mardi 4 septembre 2018

Alyssia, ma femme (25)


– Comment elle est ?
– Qui, ça ?
– Ben, la fille, tiens, cette Camille…
– Je sais pas, je…
– Parce que t’es pas allé voir la tronche qu’elle a, peut-être ? La tronche et le reste… À d’autres ! Je te connais depuis le temps. Alors elle est comment ?
– Pas mal…
– Pas mal ou pas mal ?
– Plutôt bien. Et même très bien. Absolument ravissante en fait.
– Ouais… Faudra que j’aille jeter un œil sur cette petite merveille.
– Tu vas pas…
– Faire un esclandre ? Pour qui tu me prends ? Tu devrais savoir que je suis beaucoup plus subtile que ça.
– Tu vas faire quoi alors ?
– Sûrement pas lui abandonner le terrain. Alors là, il y a pas de risques. Et j’ai quand même pas mal de cordes à mon arc. D’abord Eugénie. Il s’est senti frustré de pas être là, l’autre jour, Benjamin. Alors, Camille ou pas Camille, pas besoin de t’en faire que, la prochaine fois, il nous fera sûrement pas faux bond. Et comme Eugénie est très joueuse, qu’on mettra le paquet, un vrai feu d’artifice, il aura qu’une envie : revenir. Et puis il y aura la cerise sur le gâteau…
– Ah, oui, quoi ?
– Toi !
– Moi ? Ah, oui, je vois…
– Depuis le temps qu’il en crève d’envie… On peut bien lui offrir ce petit plaisir, non ?
– Devant Eugénie ?
– De préférence, oui. Ça n’en aura que plus de saveur. Et puis je devrais pas te le dire, mais elle m’a confié qu’elle adorait ça voir des mecs ensemble. Maintenant si ça te pose un problème…
– Oh, non ! Non !
Elle a éclaté de rire.
– Ben, voyons ! Plutôt deux fois qu’une, hein ! T’en as fait du chemin, toi, dis donc, en quelques semaines. C’est spectaculaire.

Je n’ai quasiment pas dormi de la nuit. Je me tournais, je me retournais dans le lit sans parvenir à trouver le sommeil.
– Mais qu’est-ce t’as à t’agiter comme ça ?
Je la revoyais, Eugénie. Ses doigts, avec frénésie, sous sa petite culotte rose. Le plaisir dans ses yeux. Dans ses plaintes doucement psalmodiées. Et puis, le lendemain matin, ses fesses majestueusement et longuement offertes. À ces images longuement et voluptueusement savourées sont venues s’en superposer d’autres. Benjamin. Benjamin et moi, enlacés. Et puis elles, à nous regarder. Intensément. Ce feu dans leurs yeux. Ce bonheur qui les inonde. Alyssia… Eugénie… Eugénie… Alyssia…

Je me suis levé à la pointe du jour. J’ai pris la voiture. Il faisait beau. Très. J’ai roulé au hasard. Pour rouler. Sans vraies pensées. Sans but. J’ai pris des routes. Des tronçons d’autoroute. Je suis repassé, à plusieurs reprises, au même endroit. À huit heures, sans l’avoir vraiment voulu, sans l’avoir vraiment cherché, je me suis trouvé à l’entrée de la départementale qui mène au « Petit Castel ». Je n’ai pas eu l’ombre d’une hésitation. Je m’y suis résolument engagé.
Plusieurs couples déjeunaient sur la terrasse. Je les ai salués, me suis installé tout au bout, un peu à l’écart. Eugénie n’est pas tout de suite venue vers moi. Elle s’est consacrée à ses autres clients. Elle allait, elle venait, resplendissante dans le soleil. Elle a fini par s’approcher.
– Vous êtes tout seul aujourd’hui ?
– Tout seul et de passage. Très vite. J’avais trop envie de vous voir, ne fût-ce que quelques instants.
Elle m’a souri.
– C’est gentil. Je vous sers quelque chose ?
– Un copieux petit déjeuner. Ça s’impose. Et ça m’en rappellera un autre.
Elle a légèrement rosi.
– Thé ou café ?
– Café. Avec un peu de lait. J’y repense souvent, vous savez !
– Moi aussi. Tous les jours.
Et elle m’a tourné le dos.

Elle m’avait gâté. Quatre croissants. Quatre pains au chocolat. Pain, beurre et confiture à foison.
– Et si vous avez besoin de quoi que ce soit d’autre…
– Oh, non, ça ira, merci. Je mangerai jamais tout ça. Par contre, une petite question, Eugénie…
– Oui ?
– Votre tablier, là, c’est celui que vous aviez l’autre matin ?
– Oh, non, non ! Celui-là, je le remets pas. Je l’ai jamais remis.
– Parce que ?
– Comme ça…
Et elle est repartie.
J’ai pris tout mon temps pour déjeuner. Quand je me suis enfin levé, à regret, elle n’avait pas reparu. J’ai regagné ma voiture. Sur le siège passager se trouvait un paquet que j’ai ouvert avec curiosité. C’était le petit tablier blanc…

Alyssia l’a déplié, étalé sur la table.
– Tu sais qu’elle me plaît de plus en plus, cette petite ? Elle a des idées en pagaille. Bon, mais alors tu vas en faire quoi, toi, maintenant, de ce petit souvenir ?
– Mais, rien ! Je…
– Tu parles que tu vas rien en faire ! Alors là, je suis bien tranquille. En attendant, ce que je constate, moi, c’est que tu te la joues perso.
– C’était le hasard. Quand j’ai vu que j’étais à côté…
– Mais bien sûr ! Je vais avaler ça…
– Je te jure…
– Jure pas ! Viens m’aider plutôt…
Et elle s’est installée à l’ordi.
– À quoi ?
– À me choisir un type. Ben, fais pas cette tête-là ! Qu’est-ce qu’il y a ? C’est à cause de Benjamin ? Je vais me battre pour pas qu’elle me le pique, l’autre petite dinde, oui, ça, c’est sûr. Mais faut aussi que j’assure mes arrières. Parce que je me fais pas d’illusions : ça n’aura qu’un temps, Benjamin. Pas parce qu’il me plaquera, non, parce que JE le plaquerai. Quand j’en aurai bien marre de me poser sans arrêt des questions. De devoir pleurnicher pour qu’il m’accorde un peu de son temps. Parce que c’est pas la première, cette Camille. Je me fais pas d’illusions. Et c’est pas la dernière non plus. Bon, mais assieds-toi ! Reste pas planté là. Et, tiens, regarde ! Quatre, j’en ai sélectionné. Dis-moi ce que t’en penses, mais franchement, hein !

6 commentaires:

  1. L'épisode 29 s'est malencontreusement déclenché, ce matin, en même temps que celui-ci. J'ai corrigé l'erreur aussitôt que je l'ai détectée. Désolé pour ceux qui, du coup, ont perdu le fil de l'histoire. Et pour le commentaire qui, du coup, a disparu avec l'épisode.

    RépondreSupprimer
  2. Effectivement j'avais du mal à faire le lien entre le dernier chapitre et ce que j'ai lu ce matin. Du coup je comprends mieux.

    Pour le reste, mon opinion ne change pas. Elle use et elle abuse de son pouvoir sur lui.

    Il n'a que peu de réaction. Et cerise sur le gâteau, elle va en faire l'amant de son amant.

    Plus aucun rapport entre eux, plus d'amour, à ce demander pourquoi ils restent ensemble.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans doute que, pour le moment, les choses lui conviennent telles qu'elles sont. Pourquoi vouloir à toute force faire entrer tout le monde dans le même moule? Tant de comportements humains existent qu'il peut être intéressant d'étudier sans jugement normatif préalable.

      Supprimer
  3. Ha tiens je connais ce genre de problème aussi. Ce n'est pas bien grave.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, si on les détecte vite. Sinon ça risque vite de faire un peu fouillis.

      Supprimer
  4. Parfois je me débrouille pour publier au lieu d'enregistrer....

    RépondreSupprimer