mardi 18 septembre 2018

Alyssia, ma femme (27)


Benjamin m’a arrêté, posé la main sur l’avant-bras.
– C’est celle de droite, Camille. La plus grande. Tu vois ? Comment tu la trouves ?
– Super canon, il y a pas à dire.
– Oui, hein ! J’ai craqué. Le moyen de faire autrement ? Mais attends, viens ! On va aller l’attendre dehors. Elle a bientôt fini. Qu’on la perturbe pas dans son travail. Elle a horreur de ça.

Il a fait les présentations.
– Camille… Alex…
Elle m’a fait claquer la bise, s’est attablée avec nous.
– Que des gros lourds ! Il y a des jours comme ça…
– C’est de ta faute ! T’as qu’à pas être si mignonne.
– Tu veux que j’y fasse quoi ? Que je me barbouille de vitriol ?
– Ah, non, malheureuse !
– J’aurais la paix au moins…
– Ça, c’est pas sûr !
– Tu sais de quoi je rêve, là, maintenant ? D’une bonne douche. Pour me laver de tout ça…
– Rien de plus facile. On va chez moi. Séverine rentre pas avant sept heures.

– Je t’ai emprunté ton peignoir.
– Je vois, oui !
Elle s’est ébrouée. En fines gouttelettes qui se sont éparpillées au hasard.
– En attendant, qu’est-ce que ça fait du bien !
Benjamin s’est levé, est passé derrière elle, lui a piqueté la nuque de petits baisers.
– Chut ! Veux-tu être sage !
– J’ai pas envie.
– Devant ton ami. Tu n’as pas honte ?
– Même pas.
Le cou.
Il s’est pressé contre elle. Elle s’est abandonnée.
Il a glissé une main sous le peignoir. Une main qui a moutonné à hauteur des seins. Qui s’est aventurée plus bas. Encore plus bas. Le peignoir s’est entrouvert.
J’ai poussé un cri de stupéfaction.
Il y avait… Elle avait… On voyait… Une bite et une paire de couillles.
Ils ont éclaté de rire. Tous les deux. De bon cœur.
– Ah, oui, ça surprend, hein !
Camille a refermé le peignoir.
– C’est tout pour aujourd’hui ! Et, de toute façon, puisque c’est comme ça, puisqu’il y a que des gros pervers dans cette maison, je m’en vais.
Ce qu’il a fait aussitôt après avoir renfilé sa robe.

– Il est vraiment fâché ?
– Penses-tu ! C’était concerté tout ça. On était de mèche. Bon, ben voilà ! Maintenant, tu sais.
– Comment vous m’avez eu !
– C’était le but. Elle adore ça, Camille, surprendre son monde là-dessus. Et faut reconnaître qu’avec toi, c’était particulièrement réussi. T’aurais vu ta tête ! Elle s’est délectée de voir ta réaction, je la connais. Et je peux te dire que j’ai pas fini d’en entendre parler.
– Je peux te poser une question ?
– Tout ce que tu veux.
– C’est purement sexuel avec lui ou bien…
– C’est beaucoup plus que sexuel. C’est un peu mon double, Camille. Jamais je ne me suis senti aussi compris, reconnu et accepté. Non, ce qu’il y a maintenant, c’est que pour Alyssia je sais vraiment pas quoi faire.
– C’est-à-dire ? Tu envisages de mettre un terme ?
– Oh, non, non. Pas du tout. Non. Au contraire. Seulement j’ai bien peur…
– Que ce soit elle qui le fasse. Alors ça, c’est pas exclu. Ça l’est même de moins en moins, dans le contexte actuel.
– Elle supporte pas l’idée que je puisse avoir quelqu’un d’autre. C’est ça, hein ?
– Ce qu’elle supporte pas, surtout, c’est que tu la prennes pour une conne. C’est de pas savoir sur quel pied danser avec toi.
– Tu crois qu’il faut que je lui parle ?
– Je crois pas. Je suis sûr.
– Il y a un risque quand même, non ?
– Évidemment ! Mais infiniment moindre, à mon avis, que si tu joues carte sur table. Elle appréciera.
– Je lui dis aussi que Camille, en réalité, c’est…
– Quand on dit la vérité et qu’on ment en même temps, ça le fait pas. Ça le fait jamais.

Je me suis levé.
– Bon, j’y vais. Je te laisse.
– Tu veux pas rester un peu ? Que Séverine te trouve là en rentrant. Ça la mettra de bon poil. Ça changera pour une fois.
– C’est la soupe à la grimace ?
–Et pire encore. Elle desserre pas les dents de toute la soirée. Elle se contente de balader partout son petit air : « Je dis rien. Je demande rien, mais je sais où t’as passé l’après-midi. Et avec qui. On me la fait pas à moi. »
Il a soupiré.
– Des fois j’aimerais encore mieux qu’on s’engueule.
– Qu’est-ce qu’elle sait au juste ?
– Peut-être tout. Peut-être rien. J’ai décidé de plus me poser la question. D’arrêter de me faire des nœuds au cerveau. Parce que ça change rien. Parce que Séverine, c’est quelqu’un qu’a un besoin viscéral de te faire la gueule. Qu’il y ait des raisons ou qu’il y en ait pas. Elle porte ça en elle. Faut qu’elle soit malheureuse. Que tout aille de travers dans sa vie. Et qu’elle en fasse porter la responsabilité à quelqu’un. Moi, en l’occurrence. Je suis en première ligne. Forcément.
Il a encore soupiré. Un soupir à fendre l’âme.
– J’en ai marre, par moments, mais j’en ai marre ! Quelle idée j’ai eue d’aller l’épouser. Non, mais quelle idée ! Ah, je t’assure que si c’était à refaire…
– Ça peut se défaire…
– Je sais bien, oui, mais…
Au-dehors, les graviers ont crissé.
– La v’là !

Elle a jeté ses clefs sur la petite console, dans l’entrée.
– Alors, les garçons, ça va comme vous voulez ?
Ça allait, oui !
– Qu’est-ce vous avez fait de beau ?
– Oh, rien ! Rien de spécial.
Derrière lui, le peignoir était resté par terre. Elle l’a ramassé, porté à ses narines et elle lui a jeté un regard furibond.
Qu’il n’a pas vu.

mardi 11 septembre 2018

Alyssia, ma femme (26)


Elle a finalement jeté son dévolu sur des jumeaux.
– Ils sont vraiment copie conforme, t’as vu ça ?
Avec qui elle a entretenu une correspondance assidue pendant trois jours.
– En tout cas, ils ont de la conversation. De l’humour. Ce qui ne gâte rien. Et ils savent des tas de choses. Par contre, ils font jamais rien l’un sans l’autre.
Ce qui l’arrangeait bien finalement.
– Ben oui, parce que j’ai encore jamais eu deux mecs en même temps, moi ! Quatre mains à te prodiguer des caresses partout. Deux bouches. Ça doit être génial.
– Et deux queues.
– Aussi, oui. Comme ça, le temps qu’il y en a une qui se repose, tu peux toujours profiter de l’autre.
Ils se sont finalement fixé rendez-vous.
– Mais tu resteras dans les parages, hein ! Parce qu’ils m’inspirent confiance, mais on sait jamais. Il y en a qui cachent bien leur jeu. Et puis, de toute façon, maintenant je conçois plus ce genre de choses sans que tu sois au moins à côté. Sans que je les partage avec toi.

Benjamin n’était jamais libre.
– On va se faire un petit tennis ?
– Désolé, mais aujourd’hui je peux pas.
Le lendemain non plus. Et pas davantage le surlendemain.
– Oh, et puis merde ! Pas la peine de tourner pendant des semaines autour du pot. Je vais jouer franc jeu avec toi. J’ai quelqu’un d’autre.
– Je m’en doutais bien un peu.
– Ben oui, forcément. J’arrête pas de te faire faux bond.
– Et pas seulement à moi.
– Elle aussi, elle se doute, hein…
– Évidemment ! Elle est pas idiote.
– Mais elle est pas sûre ?
– Il s’en faut vraiment de très très peu.
– Il y a quelque chose qu’il faudrait que tu saches. Et puis elle aussi maintenant. Même si je me demande comment elle le prendrait.
– Quoi donc ?
– Je vais te faire faire sa connaissance. Tu comprendras mieux…

Alyssia était sur des charbons ardents.
– Encore deux heures ! Pourvu que je leur plaise… Parce qu’une photo, ça peut être trompeur une photo.
– Pas dans ton cas.
– Je devrais peut-être plutôt mettre ma robe rouge, non ? Qu’est-ce t’en penses ?
– Celle-là est très bien.
– Je sais pas. Peut-être un peu trop osée, non ?
– Tu vas pas à une cérémonie religieuse.
– Oui, mais quand même ! Pour une première fois… C’est comme le maquillage. Ça fait pas trop mauvais genre au moins ?
– Pas du tout, non !
Elle est retournée devant la glace, a remis une mèche en place, lissé, du bout des doigts, le col de la robe.
– Tu sais quoi ? On dirait une gamine qui va à son premier rendez-vous amoureux.
Elle m’a tiré la langue.
– Ah, c’est malin ! Va prendre tes marques là-bas, tiens, plutôt !

Ils s’étaient pas fichus d’elle. Hôtel grande classe. Je suis monté m’approprier ma chambre. La 339. Une chambre immense. Avec tout le confort. Mini-bar. Micro-ondes. Écran plasma. Et matelas moëlleux que le diable. J’allais être bien. Et eux aussi. Eux ? Il y avait du bruit à côté. Des voix. Ils étaient déjà là ? Non. Il était beaucoup trop tôt. Et pourtant je ne rêvais pas. J’entendais bien parler. Je suis allé coller mon oreille à la cloison. Une voix d’homme. Une voix de femme. Qui n’était pas celle d’Alyssia. Aucun doute là-dessus. Donc, ben donc il y avait un problème quelque part. Ou la chambre avait été louée deux fois, ce qui paraissait quand même assez peu vraisemblable ou, pour une raison ou pour une autre, on ne leur avait pas attribué la chambre qui avait été initialement prévue. Quoi qu’il en soit, j’étais réduit à l’impuissance. Je me voyais mal aller demander des explications à la réception.

À huit heures, j’ai reçu un SMS : « On mange ailleurs. Tout se passe bien. T’inquiète pas. »
Vers onze heures, j’ai bien erré un peu, au hasard, dans les couloirs. En vain. Il était immense, cet hôtel et j’ignorais où ils se trouvaient. Sans compter qu’à séjourner comme ça, sans raison apparente, dans les couloirs, je risquais d’attirer l’attention et de faire naître des soupçons.
Le lendemain matin, j’avais un autre SMS « On déjeune dans la chambre. Tout est OK. On se retrouve à la maison. »

– Alors ? C’était bien ?
Elle m’a tendu les lèvres.
– Divin.
– On dirait, oui. T’as la tête de quelqu’un qu’on a épuisée de plaisir.
Elle s’est nichée au creux de mon épaule.
– Tu m’as manqué, tu sais ! Pas t’avoir là, à côté…
– Il s’est passé quoi, au juste, pour la chambre ?
– Oh, le genre d’idioties… Des habitués qui tiennent à la 341 comme à la prunelle de leurs yeux. La réceptionniste est nouvelle. Elle savait pas et elle leur en a collé une autre. Ils ont fait un foin pas possible. Et comme mes jumeaux se fichaient pas mal que ce soit cette chambre-là ou une autre.
– Et que tu pouvais rien dire…
– Ah, ben ça ! Oh, mais il y aura d’autres occasions.
– J’espère bien. Bon, mais tu racontes ?
– Ça se raconte pas ce genre de choses. Ça se vit. Ou ça s’écoute.
– Essaie quand même !
– Oh, ben tu te doutes ! On s’est d’abord éternisés au restaurant. Où ils m’ont minutieusement décrit, bien en détail, tout ce qu’ils allaient me faire. Ils avaient une façon de se renvoyer l’un à l’autre la balle… C’était d’un torride ! J’étais trempée. Et ils faisaient durer… Ils faisaient durer…
– Des artistes, en somme…
– On peut dire ça comme ça, oui. Et alors tu penses bien que, quand on est arrivés dans la chambre…
– Tu t’es retrouvée aussi sec à poil.
– Oh, non, non ! Parce que c’était déjà fait, ça !
– Hein ?
– Ben oui ! Dans l’ascenseur on avait commencé. Et puis on a continué dans le couloir.
– Complètement ?
– Complètement, oui. C’était d’un excitant !
– J’imagine… Et ensuite ?
– Ils se sont occupés de moi. Savamment. Ardemment.
– Et ils se sont passé le relais.
– Oui. Enfin, non ! Ensemble je les ai eus. Tous les deux. Un devant et un derrière. Et puis après, ils ont interverti les rôles.

mardi 4 septembre 2018

Alyssia, ma femme (25)


– Comment elle est ?
– Qui, ça ?
– Ben, la fille, tiens, cette Camille…
– Je sais pas, je…
– Parce que t’es pas allé voir la tronche qu’elle a, peut-être ? La tronche et le reste… À d’autres ! Je te connais depuis le temps. Alors elle est comment ?
– Pas mal…
– Pas mal ou pas mal ?
– Plutôt bien. Et même très bien. Absolument ravissante en fait.
– Ouais… Faudra que j’aille jeter un œil sur cette petite merveille.
– Tu vas pas…
– Faire un esclandre ? Pour qui tu me prends ? Tu devrais savoir que je suis beaucoup plus subtile que ça.
– Tu vas faire quoi alors ?
– Sûrement pas lui abandonner le terrain. Alors là, il y a pas de risques. Et j’ai quand même pas mal de cordes à mon arc. D’abord Eugénie. Il s’est senti frustré de pas être là, l’autre jour, Benjamin. Alors, Camille ou pas Camille, pas besoin de t’en faire que, la prochaine fois, il nous fera sûrement pas faux bond. Et comme Eugénie est très joueuse, qu’on mettra le paquet, un vrai feu d’artifice, il aura qu’une envie : revenir. Et puis il y aura la cerise sur le gâteau…
– Ah, oui, quoi ?
– Toi !
– Moi ? Ah, oui, je vois…
– Depuis le temps qu’il en crève d’envie… On peut bien lui offrir ce petit plaisir, non ?
– Devant Eugénie ?
– De préférence, oui. Ça n’en aura que plus de saveur. Et puis je devrais pas te le dire, mais elle m’a confié qu’elle adorait ça voir des mecs ensemble. Maintenant si ça te pose un problème…
– Oh, non ! Non !
Elle a éclaté de rire.
– Ben, voyons ! Plutôt deux fois qu’une, hein ! T’en as fait du chemin, toi, dis donc, en quelques semaines. C’est spectaculaire.

Je n’ai quasiment pas dormi de la nuit. Je me tournais, je me retournais dans le lit sans parvenir à trouver le sommeil.
– Mais qu’est-ce t’as à t’agiter comme ça ?
Je la revoyais, Eugénie. Ses doigts, avec frénésie, sous sa petite culotte rose. Le plaisir dans ses yeux. Dans ses plaintes doucement psalmodiées. Et puis, le lendemain matin, ses fesses majestueusement et longuement offertes. À ces images longuement et voluptueusement savourées sont venues s’en superposer d’autres. Benjamin. Benjamin et moi, enlacés. Et puis elles, à nous regarder. Intensément. Ce feu dans leurs yeux. Ce bonheur qui les inonde. Alyssia… Eugénie… Eugénie… Alyssia…

Je me suis levé à la pointe du jour. J’ai pris la voiture. Il faisait beau. Très. J’ai roulé au hasard. Pour rouler. Sans vraies pensées. Sans but. J’ai pris des routes. Des tronçons d’autoroute. Je suis repassé, à plusieurs reprises, au même endroit. À huit heures, sans l’avoir vraiment voulu, sans l’avoir vraiment cherché, je me suis trouvé à l’entrée de la départementale qui mène au « Petit Castel ». Je n’ai pas eu l’ombre d’une hésitation. Je m’y suis résolument engagé.
Plusieurs couples déjeunaient sur la terrasse. Je les ai salués, me suis installé tout au bout, un peu à l’écart. Eugénie n’est pas tout de suite venue vers moi. Elle s’est consacrée à ses autres clients. Elle allait, elle venait, resplendissante dans le soleil. Elle a fini par s’approcher.
– Vous êtes tout seul aujourd’hui ?
– Tout seul et de passage. Très vite. J’avais trop envie de vous voir, ne fût-ce que quelques instants.
Elle m’a souri.
– C’est gentil. Je vous sers quelque chose ?
– Un copieux petit déjeuner. Ça s’impose. Et ça m’en rappellera un autre.
Elle a légèrement rosi.
– Thé ou café ?
– Café. Avec un peu de lait. J’y repense souvent, vous savez !
– Moi aussi. Tous les jours.
Et elle m’a tourné le dos.

Elle m’avait gâté. Quatre croissants. Quatre pains au chocolat. Pain, beurre et confiture à foison.
– Et si vous avez besoin de quoi que ce soit d’autre…
– Oh, non, ça ira, merci. Je mangerai jamais tout ça. Par contre, une petite question, Eugénie…
– Oui ?
– Votre tablier, là, c’est celui que vous aviez l’autre matin ?
– Oh, non, non ! Celui-là, je le remets pas. Je l’ai jamais remis.
– Parce que ?
– Comme ça…
Et elle est repartie.
J’ai pris tout mon temps pour déjeuner. Quand je me suis enfin levé, à regret, elle n’avait pas reparu. J’ai regagné ma voiture. Sur le siège passager se trouvait un paquet que j’ai ouvert avec curiosité. C’était le petit tablier blanc…

Alyssia l’a déplié, étalé sur la table.
– Tu sais qu’elle me plaît de plus en plus, cette petite ? Elle a des idées en pagaille. Bon, mais alors tu vas en faire quoi, toi, maintenant, de ce petit souvenir ?
– Mais, rien ! Je…
– Tu parles que tu vas rien en faire ! Alors là, je suis bien tranquille. En attendant, ce que je constate, moi, c’est que tu te la joues perso.
– C’était le hasard. Quand j’ai vu que j’étais à côté…
– Mais bien sûr ! Je vais avaler ça…
– Je te jure…
– Jure pas ! Viens m’aider plutôt…
Et elle s’est installée à l’ordi.
– À quoi ?
– À me choisir un type. Ben, fais pas cette tête-là ! Qu’est-ce qu’il y a ? C’est à cause de Benjamin ? Je vais me battre pour pas qu’elle me le pique, l’autre petite dinde, oui, ça, c’est sûr. Mais faut aussi que j’assure mes arrières. Parce que je me fais pas d’illusions : ça n’aura qu’un temps, Benjamin. Pas parce qu’il me plaquera, non, parce que JE le plaquerai. Quand j’en aurai bien marre de me poser sans arrêt des questions. De devoir pleurnicher pour qu’il m’accorde un peu de son temps. Parce que c’est pas la première, cette Camille. Je me fais pas d’illusions. Et c’est pas la dernière non plus. Bon, mais assieds-toi ! Reste pas planté là. Et, tiens, regarde ! Quatre, j’en ai sélectionné. Dis-moi ce que t’en penses, mais franchement, hein !

mardi 28 août 2018

Alyssia, ma femme (24)



Alyssia a jeté son sac sur la petite table basse, près de l’entrée.
– Jusque chez elle je l’ai ramenée la Proserpine.
– Et ?
– Et, à mon avis, il verra jamais le jour son bouquin. C’est juste un prétexte.
– C’est bien ce que je commençais aussi à soupçonner un peu.
– Ce qu’il y a, en réalité, c’est que tu la fais bander.
– Moi !
– Oui. Enfin, non. Ce qui l’excite, et pas qu’un peu, c’est que tu me baises pas. Que tu baises personne, d’ailleurs. « Alors, pratiquement, il est eunuque, quoi ! » Et t’aurais vu comment ils brillaient ses yeux en disant ça ! De la folie ! J’ai quand même un peu douché son enthousiasme : tu baisais pas, non, mais tu t’amusais malgré tout tant et plus tout seul. J’étais bien placée pour le savoir. Elle a pris un air désolé… « Mais faut pas accepter ça ! » Et elle s’est lancée dans un long discours enflammé. Que les hommes, on leur demandait qu’une chose, c’était de satisfaire les femmes. Et que ceux qu’en étaient pas capables, il y avait aucune espèce de raison pour qu’on les laisse avoir des compensations par ailleurs. J’ai fait la moue. Ah, oui ? Et elle comptait le leur interdire comment ? Elle ne s’est pas laissée démonter. Oh, il y en avait plein des moyens. Mais le plus commode, et le plus courant, c’était encore la cage de chasteté. « Vous la lui enfermez bien à l’étroit là-dedans, vous gardez précieusement la clef sur vous et le tour est joué. »
– Elle a vraiment un problème, elle, hein !
– Non, tu crois ?
– Tu lui as répondu quoi ?
– Que c’était une excellente idée. Et que j’allais mettre ses conseils à exécution dans les plus brefs délais. Mais non, idiot ! Je lui ai rien dit du tout.
– Si bien que si elle a envie d’imaginer que tu vas vraiment le faire…
– Eh bien, elle l’imaginera. Elle peut bien penser ce qu’elle veut.
– Sauf qu’elle va pas nous lâcher…
– On y mettra bon ordre. Oh, mais on s’en fiche d’elle ! Dis-moi plutôt ! Qu’est-ce tu ferais à ma place ?
– Pour ?
– Benjamin, tiens, pardi ! Qu’est-ce tu veux d’autre ? Non, parce que si je réagis pas, là, après le coup qu’il m’a fait au Petit Castel, c’est la porte ouverte à tout ce qu’il veut. Il va me piétiner allègrement. Ce sera de plus en plus souvent qu’il me fera faux bond. Et moi je serai là, à attendre son bon vouloir, comme une conne. Alors non ! Non ! Je vais sûrement pas me laisser réduire à ça. Il y en a d’autres des queues, si je veux. Et des qui fonctionnent bien. C’est pas ça qui manque…
– Ce qu’il faudrait d’abord savoir, c’est ce qu’il en est au juste. Peut-être qu’il a vraiment eu un empêchement.
– Tu parles ! Il était avec une nana, oui. Qu’est-ce tu veux que ce soit d’autre ? Une pauvre conne qui lui a fait les yeux doux. Et lui, comme un imbécile, il a sauté à pieds joints dans le piège. Bon, mais bouge-toi, toi ! Reste pas planté là ! Fais quelque chose ! Essaie de savoir. Va le cuisiner ! Ou suis-le ! Je sais pas, moi, mais trouve une solution !

Séverine voulait encore me voir.
– Bon, ben ça y est !
Elle tombait bien, elle. Elle tombait on ne peut mieux.
– Qu’est-ce qui y est ?
– Sa nouvelle copine à Benjamin, je sais qui c’est.
– Ah ! Et alors ?
– Une petite jeune. Dix-neuf ans.
– Tant qu’à faire…
– C’est plutôt une bonne nouvelle pour vous, non ?
– Si on veut.
– Oh, ben si, si ! Parce qu’il va avoir la tête ailleurs maintenant. Avec votre femme il va prendre ses distances. De plus en plus. Quant à moi… Je vais peut-être vous étonner, mais j’en ai strictement plus rien à battre.
– Effectivement, c’est pour le moins inattendu.
– Trop, c’est trop. Et il arrive un moment où il faut savoir dire stop. Il est comme ça. Il changera pas. J’en ai pris mon parti. Et, pour être tout-à-fait franche avec vous, moi aussi, j’ai rencontré quelqu’un. Un monsieur courtois, affable, sensuel avec lequel je me sens bien. Avec qui je partage une foule de choses
Elle a longuement suivi des yeux un couple tendrement enlacé qui passait sur le trottoir.
– Ce que je voulais aussi vous dire, que vous ne soyez pas pris de court, c’est que j’ai bien l’intention de jouer cartes sur table avec Benjamin. Dans les plus brefs délais. Je vous préviendrai dès que ce sera fait.
– C’est-à-dire ? Vous allez divorcer ?
– Oh, non ! Non ! À moins qu’il le veuille vraiment. Ce que je ne crois pas. C’est pas le genre à chercher les complications, Benjamin ! Quant à moi, je préfère, et de loin, rester mariée. Mon ami ne l’est pas. Que je divorce et, le connaissant, il va faire des pieds et des mains pour me passer la bague au doigt. Ce à quoi je ne tiens absolument pas. Du moins pour le moment. Pour toutes sortes de raisons. Et vous, vous allez faire quoi ?
J’ai haussé les épaules.
– Rien. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Je vais attendre que la situation se décante d’elle-même.
– Ce qui, à mon avis, ne saurait tarder. Vu les mails enflammés qu’il adresse à cette Camille, vu comment elle est canon en plus, votre femme va pas faire long feu. Il n’aura plus guère de temps à lui consacrer. Vous voulez voir à quoi elle ressemble ?
– Pourquoi pas ?
– Eh bien vous vous rendez au centre Leclerc de la zone commerciale. Elle travaille au rayon « plats cuisinés ».
Elle s’est levée.
– Et tâchez de pas tomber amoureux d’elle. Ça compliquerait vraiment trop la situation…
– Il y a pas de risque.
Elle a eu une petite moue dubitative.
– Oh, alors ça !
Et elle s’est éloignée sans se retourner.

Lui aussi voulait me voir. Décidément !
– Sauf que là, j’ai pas trop le temps. Je suis déjà en retard. Et c’est un rendez-vous important. Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Oh, rien. Rien de spécial. Enfin, si ! Qu’est-ce qu’elle a Alyssia ? J’ai l’impression qu’elle me fait la gueule.
– Il y a un peu de quoi, avoue, non ?
– Je sais, oui. Je suis désolé. Elle m’en veut beaucoup ?
– Ce qu’il y a surtout, c’est qu’elle est persuadée qu’il y a une nana derrière tout ça.
– Ça, évidemment, j’aurais dû m’en douter.
– Et c’est pas le cas ?
– Je t’expliquerai. Mais alors, pour la petite serveuse, la fille du patron, elle m’a raconté des salades. Histoire de se venger. C’est ça, hein ?
– Pas vraiment, non.
– Ah, oui ? Qu’est-ce qu’il y a eu ?
– Écoute, faut vraiment que j’y aille, là. Mais moi aussi, je t’expliquerai. Quand on sera au calme.

mardi 21 août 2018

Alyssia, ma femme (23)


– On descend pas déjeuner ?
– Non. Ce matin, on se fait servir dans la chambre.
– Par Eugénie ?
– Évidemment, par Eugénie… Ça t’a pas déplu, avoue, la petite séance d’hier soir, hein ?
– Je serais difficile.
– Et t’es pas au bout de tes surprises. Elle est très joueuse, cette petite. Et pleine de ressources.
– C’est-à-dire ?
– Tu verras bien.
– Mais si, dis ! Au moins un peu.
Il y a eu du bruit dans le couloir. Puis dans la chambre d’à côté. Encore dans le couloir.
– Tiens, ben la v’là justement !
Elle a frappé, est entrée, vêtue de son petit tablier de serveuse blanc.
– Bonjour !
Avec un grand sourire.
Et elle nous a tourné le dos pour aller déposer le plateau sur la table, près de la fenêtre. Ses fesses étaient nues. Totalement nues. Superbement nues. Elle a pris tout sont temps, fait mine de rectifier la position des tasses, celle des couverts avant de majestueusement naviguer vers la porte sur le pas de laquelle elle s’est retournée.
– Bonne journée…
– À toi aussi…
Alyssia a hoché la tête.
– Elle doit être ravie. C’est un fantasme qu’elle rêvait de réaliser depuis tellement longtemps…
– Si elle en a d’autres comme ça, je suis preneur.
– Oh, oui, qu’elle en a d’autres ! Des quantités…
– Inutile que je te demande lesquels, j’imagine ?
– Inutile, en effet ! Tu les découvriras en temps voulu.

On s’est levés.
– En tout cas, ce qu’il y a de sûr, c’est que tu bandes !
– Ben… Il y a de quoi, non ? Mais tu sais ce que je me demande ? Elle est quand même pas redescendue aux cuisines dans cette tenue ? Si ?
– Ah, ça te plairait, ça, hein ! Et à elle aussi, sûrement ! C’est malheureusement pas possible. Pour des raisons évidentes. Non. En fait, la chambre d’à côté, qui est vide ce matin, lui a servi de vestiaire.
Son téléphone a vibré.
– Benjamin… Ce cher Benjamin… Allô, oui…
Elle a mis le haut-parleur.
– Alyssia ? Je suis vraiment désolé pour hier soir, mais j’ai vraiment pas pu faire autrement. C’était beaucoup trop risqué.
– Tu as très bien réagi. Ne commets surtout pas d’imprudences. Non, mais t’imagines si on pouvait plus se voir du tout ? Je le supporterais pas, Benjamin. Ça, c’est quelque chose que je ne supporterais pas.
– On n’en est pas là…
– J’espère bien…
– Non, non… T’inquiète pas ! Il s’agit juste d’éviter de se voir pendant trois-quatre jours. Le temps qu’elle se rassure. Que ses soupçons se dissipent. Bon, mais vous avez fait quoi alors, du coup, avec Alex ? Vous êtes rentrés ?
– On s’est tâtés… Et puis, finalement, non, on est restés. Et on l’a pas regretté. Ah, non alors ! Parce que je peux te dire que t’as loupé quelque chose.
– Quoi donc ?
– Eugénie, la petite serveuse, la fille du patron… Elle est chaude comme la braise.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Je te raconterai… Quand on se verra. Ce serait trop long. Mais ça vaut son pesant d’or, je t’assure. Tant et si bien qu’on va rester là, cet après-midi. Et peut-être même la nuit prochaine.
– Je vais voir…
– Tu vas voir quoi ?
– Si, éventuellement, je peux pas venir vous rejoindre.
– Sûrement pas, non. T’es inconscient ou quoi ? T’as envie que ta bonne femme découvre le pot-aux-roses ?
– Si je manœuvre bien…
– Ah, non, Benjamin, non. C’est hors de question. Ce serait complètement irresponsable. Il y aura d’autres occasions n’importe comment. Allez, file ! Va travailler ! On se rappelle dans la journée.
– Je t’aime…
– Moi aussi.
Et elle a raccroché.
– Il se fout de ma gueule, hein ! Il se fout vraiment de ma gueule. Soi-disant qu’il faut, par sécurité, qu’on reste quelques jours sans se voir. Je lui parle d’Eugénie. Je l’allèche avec et là, comme par enchantement, toutes les difficultés sont aplanies. Il est prêt à nous rejoindre dans la minute qui suit. T’en penses quoi, toi ?
– Que sa nouvelle conquête n’est pas, à ses yeux, aussi importante que ça puisqu’il était disposé à te la sacrifier pour venir passer la soirée avec toi.
– La passer avec Eugénie, tu veux dire, plutôt, oui ! Bon, mais importante ou pas, c’est pas mon problème. Je sais ce qu’il me reste à faire.
– C’est-à-dire ?
– Que je vais sûrement pas passer mon temps à attendre qu’il soit disponible pour moi. Je vais me trouver quelqu’un d’autre. Et jouer sur les deux tableaux.

Proserpine nous attendait en bas.
– Vous allez sans doute me trouver terriblement insistante, mais on a été interrompus hier soir et j’aurais vraiment aimé qu’on puisse poursuivre notre conversation. Je tiens beaucoup à écrire ce livre et si je ne dispose pas d’éléments suffisamment…
Alyssia l’a interrompue.
– Je vous ramène si vous voulez. On pourra discuter comme ça. Allez, montez !

Je me suis un peu attardé. Je suis remonté dans la chambre. Redescendu. Sur la terrasse du petit déjeuner, maintenant déserte, Eugénie remettait un peu d’ordre. Un coup de torchon par ci, une chaise remise en place par là. Je me suis approché.
– Je voulais vous dire…
Elle n’a pas relevé la tête.
– Merci pour tout-à-l’heure.
Toujours pas.
– Et aussi pour hier soir.
Elle m’a jeté un bref regard, vaguement confus.
– Et merci à vous.
– J’ai beaucoup, mais alors là vraiment beaucoup apprécié.
Elle a plongé ses yeux dans les miens.
– Moi aussi !
Et elle s’est enfuie.

mardi 14 août 2018

Alyssia, ma femme (22)


Quand je suis arrivé au Petit Castel, sur le coup de cinq heures, pour y faire, comme le week-end précédent, les repérages convenus, j’ai eu la surprise d’y trouver Alyssia.
– T’es déjà là !
– Ça fait un petit moment, oui ! Et je regrette pas. Parce que ça m’a donné l’occasion d’avoir une longue conversation avec Eugénie, la fille des patrons. C’est elle qui est venue me trouver. Elle était terrorisée à l’idée que je puisse dire à son père qu’on l’a découverte, la semaine dernière, la main dans la culotte derrière la porte de notre chambre. Je l’ai rassurée, je l’ai mise en confiance. Elle avait besoin de parler : je l’ai écoutée. Elle est fille unique. C’est à elle que reviendra donc, plus tard, l’affaire familiale. « Ce sera à toi tout ça, c’est pour toi que tu travailles. » lui répète son père à l’envi. Et il exige d’elle une disponibilité quasi permanente. Sa vie, c’est travail, travail et encore travail. Qu’elle veuille sortir, aller s’amuser un peu, il ne l’en empêche pas, non, mais il la culpabilise tellement, quand elle rentre, qu’elle n’a pas vraiment envie de recommencer. Tant et si bien qu’elle est, pour ainsi dire, confinée à l’hôtel. À vingt-deux ans elle n’a pas d’amis. Et encore moins de petit ami. C’est donc sur place qu’il lui faut trouver le moyen de satisfaire une libido particulièrement exigeante. Pas question d’un coup d’un soir avec un client. Elle y laisserait sa réputation et son père y mettrait de toute façon bon ordre. Non. Il faut qu’elle se débrouille autrement. Et comme elle est d’une nature plutôt voyeuse, elle se penche avec beaucoup d’attention sur ce qui se passe dans les chambres et y trouve de temps à autre – la preuve ! – son comptant.
– Et elle ne s’est jamais fait surprendre ?
– Ça a bien failli à deux ou trois reprises, mais on a été les premiers à la prendre vraiment sur le fait.
– Faut qu’elle ait beaucoup de chance. C’est quand même sacrément risqué son truc.
– Elle connaît parfaitement les lieux. Ça aide. Mais enfin de toute façon, ce soir, c’est un problème qu’elle aura pas.
– Parce que ?
– Parce que je l’ai invitée à venir assister, sur place, au déroulé des opérations.
– Et elle a accepté ?
– Tu parles si elle a accepté !

Elle consultait toutes les trente secondes son portable.
– Mais qu’est-ce qu’il fout, Benjamin, bon sang ? Qu’est-ce qu’il fout ? Il m’avait dit sept heures. Et pas un mot. Rien. Ce que ça peut être agaçant !
À huit heures, elle a décidé de descendre dîner.
– Ça le fera peut-être arriver… Et puis j’ai faim n’importe comment.
À l’entrée de la salle à manger on s’est trouvés nez à nez avec Proserpine, la jeune femme rousse. Qui a proposé qu’on partage la même table.
– On pourra discuter comme ça…
Aussitôt dit, aussitôt fait.
– Il vous a expliqué, votre mari ?
– Pour ? Votre bouquin ? Oui, bien sûr ! Et alors ? Ça avance ?
Elle a esquissé une grimace.
– Pas bien, non ! Je navigue un peu à vue pour le moment. Il faudrait que je vous demande…
– Eh bien, allez-y ! Profitez-en ! On est là.
– Oui… Alors… Ce que je voudrais savoir… Quand vous êtes avec votre…
– Amant… N’ayons pas peur des mots.
– Votre mari assiste systématiquement ?
– Au début, non. Mais, maintenant, pratiquement toujours, oui.
– Et dans l’autre sens ?
– Comment ça « dans l’autre sens » ?
– Vous couchez avec votre mari devant votre amant ?
– Non. Jamais.
– Parce que c’est quelque chose que vous voulez conserver pour vous deux ? Que vous ne voulez partager avec personne ?
– Non. Parce que je ne couche plus avec mon mari. Depuis un bon moment déjà.
– Il y a une raison particulière ?
– Oui. Je n’en ai plus la moindre envie.
– Ça doit pas être facile à vivre pour lui.
– Personne l’empêche d’aller voir ailleurs.
– Et il le fait ?
Elle s’est tournée vers moi.
– Vous le faites ?
Le portable d’Alyssia a sonné. Elle s’est levée, éloignée.
– Hein ? Vous le faites ?
Elle a pris la direction de la chambre.
– Excusez-moi ! Il y a l’air d’y avoir un problème. Je vais voir ce qu’il se passe.

Je l’ai rejointe au moment où elle raccrochait.
– Il viendra pas. Et jamais t’iras imaginer pourquoi.
– Sa femme se doute de quelque chose.
– Bingo ! Comment t’as deviné ? Non, mais il me prend vraiment pour une conne, hein ! Oh, mais attends, attends ! Il a pas fait le plus dur.
– C’est-à-dire ?
– Tu verras bien. Non, là où ça m’embête le plus, c’est pour Eugénie. Elle se faisait une telle fête d’assister à nos ébats…

Laquelle Eugénie est tout de même venue discrètement frapper vers onze heures et demi à la porte de notre chambre.
– Entre ! Entre ! Il est pas là, ma pauvre !
– J’ai vu ça, oui.
– Je suis désolée. Ce sera pour une autre fois.
– Pas grave.
Et elle a fait demi-tour, prête à repartir.
– Attends ! Attends ! Ça te dirait pas un petit avant-goût qui te fasse patienter jusque là ?
Et Alyssia a dégrafé ma ceinture, m’a descendu le pantalon sur les chevilles. Le slip.
– Regarde ! Non, mais regarde-moi ça ! Ah, ça lui fait de l’effet d’être à poil devant toi, on peut pas dire…
Elle regardait. Sans complexes. Elle buvait des yeux. Et plus elle regardait, plus je durcissais.
Alyssia m’a envoyé une petite chiquenaude dessus.
– On peut quand même pas la laisser dans cet état-là. Faut faire quelque chose ! Non, t’es pas de mon avis, Eugénie ?
Elle n’a pas répondu. Elle continuait à regarder intensément.
– Qu’est-ce tu préfères ? Lui faire, toi ? Que je lui fasse ? Ou qu’il se le fasse ?
La réponse a fusé.
– Oh, lui ! Lui !
– Alors tu sais ce qu’il te reste à faire, Alex !
Je ne me le suis pas fait répéter deux fois. J’en avais une envie folle. Et je me suis frénétiquement élancé vers mon plaisir.
Eugénie, en face, a ouvert son pantalon, en a descendu la fermeture-éclair à mi-chemin, a glissé ses doigts à l’intérieur de la petite culotte rose. Ils y sont allés et venus, s’y sont affolés. Mon plaisir s’est approché, a surgi, à longues saccades délivrées. Elle a longuement modulé le sien.

mardi 7 août 2018

Alyssia, ma femme (21)


Séverine a attaqué, d’emblée, avant même d’avoir fini de s’asseoir.
– Il a quelqu’un d’autre.
– Quoi ? Qui ça ?
– Benjamin. Quelqu’un d’autre que votre femme.
– Vous êtes sûre ?
– Pratiquement.
– Et c’est qui ?
– Alors ça ! Oh, mais je finirai bien par le découvrir. Ou bien vous. Vous le voyez souvent. Quelque chose va forcément, à un moment ou à un autre, vous sauter aux yeux. Ou même… vous pouvez susciter des confidences. Entre hommes, on aime se vanter. Et je le vois bien dans le rôle.
– Vous allez faire quoi ?
– J’aviserai. Quand je saurai. Mais pas la peine que je me berce d’illusions. Je ferai rien. Je subirai. Comme d’habitude. En espérant qu’il va pas se toquer de cette nouvelle conquête. Qu’il va pas avoir la lumineuse idée de vouloir « refaire sa vie ». Je l’ai dans la peau, qu’est-ce que vous voulez ! Alors il peut bien me faire cocue tant et plus. Du moment qu’il reste avec moi, qu’il parle pas de me quitter, qu’il dort, au moins de temps en temps, dans notre lit, que je peux me blottir contre lui, j’en ai rien à foutre. Je suis prête à tout accepter. Et à fermer les yeux. Vous comprenez ça ?
– Très bien, oui.
Elle m’a saisi la main par-dessus la table, l’a serrée à la broyer.
– J’ai peur ! Si vous saviez ce que j’ai peur ! J’ai peur que c’en soit une qui veuille me le voler, cette fois-ci. Qui fasse tout pour ça. Vous allez m’aider, hein ? On va trouver. Que je sache qui c’est. Si elle est mariée. Ce qu’elle a dans la tête. Si je dois m’inquiéter ou bien si… Oui, hein que vous allez m’aider ?
– Je vous le promets.
– Merci.
Elle a desserré son étreinte.
– Pour vous, par contre, peut-être que les choses vont s’arranger du coup. Tout nouveau, tout beau. Votre femme sera reléguée au second plan. Peut-être même qu’elle va complètement disparaître de son champ de vision. Qu’elle l’encombre maintenant. Qu’il envisage de s’en débarrasser. Et que tout ça ne sera bientôt plus, pour vous, qu’un lointain et mauvais souvenir.
Elle s’est levée. Elle avait les larmes aux yeux.
– À bientôt. Je compte sur vous, hein !

Alyssia était persuadée qu’il ne la quitterait pas.
– T’as assisté, attends ! T’as vu quel pied il prend avec moi. Et il renoncerait à ça ? Ah, non ! Non. J’y crois pas une seule seconde. Maintenant, qu’il suive parallèlement une autre piste, c’est possible. Le connaissant, c’est même probable. Parce que, quand il commence à raconter, comme ça, que sa femme a des doutes, qu’il faut faire preuve de la plus extrême prudence, c’est qu’il a ouvert un nouveau front et que, du coup, il a moins de temps à me consacrer. C’est ce qui s’est passé à Nice, cet été. C’est ce qui se passe encore aujourd’hui. Reste qu’il n’est pas dans mon intérêt de le brusquer, de me montrer, comme il m’est arrivé de le faire par le passé, exigeante et vindicative. Ce n’est pas, à l’évidence, la meilleure stratégie à adopter, avec lui, dans ce genre de situation. Mieux vaut que j’entre dans son jeu, que je fasse semblant de croire ce qu’il raconte et que je le laisse venir à son rythme. Tout en lui offrant, de temps à autre, quelque savoureuse nouveauté qui stimule son appétit pour moi. Et, de ce côté-là, j’ai déjà ma petite idée.
– C’est-à-dire ?
– Tu verras bien…
– Mais si, dis !
– Quand ce sera au point, ce qui n’est pas encore tout-à-fait le cas. Cela étant, ça ne doit pas t’empêcher de mener discrètement, malgré tout, ta petite enquête. Je suis quand même curieuse de savoir à quoi ressemble cette « rivale » avec lequel je vais devoir le partager.
– J’avoue que je ne m’attendais pas à ce que tu prennes les choses avec autant de philosophie.
– Comme quoi tout arrive !

Elle m’attendait devant la porte de chez moi. La jeune femme rousse.
– Vous me reconnaissez pas ?
– Si, bien sûr ! Vous étiez au Petit Castel. Et je vous ai emmenée à la porte de Versailles.
– Voilà, oui.
– Mais comment vous avez eu mon adresse ?
– Votre courrier était bien en vue, sous mon nez, dans votre voiture. Et comme j’ai une excellente mémoire… On peut parler deux minutes ?
– Vite fait alors… Parce que je suis déjà pas mal en retard ce matin.
– Ce sera pas long. Voilà : j’écris un livre.
– Ah !
– Et mes personnages se trouvent dans une situation très similaire à la vôtre. Il y a une femme, un mari et un amant. Et ce que j’aimerais, c’est que vous me serviez un peu de modèle tous les trois.
– Oh, on n’a rien d’extraordinaire, vous savez !
– C’est justement ce qui m’intéresse.
– Eh bien, faites alors ! J’y vois pas d’inconvénient. À condition, bien évidemment, que notre anonymat soit préservé.
– Ça coule de source. On pourra se voir quand, du coup ?
– Se voir ? Mais pour quoi faire ?
– J’ai besoin de savoir comment vous vivez la situation. Ce que vous ressentez. Comment vous le percevez, lui. Comment tout a commencé. Et plein d’autres choses encore. Ça vous pose problème ?
– Pas vraiment, non. Disons que ça me surprend.
– Je peux quand même compter sur vous ?
– Si vous voulez, oui.
– Et votre femme ? Elle accepterait de jouer le jeu, vous croyez ?
– Je lui poserai la question. Et je la poserai à Benjamin.
– Merci. J’ai votre accord de principe alors ?
– Vous l’avez.
– Voilà mes coordonnées. Vous m’appelez quand vous voulez. Qu’on prenne rendez-vous. Tardez pas trop, si vous pouvez. Que je puisse avancer.

Ça a beaucoup amusé Alyssia.
– T’as gobé un truc pareil ?
– Ben, pourquoi elle écrirait pas un livre ?
– Mais c’est cousu de fil blanc, enfin ! Voilà une nana qui se donne allègrement du plaisir en nous écoutant nous envoyer en l’air, Benjamin et moi, au Petit Castel. Tu l’as entendu toi-même. Que ça excite sûrement comme une petite folle de te savoir là, à côté de nous. Et qui a envie de mettre le nez plus avant dans tout ça. De se repaître de nous. Le plus possible. Alors elle a inventé cette histoire de bouquin. Ça fait sérieux un bouquin. Ça te vous pose son auteur. Et ça constitue un excellent alibi. Mais je te parie ce que tu veux qu’il verra jamais le jour ce bouquin.
– Tu crois ?
– Je crois pas. Je suis sûre. Mais ça doit pas nous empêcher de jouer le jeu. Au contraire, même. Ça peut se révéler très amusant.