mardi 12 juin 2018

Alyssia, ma femme (13)


Elle a fait sa réapparition sur le coup de midi.
– T’es toujours là ? T’as pas bougé de la chambre, j’parie ! Si ? Bon, mais allez, on descend déjeuner. Je crève la dalle, moi !
Notre petite table, près de la baie vitrée.
– Je crois que je vais laisser tomber avec le barman, finalement.
– Il te plaît plus ?
– C’est pas qu’il me plaît plus, non, mais j’ai l’impression que ça risque d’être d’une complication !
– Il a quelqu’un ?
– Il y a toutes les chances, oui ! Parce que, pour se voir, faudrait que ce soit chez un copain. Et encore ! Faudrait passer par une petite porte, derrière. Que les voisins se rendent pas compte !
– Oh, là !
– Comme tu dis, oui ! Et quand on sait pas trop où on met les pieds, vaut mieux sagement s’abstenir.
– C’est bien mon avis.
– J’ai vraiment pas de pot, moi ! Je tombe toujours sur des types qui sont déjà en mains. Celui-là… Benjamin… Faut dire aussi que, passé un certain âge, à moins de donner dans la classe biberon. Comme avec le Gauvin de l’autre soir. Tu sais qu’il me harcèle littéralement celui-là ? Il m’a inondé de SMS toute la matinée. Avec toujours, sous différentes formes, obsessionnellement la même question : quand est-ce qu’on va faire ça devant toi ? Tiens, encore ! Ah, non ! C’est pas lui, non. C’est… Benjamin.
Et son visage s’est illuminé.
– Il vient ce soir. Il a réussi à se libérer.

Elle ne tenait pas en place et, en l’attendant, on est allés faire un tour.
– Comme quoi, on se fait des idées, hein, des fois ! Parce que j’avais fini par me persuader que c’était sur la fin avec lui. Qu’il voulait pas me le dire en face, mais qu’il était en train d’essayer de me le faire comprendre. Eh, ben non, finalement, tu vois ! Ç’aurait quand même été étonnant, remarque ! Parce qu’il prend son pied avec moi. Et pas qu’un peu ! Ce qui se passe, en fait, c’est qu’en vacances, il a les coudées moins franches, elle est sans arrêt sur son dos et c’est beaucoup moins facile, pour lui, d’inventer des prétextes que quand il bosse et qu’il a toutes les activités qui vont avec. En tout cas, je suis rassurée. Parce que comment ça me minait tout ça !
– Ce que tu tiens à lui !
– Dans un sens, oui.
– Dans un sens seulement ?
– Tu resteras avec nous ce soir, hein ?
– Je sais pas. Je voudrais pas que…
– Mais si ! On dînera ensemble. Au point où on en est de toute façon, maintenant, tous les trois… Et puis après, il y a un lit d’appoint dans la chambre si tu veux. Et, de ce côté-là, je suis bien tranquille que… Non ?
– Si ! Tu sais bien…
– Moi aussi, j’ai envie.
Nos lèvres se sont brièvement effleurées.

Elle a couru à sa rencontre, sur le petit parking, derrière. Ils se sont jetés dans les bras l’un de l’autre. Fougueusement embrassés.
– Il y a Alex.
Il m’a souri. Serré la main. Et on s’est mis en marche. Tous les trois. Côte à côte.
Devant l’entrée de l’hôtel, il s’est arrêté, l’a reprise dans ses bras. Il a jeté un bref coup d’œil autour de lui. Sa main s’est glissée sous la robe, est remontée. Il a fait glisser la culotte. Elle a levé une jambe. L’autre. Il l’a ramassée.
– Confisquée !
Et il l’a enfournée dans sa poche.

La salle de restaurant était comble. On s’est faufilés jusqu’à notre table. Ils se sont assis côte à côte.
– Tu m’as manqué, tu sais.
– Et à moi donc ! Je finissais par désespérer.
– Crois bien que si j’avais pu plus tôt, je me serais précipité. Seulement si c’était pour courir le risque qu’elle découvre le pot-aux-roses… Parce que, là, c’était définitivement fini nous deux.
– Je sais bien, Benjie, je sais bien. Je ne te reproche rien. Tu as fait pour le mieux. Seulement, du coup, je m’étais mis tout un tas d’idées idiotes en tête. Que tu voulais plus me voir. Que t’en avais une autre.
– Carrément ! Ce que tu peux être idiote quand tu t’y mets !
Ils se sont souri. Elle a pris sa main, enlacé ses doigts aux siens, les a portés à ses lèvres.
Il a longuement parcouru la salle des yeux.
– Ils dorment ici tous ces gens-là ?
– Certains, oui.
– Ils ont de la chance, oui : ils vont pouvoir t’entendre couiner tout-à-l’heure.
– Pas si fort, Benjamin.
– Et toi, quand tu couines, ça fait pas semblant. Tout l’hôtel en profite.
– Pas si fort.
Il a encore haussé un peu la voix.
– Ben, pourquoi ? On s’en fiche. On les connaît pas.
– Nous, avec Alex, si ! Quelques-uns.
La femme, à la table juste derrière eux, s’est retournée.
Il a baissé la voix.
– Je suis sûr que ça t’excite de les avoir là, tout autour, et de te dire que dans moins d’une heure…Non ? Ça t’excite pas ? Menteuse ! Fais voir !
Il a glissé une main sous la table.
– S’il te plaît, Benjamin, s’il te plaît, non !
Elle s’est mordu la lèvre inférieure, a fermé un bref instant les yeux. Ses pieds ont râclé le sol.
– Qu’est-ce que je disais ! T’es trempée. Une vraie petite cochonne !
– Oui, mais arrête ! Arrête, sinon…
– Sinon tu vas jouir, là, devant tout le monde. C’est vrai que ça ferait désordre. Mais c’est pas une raison…
– Je t’en supplie, arrête !
Il a retiré sa main.
– Mais c’est dommage !
L’a portée à ses narines.
– Ton odeur… Je la reconnaîtrais entre mille.
Puis à sa bouche.
– Et ton goût.
Il s’est voluptueusement léché les doigts, un à un.
– Un véritable délice. Le meilleur des desserts. Un régal. Et un préambule. Parce que comment je vais te bouffer la chatte tout-à-l’heure…
– Oh, non ! Pas les mots, Benjamin ! Pas les mots. Pas maintenant. Ou bien alors je réponds plus de rien.
– Et comment tu vas le tortiller ton petit cul…
– Tais-toi !
Elle s’est levée. On l’a suivie.
– Tu vas où par là ?
– Ben, là-haut…
– Oh, non ! Non. Pas encore. Faut laisser à tous ces gens-là le temps de regagner leur chambre.
Et il nous a voulu un petit tour dans le parc.
– Tu es démoniaque.
– Et tu adores ça…

8 commentaires:

  1. Et il fait potiche aussi . Elle lui propose d'assister, soit, il en a envie. Sur un lit d'appoint pourquoi pas, il pourrait apprendre puisqu'il est mauvais et qu'elle sait le lui faire comprendre.

    Mais il mange avec pourquoi ? Juste pour qu'elle lui montre qu'il ne compte pas ?

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  2. Non, pour qu'il participe. Ça fait aussi partie de son plaisir à lui et de son plaisir à elle.

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  3. Pour qu'il participe ? Mais il ne dit rien. Il ne fait que regarder.

    Dans la chambre je comprends . Mais au repas , il aurait pu jouer un peu avec eux.

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    1. Chaque chose en son temps… Il s'imprègne.

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  4. Ben voyons. Il lui retire sa culotte. Copieur ! lol

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    1. Il y a belle lurette que ce passage est écrit. Cela étant, c'est, je crois, quelque chose de relativement courant.

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