf qu’il peut jamais. J’en ai marre, si vous saviez ce que j’en ai marre !
Une fille d’une vingtaine d’années est entrée. Ravissante. Mini jupe rose sautillant tant et plus sur les cuisses. Petit haut gris bien moulant.
– Décidément, aujourd’hui, vous êtes gâté, vous ! Vous aurez toujours ça pour vous mettre en forme. Pour y repenser le soir. Les clientes. Et puis vous m’avez moi quand même, là-haut. Même qu’il y soit pas, Baptiste. C’est pas rien, avouez ! Non ?
– Oh, si !
– À ce propos, tiens, d’ailleurs, je voulais vous dire… Je vois plus du tout les choses comme au début que j’étais chez vous, moi, mais alors là, plus du tout !
– C’est-à-dire ?
– Ben, quand je suis arrivée, ce que je voulais, comme je vous ai dit, c’était juste pas avoir à me cacher. Parce que c’était ce que j’avais toujours fait. Du moins jusqu’à ces deux nouveaux voisins, là. Parce qu’il y a que comme ça que je me sens bien. Toute nue. Et du moment que vous y voyiez pas d’inconvénient, que vous me faisiez pas de réflexion, le reste… Maintenant, que ça puisse vous faire de l’effet de me voir comme ça, ça me venait même pas à l’esprit. Parce que, pour moi, quelqu’un de votre âge, il y avait belle lurette que ça le concernait plus tout ça, qu’il avait plus d’envies, qu’il vivait dans ses souvenirs.
– À cinquante ans, tu sais… À peine cinquante ans…
– Oui, ben ça, j’ai vu ! Je pouvais pas y croire au début. J’y regardais, discrètement, à deux fois… Mais si ! Si ! Vous bandiez ! Et pas qu’un peu ! Comment ça me faisait bizarre ! Mais c’était pas si désagréable finalement ! Complètement différent d’avec les gars de mon âge. Parce qu’avec eux, je peux coucher si je veux. Tandis qu’avec vous… Ce qui fait que c’est pas du tout la même chose ce qu’on ressent, mais alors là pas du tout ! C’est même presque mieux dans un sens. Je saurais pas vraiment dire pourquoi. Peut-être parce qu’on couchera jamais justement. Non ? Qu’est-ce vous en pensez, vous ?
Rien. J’en pensais rien. Est-ce qu’il était vraiment nécessaire de vouloir toujours tout expliquer ?
– Oui, vous avez raison. On s’en fout. L’essentiel, c’est que maintenant les choses soient claires. Qu’on se sente complètement à l’aise.
Elle m’a décroché un grand sourire complice.
– Vous, pour bander. Et moi, pour vous faire bander.
C’est le moment que la fille en mini-jupe a choisi pour s’engouffrer dans la cabine juste en face de la caisse dont elle n’a pas – négligence, inadvertance ou volonté délibérée – tiré le rideau jusqu’au bout de la tringle. Il s’en fallait d’une bonne vingtaine de centimètres. La mini-jupe est tombée. En dessous c’était un string à fleurs mauves et roses offrant une vue imprenable sur deux adorables petites fesses délicieusement galbées.
– Même si je suis pas la seule à y arriver.
Elle a jeté un regard appuyé sur ma braguette.
La preuve ! Faut dire aussi qu’avec vous, c’est vraiment pas difficile…

* *
*

– Vous dormez pas ?
– Si ! Enfin non ! Qu’est-ce qu’il se passe ?
Elle s’est avancée jusqu’à mon lit. Elle était nue.
– J’ai eu Baptiste au téléphone. Il viendra demain soir.
– Enfin ! J’en suis ravi pour toi.
– Oui, mais vous savez pas ce qu’il veut ? Qu’on s’envoie en l’air en bas, au magasin.
– Ah !
– Soi-disant qu’il a envie de le faire là où je bosse. Dans ce climat de cabines d’essayage, de robes et de sous-vêtements. Il trouve ça très sensuel. Mais moi, je croirais plutôt que ce qui l’excite, c’est l’idée que, si jamais vous entendez du bruit, vous allez forcément descendre voir si on est pas en train de vous cambrioler et que, du coup, vous allez nous surprendre en pleine action.
– Maintenant que tu m’as mis au courant…
– Ben, il fallait, attendez ! Je tiens pas à me ramasser un coup de fusil, moi !
– T’es sûre que c’est la seule raison ?
– Évidemment ! Vous me connaissez…
– Justement ! Je te connais…

mardi 28 avril 2020

Hébergement d'urgence (7)


Il s’est écoulé une grosse semaine sans qu’il donne le moindre signe de vie.
Elle s’agaçait.
– Mais j’en sais rien ce qu’il y a ! J’en sais rien. Il est sur messagerie. Il répond pas à mes textos. Il fait chier. Il fait vraiment chier.
Et puis, le lundi suivant, il l’a enfin appelée. Ils ont passé près de deux heures ensemble au téléphone.
– Et alors ?
– Il était comme d’habitude. Exactement comme d’habitude.
– Et la raison de ce long silence ?
– Je lui ai pas demandé. Il a pas de comptes à me rendre. Si c’est pour le remonter contre moi avec mes questions… En plus ! Mais je suis quasiment sûre qu’il y a une nana derrière tout ça. Qu’il a craqué dessus. Pendant une semaine il y en a plus eu que pour elle et puis, maintenant qu’il en a fait le tour, il me revient. À moi de savoir lui donner envie de me garder.

Il n’a pas fait sa réapparition pour autant.
– Mais au moins, maintenant, il me téléphone.
De temps à autre. Tous les trois ou quatre jours. Quelquefois longuement. D’autres fois, très brièvement au contraire.
– Ça fait pas tout, mais enfin ça prouve qu’il pense à moi. Qu’il tient au moins un peu à moi. Et puis, c’est pas juste comme ça, pour causer. Je vois bien qu’il s’intéresse. Il me pose des tas de questions. Sur ce que je fais. Sur ce que je veux faire. Sur mes goûts. Et puis aussi sur vous.
– Sur moi !
– Oui. Je crois qu’il saisit pas trop comment on fonctionne tous les deux. Qu’il a du mal à comprendre. C’est sans arrêt qu’il me demande si vous tentez votre chance avec moi. « Jamais ? Vraiment jamais ? C’est fou, ça ». Et je vois bien qu’il me croit qu’à moitié. Que ça lui paraît complètement invraisemblable. Ce qu’il voudrait aussi savoir, c’est si vous vous branlez en nous écoutant quand je suis avec lui. Sans arrêt il revient là-dessus.
– Et tu lui réponds quoi ?
– Que j’en sais rien du tout. Comment il veut que je sache ? Même si…
– Même si quoi ?
– Même si je le sais. Je commence à les connaître, les mecs, depuis le temps. Et à vous connaître, vous ! Oh, mais c’est normal, hein, attendez ! C’est le contraire qui le serait pas. À votre place, je ferais exactement la même chose. Je l’ai déjà fait, d’ailleurs ! Ben oui, oui ! Qu’est-ce vous croyez ? Quand j’entendais mes copines des fois, à côté, avec leur mec, vous croyez que je restais sagement les deux mains jointes sur les couvertures ?
– Je suppose que non.
– Ben, évidemment ! En attendant, vous savez ce que je crois qu’il croit, du coup ? C’est que vous préférez les garçons.
– Qu’est-ce qui te fait penser ça ? Il te l’a dit ?
– Oh, non, non, mais il y a plein d’indices. Des petites réflexions. Des allusions. Plein de choses. Ça m’étonnerait que je me trompe. Et ça me fait trop rire. Parce que quand on voit comment vous les couvez des yeux, les nanas ! Vous les adorez, oui !

mardi 21 avril 2020

Hébergement d'urgence (6)


Au petit matin, on s’est croisés, lui et moi, dans le couloir.
– J’y vais. Je bosse…
– Même pas le temps d’un petit café ?
– Vite fait alors !
Il a longuement tourné sa cuiller dans sa tasse.
– Sacrée nana, cette nana, hein !
Ah, ça, il pouvait le dire !
– J’y croyais pas au début qu’il y avait rien entre elle et vous. Je me disais que c’était pas possible.
– Et pourtant…
– Je sais, oui ! Elle m’a expliqué. Mais comment ça doit pas être facile pour vous ! Une fille super bien roulée comme ça… Avec qui vous passez toutes vos journées. Et vos soirées. Me dites pas que vous avez pas envie.
Je le disais pas, non ! Mais bon ! Elle avait été très claire là-dessus. C’était hors de question. J’étais trop vieux pour elle.
Il a haussé les épaules.
– C’est pas que je veuille vous jeter dans ses bras, loin de là ! Mais enfin elle peut changer d’avis, on sait jamais…
J’ai froncé les sourcils.
– Ah, oui ? Qu’est-ce qui vous fait penser ça ? Elle vous a dit quelque chose ? Parlé de quelque chose ?
– Oh, non, rien de spécial, non ! Une impression comme ça… Hou là ! Sept heures déjà ! Faut que j’y aille ! Faut vraiment que j’y aille…

Quand Coralie a surgi au magasin, la matinée était déjà largement entamée.
– Je suis désolée. Je me suis rendormie.
– C’est pas un drame…
– Oh, ben quand même ! Vous me payez et moi…
– T’en as bien profité ?
Son visage s’est éclairé.
– Oh, oui, alors !
– Le fameux cunni ?
– Bien sûr, oui ! Ça, bien sûr ! Mais pas seulement…
– Pas seulement ?
Elle a baissé la voix.
– Oui… Parce que les mecs, il se fait tout un foin sur la longueur de leur queue. C’est pas la question, la longueur. On s’en fout de la longueur. Non, ce qui compte, c’est l’épaisseur. Que tu te sentes toute bien remplie. Et là, avec Baptiste, je suis servie. Il y a du calibre. Et comme, en plus, il sait super bien s’en servir, je vous raconte pas…
Elle a suivi des yeux un couple qui passait, sur le trottoir.
– Non, la seule chose que je me demande, vu comment il est monté, c’est ce que ça donnera si, un jour, ça le toque de venir me rendre visite derrière. Mais enfin ça, on verra. On n’en est pas encore là…

Il y avait un autre problème dont elle m’a entretenu un soir, alors que, comme souvent, nous nous attardions à table.
– C’est qu’il a une copine, j’parie !
– Non. Plusieurs. Et il s’en cache pas. Bon, mais ça, je me vois mal le lui reprocher : je fais pareil. Enfin, pas pour le moment, j’ai que lui, mais ça me reprendra, je me connais. Parce qu’il y a des mecs, quand tu les rencontres, tu peux pas t’empêcher d’avoir envie de les essayer.
– Du moment que vous êtes au clair tous les deux là-dessus…
– On l’est. Il y a pas de souci. On l’est. Sauf que si je lui apporte pas quelque chose que les autres lui apportent pas, s’il trouve exactement la même chose ailleurs, il y aura aucune espèce de raison qu’il me garde. Et ça, j’ai pas du tout envie. C’est trop le pied, attends, avec lui. Non, faut absolument que j’aie un plus. Absolument.
– Oui, mais quoi ?
– C’est bien là, toute la question, quoi ?

mardi 14 avril 2020

Hébergement d'urgence (5)


J’ai raccompagné la cliente jusqu’à la porte du magasin.
– Et si jamais il y a quelque souci que ce soit, n’hésitez pas ! Revenez ! On vous fera les retouches nécessaires.
Coralie a attendu qu’elle ait traversé la rue, disparu.
– Ben, voyons !
– Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui te fait rire ?
– Non, rien.
– Mais si, dis !
– Pourquoi vous me l’avez pas laissée, celle-là ?
– Ça s’est trouvé comme ça.
– Tu parles ! Vous me l’avez carrément arrachée des mains, oui ! Ah, elle vous plaisait bien, hein, avouez !
– Mais non, mais…
– Bien sûr que si ! Vous imaginez quoi ? Que ça se voit pas ? Alors là ! Quand vous prenez votre petite voix toute caressante comme ça… Je commence à vous connaître depuis le temps… Et puis il y a pas que ça ! Elle vous faisait bander, j’ai bien vu. Et pas qu’un peu !
– Hein ? Je…
– Vous, quoi ?
– Elle s’en est aperçue, tu crois ?
– Qu’est-ce que vous voulez que j’en sache ? Mais sûrement ! C’était vraiment pas discret. De toute façon, vous, quand ça vous arrive, on peut pas dire que ça fasse semblant. Oh, mais tirez pas cette tête-là ! Quand elle est pas trop mal foutue, une nana, c’est à longueur de journée qu’il y a des types qui lui bandent dessus. Et alors ? C’est plutôt flatteur, non ? Moi, en tout cas, je sais que j’aime bien leur faire de l’effet aux hommes. À condition qu’ils restent dans les clous. Qu’ils m’embêtent pas avec ça, parce que sinon… Mon téléphone ! C’est lui ! C’est Baptiste.
Et elle a disparu en réserve.

Quand elle en est revenue, une demi-heure plus tard, elle avait quelque chose à me demander.
– Eh bien, vas-y ! Quoi donc ?
– Vous allez jamais vouloir…
– Dis toujours !
– Il pourrait pas venir, ce soir, Baptiste ?
– Et pourquoi il pourrait pas ?
– Parce qu’on bosse demain et que, s’il passe la nuit ici, je risque de pas avoir les yeux en face des trous. Ni vous non plus d’ailleurs.
– C’est pas pour une fois…
– C’est vrai ? Je peux alors ? Oh, merci. Merci. Vous êtes un amour. Je vous revaudrai ça.

Et j’ai fait la connaissance du fameux Baptiste. Qui s’est montré, ma foi, un hôte fort agréable, mais de la conversation duquel Coralie ne m’a malheureusement pas laissé très longtemps profiter. Elle s’est empressée, aussitôt la dernière bouchée avalée, de l’entraîner dans sa chambre.
Et ça n’a pas perdu de temps. À peine y étaient-ils réfugiés depuis cinq minutes qu’elle poussait ses premiers soupirs, qu’elle balbutiait ses premières plaintes. J’ai fermé les yeux et j’ai imaginé : la tête de Baptiste entre ses cuisses. Sa langue, ses lèvres. Qui ont couru le long de ses replis secrets. Qui se sont insinuées au cœur de ses anfractuosités moirées. Qui se sont voluptueusement repues de ses liqueurs océanes. Qui ont fait gonfler son bouton. Qui l’ont fait longuement rouler…
– Oh, Baptiste ! Oh, Baptiste !
Ses mains à elle dans ses cheveux à lui. Sa jouissance éperdument déferlée.
Tant de reconnaissance dans ses yeux.
Il y a eu des mots murmurés tendre. Des baisers claqués. Du silence. Encore des mots.
Et puis ça a recommencé. Encore et encore. Jusqu’au bout de la nuit.

mardi 7 avril 2020

Hébergement d'urgence (4)


Ça ne l’a finalement pas été. Parce que ce dimanche matin-là, elle a surgi dans la cuisine, à pas de loup, complètement nue, un doigt sur les lèvres.
– Chuuuut ! Faites pas de bruit ! Il vient juste de s’endormir. Faut qu’il récupère, le pauvre…
Ah, ça, c’est sûr qu’il devait en avoir besoin. Vu la pantomime que ça avait été toute la nuit. Et qui venait tout juste de s’achever un quart d’heure auparavant.
– En attendant, j’ai une de ces faims, moi !
Et elle s’est empressée d’aller se préparer son petit déjeuner. Le plus silencieusement possible. Elle allait, venait, se retournait, revenait, repartait, recommençait. Et je l’ai eue. Tout à loisir. De face : ses petits seins menus, fragiles, moirés, tout attendrissants avec leurs pointes rosées encore toutes tendues des plaisirs de la nuit. De dos : ses fesses. Pommelées à souhait. Bien délimitées par une longue échancrure de rêve. Encore de face : l’encoche d’amour offerte dans toute sa vérité. Avec juste, tout en haut, un petit échantillon de poils frisottants d’un léger châtain clair. Un enchantement. Un pur enchantement.
Elle a fini par venir s’asseoir en face de moi.
– Vous savez quoi ?
Avec un sourire ravi.
– Eh ben, celui-là, bonne pioche, c’est un acharné du cunni. Doué en plus. Et comment il tient la distance ! Quand ça dure comme ça et que c’est hyper bien fait, tu sais plus où t’habites. T’es plus rien qu’un bloc de jouissance. Je donnerais tout pour ça, moi !
Elle s’est crispée. A esquissé une petite grimace.
– Ça va pas ?
– Oh, si ! Mais elle redescend sa jute ! Et c’est qu’il y en a ! J’aurais dû mettre une culotte. Je vais vous pourrir la chaise. Seulement je voulais pas risquer de le réveiller. Il dormait si bien…
Elle a vidé d’un trait son bol de café au lait.
– Ça aussi, j’adore ! Le garder après, le mec. Le sentir ruisseler. Continuer à cheminer en moi. Surtout quand il m’a bien fait jouir. Mais c’est un truc, ça, vous pouvez pas comprendre, vous, les hommes.
Elle s’est levée.
– Bon, mais je retourne dormir avec. Dormir ou bien… On sait jamais. Des fois qu’il en soit encore…

Est-ce qu’elle allait le revoir ? Ce fut, tout au long de la semaine qui suivit, son seul et unique sujet de préoccupation.
– Quelle idiote ! Non, mais quelle idiote je fais ! Parce que je lui ai donné mon portable, ah, ça, il y avait pas de risque que j’ oublie ! Mais pas lui ! Il a fait celui qu’entendait pas. J’aurais dû insister, putain ! Pas le lâcher. J’ai pas osé. J’avais peur qu’il aille s’imaginer des trucs. Que j’allais le coller, vouloir faire la love story, tout ça ! Sauf que maintenant, j’ai plus aucun moyen de le joindre. Et s’il se repointe pas à la même boîte que l’autre jour, ben je peux faire une croix dessus.
Elle se perdait dans ses pensées.
– Oui, oh, de toute façon, faut pas rêver. Ça doit être le genre de mec, il te saute une fois et puis il est content comme ça. Il disparaît dans la nature. Faut que j’en prenne mon parti…
Ce qui ne l’empêchait pas, le soir, tandis que je préparais le repas, d’appeler à tour de rôle toutes les copines de son répertoire, assise en tailleur sur le canapé, son éternel tee-shirt, sous lequel elle ne portait généralement rien, relevé haut sur les cuisses.
– Le type avec qui je dansais samedi… Oui, c’est ça ! Baptiste… Non ? Tu sais pas ? C’est la première fois que tu le voyais. Bon, ça fait rien… Mais si jamais t’as des infos, tu me fais signe, hein ! Je compte sur toi.
Et elle recommençait avec une autre.

À table, après, elle repoussait son assiette, croisait les bras sur la table.
– Ça me fait déprimer, mais déprimer à un point, vous pouvez pas imaginer ! Non, parce que comment il savait y faire, ce salaud ! Il te me les mordillait, les babouettes, il te me les suçotait, il te me les aspirait, il te me les léchait… Juste comme il fallait… Juste quand il fallait… Et puis il y avait pas que ça ! Parce que sa queue…
Elle soupirait, se levait d’un bon.
– Je vais me coucher, tiens !

Le vendredi soir, sur le coup de minuit, elle s’est encadrée dans l’embrasure de la porte de ma chambre.
– Il m’a appelée ! Si, il m’a appelée. Une heure on est restés tous les deux au téléphone. Plus d’une heure. Et il veut qu’on se revoie. Pas demain, il peut pas, mais samedi prochain, sûrement. Ce que je suis contente ! Si vous saviez ce que je suis contente !