mardi 26 juin 2018

Alyssia, ma femme (15)


Elle nous a expédiés.
– Descendez déjeuner, les garçons ! M’attendez pas ! Je fais un brin de toilette et je vous rejoins.
Il s’est jeté sur les croissants.
– J’ai une de ces dalles !
– Et pour cause !
En a avalé trois d’affilée.
– Ah, ça va mieux.
Son portable a sonné.
– Merde ! Ma femme ! Allô, oui ? Quoi ? Mais je te l’ai dit ! Je suis avec un vieux copain. Que j’ai pas vu depuis dix ans. Que j’ai retrouvé par hasard sur Internet. Et ben, si, justement ! Si ! Il est là en face de moi. On déjeune tranquillement tous les deux. Tu veux lui parler ? Oui, oh, si ça peut te rassurer… Non ? Comme tu voudras. Hein ? Oh, je vais pas tarder. Dans l’après-midi, sûrement. Dans la soirée au plus tard. Oui, moi aussi. À tout à l’heure.
Il a raccroché. Soupiré.
– Ça sent le roussi. Mais c’est là-haut, surtout, que ça va être compliqué. Quand on va être rentrés. Parce que mes soi-disant copains, avec qui j’arrête pas d’être fourré, elle y croit manifestement de moins en moins. Non, ce qu’il faudrait, c’est que je lui en présente un. Ça la rassurerait. Seulement pour trouver quelqu’un qu’accepte de jouer le jeu…
– On va souvent chercher bien loin…
– Toi ?
– Ben oui, moi…
– J’y ai pensé. La situation ne manquerait pas de sel.
– Ça, c’est le moins qu’on puisse dire…

– La voilà !
Il lui a souri par-dessus mon épaule.
– Alors, les garçons ! De quoi on causait ? Non, attendez, dites rien ! Laissez-moi deviner. Benjamin a passé Alex à la question, je suis sûre. Vu que – j’ai beau lui assurer sur tous les tons le contraire – il se figure qu’on baise encore tous les deux. « Oh ! Au moins un petit coup comme ça, vite fait, de temps en temps, non ? » Même pas. Seulement il me croit pas. Et il a voulu entendre de la bouche du principal intéressé ce qu’il en était vraiment. Non ? C’est pas ça ? Je me trompe ?
– Complètement.
Elle s’est assise à ses côtés.
– Faut qu’il se fasse une raison n’importe comment. S’il veut baiser, il devra se résoudre à aller voir ailleurs.
Lui a posé une main sur le genou.
– Mais je crois pas qu’il y tienne vraiment au fond. Il a mieux. Beaucoup mieux. Il a le plaisir d’être cocu. C’est un plaisir qui, pour lui, éclipse tous les autres. Et de loin. Non, c’est pas vrai ce que je dis là ?
J’ai souri.
Elle a insisté. Plongé ses yeux droit dans les miens.
– Hein ? C’est pas vrai ?
– Si !
– Ça se voit. Et de plus en plus.
Elle a suivi des yeux la petite serveuse qui déambulait entre les tables avec ses plateaux.
– Elle doit se demander n’empêche ! Parce que voilà près de trois semaines qu’on fait le gentil petit couple modèle. Bien sage. Surgit Benjamin. Qui dort avec nous. Dans notre chambre. Oui, elle doit s’en poser des questions ! Eh ben, tiens ! On va lui donner des éléments de réponse.
Et elle s’est penchée sur Benjamin. Pour un long et langoureux baiser.

On est remontés dans la chambre.
– Parce que lui, il a eu ses photos, mais pas moi.
Où elle m’a tendu son Blackberry.
– À toi de jouer ! Et applique-toi, hein !
Elle l’a tendrement regardé se désaper, tout attendrie. Nous tourner le dos.
– Regarde-moi ça ! C’est tout en muscles. Tout en puissance. Comment tu veux qu’une nana, elle ait pas envie d’un mec comme ça. C’est juste pas possible. Vas-y ! Cible ! Cible ! Et acharne-toi sur les fesses. Il s’est bien gavé des miennes, lui !
Elle m’a tout juste laissé le temps de réaliser quatre ou cinq clichés et elle est venue y poser ses mains. Ses lèvres. Les a piquetées d’une multitude de petits baisers. S’est reculée d’un coup.
– Faut que je me calme. Sinon jamais tu pourras finir. Mais il perd rien pour attendre, alors là ! Comment il va y attraper après !
Elle l’a fait se retourner.
– Là. De face. D’abord en entier… Et puis après tu t’approches. De plus en plus près. Ah, mais non ! Qu’est-ce qu’il nous fait, lui ! Non, mais j’y crois pas ! Il bande. T’es vraiment pas marrant, Benjamin ! Pas encore ! Pas tout de suite ! Je te voulais à toutes les étapes, moi ! Depuis quand elle est toute flasque, toute fripée, jusqu’à quand elle se retrouve orgueilleusement en état de marche. Et au lieu de ça…
– Vous êtes trop quand même, vous, les nanas. On bande pas, ça vous va pas. Et on bande, ça vous va pas non plus.
– Question de moment. Bon, mais en attendant, il y a pas trente-six solutions.
Elle s’est agenouillée. Elle a pris ses couilles dans le creux de sa main, l’a refermée dessus, s’est penchée. Penchée encore. Plus près.
– Mais continue, Alex, hein ! Continue ! T’arrête pas !
Elle l’a pris dans sa bouche. Son bout. Qu’elle a englouti. Qu’elle a fait aller et venir entre ses lèvres.
Lui, la tête rejetée en arrière, les yeux mi-clos, il lui caressait doucement la nuque.
Elle a accéléré le rythme. Il a gémi.
– Je viens ! Je viens !
Elle l’a relâché. Abandonné. Il a protesté.
– Oh, non !
– C’est pour les photos. Que je te voie gicler. T’en mourras pas pour une fois de pas me le faire dedans.
Il s’est répandu sur ses doigts, sur ses poignets et jusque sur la moquette.
Elle lui a jeté un petit baiser dessus.
– Là ! On te laisse souffler cinq minutes et on passe aux choses sérieuses.
Le temps, pour elle, de jeter un coup d’œil aux photos qui venaient d’être faites.
– Pas mal ! Pas mal du tout ! Bon, mais allez, on y retourne !
Elle l’a repris en mains.
– Là ! Voilà ! Comme ça ! Qu’elle monte doucement ! Tout doucement ! Génial ! C’est génial ! Oh, attendez, j’ai une idée.
Elle est venue m’arracher le Blackberry des mains.
– Vas-y ! Va me remplacer ! Ben, me regarde pas avec cet air idiot ! T’as très bien compris. Va t’occuper de sa queue. J’ai trop envie de voir ça…
Je m’y suis résolu. J’ai avancé la main, l’ai effleurée, m’en suis éloigné, y suis revenu. Ai hésité…
Elle a éclaté de rire.
– Tu t’y prends comme un manche, mais vraiment comme un manche. Laisse-moi faire, va, ça vaudra mieux.

8 commentaires:

  1. Désolé, j'accroche plus .

    Je n'y vois plus d'amour dans le couple.

    Je vois juste une femme qui cherche à humilier son mari.

    J'aime bien ton style, je repasserai donc au prochain texte.

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    1. Réponse en mail. Il faut leur laisser le temps…

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  2. Il a mieux. Beaucoup mieux. Il a le plaisir d’être cocu. Heu...

    – Vas-y ! Va me remplacer ! Ben, me regarde pas avec cet air idiot ! T’as très bien compris. Va t’occuper de sa queue. J’ai trop envie de voir ça… Re heu...

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    1. Mais j'aime bien hein ? C'est juste que parfois, je suis un peu déstabilisée.

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    2. Je reconnais que ça peut parfois être très déstabilisant, mais c'est peut-être aussi pour ça que ça peut être, à mes yeux, un univers intéressant à visiter.

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  3. Ce genre d'amour est bien particulier... certes ça existe vraiment mais bon a pas l'habitude de lire ça...
    Il en tire finalement un plaisir (qui me dépasse)

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  4. C'est justement parce que ça existe et que c'est particulier que ça me donne envie d(aller explorer ce type de relation. Ce qui présente également l'intérêt supplémentaire, pour moi, de sortir un peu de l'univers "fessée" au cœur duquel je pourrais bien finir, à la longue, par tourner désespérément en rond.

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