mardi 10 avril 2018

Alyssia, ma femme (4)


Le week-end suivant, elle nous l’a voulu à nous. Rien qu’à nous. Tous les deux.
– Hein ? Ça te dit ?
Bien sûr que ça me disait. Évidemment.
– Et on va où tu veux. C’est toi qui choisis.
J’ai opté, sans hésiter, pour le Périgord. L’inépuisable Périgord. Tant pour la beauté de ses paysages, la qualité de son patrimoine historique que pour sa gastronomie.
– Eh bien, va pour le Périgord !
Elle était enchantée.
On est partis dès le vendredi soir. Et on a décidé en cours de route, d’un commun accord, de passer la nuit à Rocamadour. On y a dîné dehors, sous les tilleuls. D’émincés de foie gras et de magrets de canard. Avec vue sur la vallée.
– Qu’est-ce que c’est beau ! Qu’est-ce qu’on est bien !
Elle m’a pris la main par dessus la table.
– Ça va peut-être te paraître bizarre, mais je me suis jamais sentie aussi bien avec toi que depuis… depuis tout ça. Ça nous a rapprochés finalement. Non, tu trouves pas ?
– Peut-être un peu, si !
– Oh, si, si ! Jamais je m’étais sentie aussi à l’aise en moi. Jamais. J’y respire. J’y prends mes aises. Et je te le dois. Au moins en partie. Parce qu’à aucun moment tu n’as essayé de me rogner les ailes. De me rabougrir. Au contraire. Tu peux pas savoir quelle importance ça a pour moi. Et je t’en serai toujours infiniment reconnaissante.
On a regagné la chambre. On s’est couchés.
– T’as envie ?
Je n’ai pas répondu. Je me suis pressé contre elle, mon désir bien calé contre sa hanche. Elle s’en est emparée, m’a mis le gland à nu, l’a savamment lissé, du bout du pouce.
– Viens !
Sur elle. En elle.
Et je suis lentement, très lentement, parti à la conquête de mon plaisir. Elle m’a laissé faire. Sans un mot. Sans un geste. Sans me quitter un seul instant des yeux. J’ai grondé ma jouissance et j’ai enfoui ma tête dans son cou. Elle me l’a doucement caressée.
– C’était bon, hein !
Ça l’était, oui.
– Pour moi aussi. De te donner du plaisir. De te sentir l’avoir. Sans être parasitée par toutes sortes de préoccupations parallèles. Comme je l’étais avant. Ah, que c’est bon de ne plus avoir à faire semblant !
Elle m’a ébouriffé les cheveux.
– Mais il y a sûrement pas grand monde qui pourrait comprendre un truc pareil.

On a déjeuné en bas, sur la terrasse. De grandes tartines beurrées, de croissants et de café chaud.
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
J’ai proposé Carennac.
– Je m’en lasse pas.
Et elle Curemonte.
– Histoire de retourner, encore une fois, sur les pas de Colette.
Un SMS. Auquel elle a aussitôt répondu. Un autre. Un troisième.
– C’est lui ?
Elle m’a fait signe que oui. Oui.
– Il est très amoureux, hein ?
– Il a surtout très envie de moi.
– L’un n’empêche pas l’autre.
– Non. Bien sûr que non. Mais là, je crois vraiment pas.
– Et si tu me parlais un peu de lui ?
– De lui ?
– De lui, oui. Ça te gêne ?
– C’est pas que ça me gêne, non, c’est que… il y a pas grand chose à en dire. Il a mon âge. Un tout petit peu plus. Il est prof de gym. Passionné de formule 1. Sorti de là…
– Vous perdez pas tellement de temps à discuter. Vous avez mieux à faire.
– C’est, de toute façon, quelqu’un qui n’aime pas parler de lui. Qui n’aime pas parler d’une façon générale. Ce qui n’empêche pas…
– Ce qui n’empêche pas, oui. J’ai bien compris.

Ça n’a été ni Curemonte ni Carennac.
– On ira demain. Ou un autre jour. On a tout notre temps.
Mais Rocamadour. Uniquement Rocamadour. Son sanctuaire. Son château. Ses environs. La forêt des singes. On s’y est longuement promenés, main dans la main.
Sur le coup de six heures, on a regagné notre hôtel. On a dîné à la même table que la veille, sous les tilleuls.
– Mais quand même, on change de menu, non ?
Au dessert, je me suis bravement lancé.
– J’ai quelque chose à te dire.
– Chacun son tour en somme.
– Tu vas peut-être m’en vouloir. Sûrement même.
– Dis toujours…
– Je le connais, Benjamin.
– Comment ça, tu le connais ?
– Enfin, non. C’est pas vraiment que je le connais. C’est que je l’ai déjà vu.
– Où ça ?
– Au « Petit Castel », dimanche matin. Vous déjeuniez dehors tous les deux.
– Mais t’étais où ?
– Dans ma chambre. À la fenêtre.
– Je vois.
– C’était celle à côté de la vôtre.
– Oui, ben ça, je me doute. Et pourquoi t’as fait ça ?
– Pour essayer de savoir. De comprendre ce que tu peux bien ressentir quand tu jouis « pour de bon ».
– T’as pas dû être déçu du voyage.
– Tu m’en veux, hein !
– Dans un sens, oui. Bien sûr que je t’en veux. On n’accepte jamais de gaîté de cœur d’être espionné. Mais d’un autre côté, c’est tellement attendrissant. Un peu comme si tu avais voulu me donner du plaisir par procuration. Être avec moi quand je perds pied. Presque en moi.
– C’est exactement ça.

Dans le lit, elle s’est blottie contre mon dos, a enlacé ses jambes aux miennes.
– T’as tout suivi, alors, en fait. De A à Z.
– T’entends tout d’une chambre à l’autre dans cet hôtel. Comme si t’étais dans la pièce.
–  J’ai jamais fait vraiment attention.
– Ben, non. Forcément. T’as beaucoup mieux à faire. Et à dire… Tu te sers d’un langage très imagé, dis donc, quand ça te tient.
– Un langage auquel je ne t’ai pas habitué. Ça te choque ?
– Oh, non… Non… J’aime bien, au contraire. Je te découvre sous un jour complètement différent.
– Moi aussi. Il y a des mots dont je ne me serais jamais crue capable.
– Qui t’excitent. Et qui ne sont possibles qu’avec lui, pas avec moi.
– C’est parce que…
– Je sais, oui. Chut !
– Je peux te demander quelque chose ?
– Tout ce que tu veux.
– Tu t’es donné du plaisir en nous écoutant ?
– Non. J’étais beaucoup trop occupé à profiter bien à fond du tien. Ça me l’aurait parasité.
– Je t’adore.

6 commentaires:

  1. Hâte de savoir comment ça va tourner, cette histoire.

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  2. Bon, évidemment, moi, je connais la suite ;) Mais il va y avoir pas mal d'imprévu.

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  3. C'est un peu triste jusque-là. Il n'en retire que de la tristesse et de l'humiliation.

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  4. Peut-être - sûrement - qu'il va finir par y trouver son compte d'une façon ou d'une autre. Ou que, paradoxalement, il y trouve déjà son compte?

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  5. Pour le moment, il ne veut surtout pas la perdre. Ses autres motivations sont en filigrane, loin d'être encore claires à ses propres yeux.

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