mardi 26 mai 2020

Hébergement d'urgence (11)

Elle était attablée, dans la cuisine, les seins nus, devant un grand bol de café au lait et quatre immenses tranches de pain braisé qu’elle avait recouvertes d’une épaisse couche de beurre.

– Tu vas manger tout ça ?

– Et comment ! Je crève la dalle, moi, ce matin !

– Il dort encore, Baptiste ?

– Non, il est parti bosser. Complètement sur les rotules. Parce que je sais pas si vous avez entendu, mais on a joué les prolongations, nous, après.

Et elle a mordu, à pleines dents, dans sa deuxième tartine.

– Je peux vous demander… vous avez aimé ça, nous voir ?

– Tu parles si j’ai aimé !

– Vous prétendriez le contraire… Non, vous étiez à la fête, c’est clair. Oh, mais on recommencera, hein, vous inquiétez pas ! Parce que vous avez pas idée de comment il y tient, Baptiste, à que ça se passe devant vous. Au moins de temps en temps. Il y avait plus de huit jours qu’au téléphone il me parlait plus que de ça. Et comme moi, de mon côté, je suis prête à en passer par tout ce qu’il veut pour qu’on n’arrête pas de se voir tous les deux. Et quand je dis se voir, c’est façon de parler. Parce qu’aucun mec m’a jamais fait jouir comme ça avant, moi. Jamais ! Et Dieu sait pourtant que j’en ai eu.

Elle s’est attaquée à une nouvelle tartine.

– Cela étant, faut pas croire non plus que c’était juste pour lui faire plaisir à lui, hein ! J’y ai trouvé mon compte, moi aussi… Oh, ben oui, attendez ! Avoir quelqu’un, comme ça, à côté, qui regarde, et qui se contente pas de regarder, c’est forcément un plus.

Elle a esquissé un demi-sourire.

– Et puis, ça m’a donné l’occasion de faire un vœu. Parce que c’était la première fois que j’en voyais une en vrai, une queue de quelqu’un de votre âge.

– Et c’était quoi, le vœu ?

– Parce que vous croyez que je vais vous le dire ? Non, mais vous rêvez pas un peu, là ?


* *

*


On venait tout juste d’ouvrir le magasin quand son portable a sonné.

– C’est lui ! Allô, oui, Baptiste ! Quoi ? Comment ça ? Dans la cabine d’hier ? T’es vraiment complètement fou. Mais oui, je vais le faire, oui. Tu veux tout de suite, là ? Non ? Quand alors ? T’es vraiment tordu un max, toi, hein ! Oui, c’est ça, à tout à l’heure. Moi aussi, je t’embrasse.

Et elle a raccroché.

– Il va rappeler. À onze heures. C’est là qu’on a le plus de monde. Il veut qu’on fasse un truc, lui et moi.

– Quoi, comme truc ?

– Que j’aille dans la cabine où on était hier et que je m’assoie sur le tabouret, la culotte descendue sur les chevilles, en m’arrangeant pour que mes pieds dépassent sous le rideau. Et un peu la culotte aussi, du coup. Mais pas trop quand même. Lui, pendant ce temps-là, il me chauffera plein pot au téléphone. Et la prochaine fois que vous vous verrez, tous les deux, il vous demandera si je l’ai vraiment fait et comment ça s’est passé.

– Faut pas que tu te sentes obligée à quoi que ce soit non plus, hein ! Je peux avoir beaucoup d’imagination quand je veux.

– Oh, non, non ! Ça me porterait malheur de lui mentir. Et puis n’importe comment…

– Ça te déplaît pas vraiment.

Elle n’a pas répondu. Elle s’est éclipsée en réserve.


mardi 19 mai 2020

Hébergement d'urgence (10)


On a dîné tous les trois. Et, à la fin du repas, elle a voulu savoir.
– On entendait ce qui se passait dans la cabine, du magasin tout à l’heure ?
– Un peu. Pas mal, même, par moments.
– Je faisais attention pourtant ! Il y a eu des clientes ?
– Une seule. Mais qui s’est rendu compte de rien.
– Ou qu’a fait semblant. Vous savez ce qu’il faudrait ? C’est qu’on le refasse un jour où il y aura plein de monde. Vous, de la caisse, vous observeriez comment ils réagissent, les clients. Et, après, vous nous raconteriez…
– Ça peut quand même poser quelques petits problèmes.
– Oh, mais non, tu parles ! Parce que je braillerai pas à tue-tête non plus. Je me mettrai en mode soft. Et puis c’est le genre de situation où les gens, ils font pas d’histoires. Trop contents de pouvoir se régaler.
– T’as l’air bien au courant.
– Ben, tiens, j’ai du vécu, moi, mine de rien.
– Ah oui ! Et si tu nous racontais ça ?
– Une autre fois ! Pour le moment j’ai mieux à faire…
Elle s’est levée, est allée s’asseoir sur les genoux de Baptiste, a passé un bras autour de son cou.
– Comment tu m’as manqué ! Tu recommenceras pas, hein ! Pas si longtemps ! Promets !
– Mais oui !
– Mieux que ça !
– Mais oui, j’te dis !
Elle a posé ses lèvres sur les siennes. S’y est attardée. Pour un long, un très long et langoureux baiser.
Il a fourragé sous le tee-shirt, lui a doucement modelé un sein. Elle a enfoui sa tête dans son cou.
– Baptiste !
Ses jambes se sont imperceptiblement ouvertes.
– Oh, Baptiste !
Elle lui a déboutonné sa chemise. Ses doigts ont couru le long de son torse. Sont descendus. Descendus encore. Lui ont palpé la queue à travers le pantalon.
Ses jambes se sont ouvertes un peu plus au large encore.
– Tu me rends folle !
Elle la lui a résolument sortie. Toute droite. Toute tendue. Toute palpitante.
Et s’est tournée vers moi.
– Comment vous la trouvez ? Je vous avais pas menti, hein !
Elle la lui a décalottée. Bien à fond. L’a gratifiée de deux ou trois allers et retours pour la lui faire durcir un peu plus encore.
– Attends !
Elle a changé de position, s’est bien calée sur lui, une jambe passée de chaque côté de ses hanches. Et elle l’a enfourné en elle avec un petit grondement de béatitude.
– Comment tu me remplis bien la chatte, c’est de la folie !
Les mains sur ses épaules, les yeux dans ses yeux, elle l’a chevauché,. À grands coups de reins éperdus.
Sous la table, je me suis impatiemment mis à nu, et, les yeux rivés à elle, la queue braquée vers elle, vers ses fesses qui montaient, qui descendaient, qui se crispaient, qui se tendaient, je me suis furieusement élancé, moi aussi, à la conquête de mon plaisir.
– Qu’est-ce vous faites ça en égoïste dans votre coin, vous !
Sans se retourner. Sans même s’interrompre.
– Venez ici, à côté, avec nous. Vous verrez mieux. Vous en profiterez mieux. Et nous aussi !
Je ne me le suis pas fait répéter deux fois. Je me suis approché. Tout près. Debout. À côté d’eux. Tourné vers eux.
Elle m’a jeté un rapide coup d’œil en bas. A accéléré le rythme. Un autre, plus appuyé. Ça s’est emballé. Moi aussi. Elle m’a gardé dans son regard. Ses seins qui cahotent. Ses yeux qui se perdent. Ses jambes qui l’enserrent. Qui le pressent. Et son plaisir. Son plaisir qui tempête. Qui s’envole. Le mien qui me fulgure. Qui se répand. Et celui de Baptiste. qu’il balbutie, la tête renversée en arrière, les yeux clos.

mardi 12 mai 2020

Hébergement d'urgence (9)


Elle est allée remettre en place, une à une, les robes que la dernière cliente avait laissées en vrac sur la tabouret d’une cabine. Avant de me rejoindre à la caisse.
– Vous allez faire quoi ?
– Pour ?
– Ben, pour cette nuit, tiens ! Quand je serai ici, au magasin, comme on a dit, à m’envoyer en l’air avec Baptiste.
– À ton avis ?
– Vous allez descendre. Vous allez forcément descendre. Ça, oui, mais après ? Vous allez rester planqué à nous mater dans l’obscurité, ou bien vous allez surgir, d’un coup, comme un diable de sa boîte ?
– Qu’est-ce tu préférerais ?
– Je sais pas. Je suis partagée.
– Et lui ?
– Oh, lui, que vous interveniez, alors là, il y a pas photo.
J’ai fait mine de m’absorber dans mes factures.
– Alors ? Vous m’avez pas répondu. Vous allez faire quoi ?
– Tu verras bien.
– Ce que vous pouvez être chiant quand vous vous y mettez !
Et elle m’a tiré la langue.

* *
*

Elle a poussé un hurlement de bonheur.
– Baptiste !
Baptiste qui venait de faire son apparition, tout sourire, au magasin.
Elle s’est jetée dans ses bras.
– Baptiste, toi, enfin ! Oh, que je suis contente ! Tu peux pas savoir ce que je suis contente…
Et s’est tournée vers moi.
– Je peux y aller ? Je peux monter ?
J’ai levé les yeux vers la pendule au-dessus de la caisse.
– Sûrement pas, non ! Il reste vingt minutes.
Elle m’a jeté un regard interloqué.
– Hein ! Mais il y a plus personne !
A ébauché un sourire.
– Ah, ben d’accord ! Vous le prenez comme ça ? Eh bien, on va voir ce qu’on va voir. Viens, toi !
Elle l’a entraîné vers une cabine, a tiré le rideau sur eux. Un rideau qu’elle a soigneusement ramené jusqu’au bout.
J’ai pesté entre mes dents.
– La garce !
Une cliente est entrée. Qui a longuement fait le tour du magasin. Tâté ici. Soulevé là. Décroché. Raccroché. Qui a pris tout son temps. De la cabine provenaient, de temps à autre, des soupirs étouffés. Par moments, le rideau vibrait, frissonnait, finissait par onduler furieusement. Toute à son vagabondage entre les portants, la cliente semblait ne s’apercevoir de rien. Elle a enfin, à mon grand soulagement, dérivé lentement vers la porte.
– J’arrive pas à me décider. Je reviendrai.
Je me suis empressé de descendre le volet roulant. Et j’ai claironné.
– Ça y est ! C’est fermé.
La tête hirsute, cramoisie, de Coralie est apparue dans l’embrasure du rideau.
– Trop tard ! On a fini…
Ils se sont extirpés de la cabine. Elle s’est ébrouée, la mine ravie.
– Hou ! Comment ça fait du bien. Depuis le temps que j’attendais ça !

mardi 5 mai 2020

Hébergement d'urgence (8)


– Ça va ? Je vous dérange pas trop ?
Je ne l’avais pas entendue revenir de la réserve, tout occupé que j’étais à suivre des yeux une petite brunette vêtue d’un legging noir qui lui épousait les formes au plus près.
– Qu’est-ce que vous cherchez à voir ? Si elle a une culotte en dessous ? À mon avis, non. Mais ça demande confirmation.
Elle a jeté son portable sur la caisse.
– En attendant, c’est pas demain la veille que vous pourrez vous faire du bien en nous écoutant batifoler à côté, Baptiste et moi.
– Parce que ?
– Parce qu’il m’amuse. Parce que je sais plus ce que je dois penser. Parce que, chaque fois que je parle de se voir, il élude. C’est toujours : « Plus tard. J’ai du boulot par-dessus la tête. D’autres soucis. Et talali et talala. » Si j’insiste un peu, c’est : « Dès que je pourrai, je me pointe, c’est promis… » Sauf qu’il peut jamais. J’en ai marre, si vous saviez ce que j’en ai marre !
Une fille d’une vingtaine d’années est entrée. Ravissante. Mini jupe rose sautillant tant et plus sur les cuisses. Petit haut gris bien moulant.
– Décidément, aujourd’hui, vous êtes gâté, vous ! Vous aurez toujours ça pour vous mettre en forme. Pour y repenser le soir. Les clientes. Et puis vous m’avez moi quand même, là-haut. Même qu’il y soit pas, Baptiste. C’est pas rien, avouez ! Non ?
– Oh, si !
– À ce propos, tiens, d’ailleurs, je voulais vous dire… Je vois plus du tout les choses comme au début que j’étais chez vous, moi, mais alors là, plus du tout !
– C’est-à-dire ?
– Ben, quand je suis arrivée, ce que je voulais, comme je vous ai dit, c’était juste pas avoir à me cacher. Parce que c’était ce que j’avais toujours fait. Du moins jusqu’à ces deux nouveaux voisins, là. Parce qu’il y a que comme ça que je me sens bien. Toute nue. Et du moment que vous y voyiez pas d’inconvénient, que vous me faisiez pas de réflexion, le reste… Maintenant, que ça puisse vous faire de l’effet de me voir comme ça, ça me venait même pas à l’esprit. Parce que, pour moi, quelqu’un de votre âge, il y avait belle lurette que ça le concernait plus tout ça, qu’il avait plus d’envies, qu’il vivait dans ses souvenirs.
– À cinquante ans, tu sais… À peine cinquante ans…
– Oui, ben ça, j’ai vu ! Je pouvais pas y croire au début. J’y regardais, discrètement, à deux fois… Mais si ! Si ! Vous bandiez ! Et pas qu’un peu ! Comment ça me faisait bizarre ! Mais c’était pas si désagréable finalement ! Complètement différent d’avec les gars de mon âge. Parce qu’avec eux, je peux coucher si je veux. Tandis qu’avec vous… Ce qui fait que c’est pas du tout la même chose ce qu’on ressent, mais alors là pas du tout ! C’est même presque mieux dans un sens. Je saurais pas vraiment dire pourquoi. Peut-être parce qu’on couchera jamais justement. Non ? Qu’est-ce vous en pensez, vous ?
Rien. J’en pensais rien. Est-ce qu’il était vraiment nécessaire de vouloir toujours tout expliquer ?
– Oui, vous avez raison. On s’en fout. L’essentiel, c’est que maintenant les choses soient claires. Qu’on se sente complètement à l’aise.
Elle m’a décroché un grand sourire complice.
– Vous, pour bander. Et moi, pour vous faire bander.
C’est le moment que la fille en mini-jupe a choisi pour s’engouffrer dans la cabine juste en face de la caisse dont elle n’a pas – négligence, inadvertance ou volonté délibérée – tiré le rideau jusqu’au bout de la tringle. Il s’en fallait d’une bonne vingtaine de centimètres. La mini-jupe est tombée. En dessous c’était un string à fleurs mauves et roses offrant une vue imprenable sur deux adorables petites fesses délicieusement galbées.
– Même si je suis pas la seule à y arriver.
Elle a jeté un regard appuyé sur ma braguette.
La preuve ! Faut dire aussi qu’avec vous, c’est vraiment pas difficile…

* *
*

– Vous dormez pas ?
– Si ! Enfin non ! Qu’est-ce qu’il se passe ?
Elle s’est avancée jusqu’à mon lit. Elle était nue.
– J’ai eu Baptiste au téléphone. Il viendra demain soir.
– Enfin ! J’en suis ravi pour toi.
– Oui, mais vous savez pas ce qu’il veut ? Qu’on s’envoie en l’air en bas, au magasin.
– Ah !
– Soi-disant qu’il a envie de le faire là où je bosse. Dans ce climat de cabines d’essayage, de robes et de sous-vêtements. Il trouve ça très sensuel. Mais moi, je croirais plutôt que ce qui l’excite, c’est l’idée que, si jamais vous entendez du bruit, vous allez forcément descendre voir si on est pas en train de vous cambrioler et que, du coup, vous allez nous surprendre en pleine action.
– Maintenant que tu m’as mis au courant…
– Ben, il fallait, attendez ! Je tiens pas à me ramasser un coup de fusil, moi !
– T’es sûre que c’est la seule raison ?
– Évidemment ! Vous me connaissez…
– Justement ! Je te connais…

mardi 28 avril 2020

Hébergement d'urgence (7)


Il s’est écoulé une grosse semaine sans qu’il donne le moindre signe de vie.
Elle s’agaçait.
– Mais j’en sais rien ce qu’il y a ! J’en sais rien. Il est sur messagerie. Il répond pas à mes textos. Il fait chier. Il fait vraiment chier.
Et puis, le lundi suivant, il l’a enfin appelée. Ils ont passé près de deux heures ensemble au téléphone.
– Et alors ?
– Il était comme d’habitude. Exactement comme d’habitude.
– Et la raison de ce long silence ?
– Je lui ai pas demandé. Il a pas de comptes à me rendre. Si c’est pour le remonter contre moi avec mes questions… En plus ! Mais je suis quasiment sûre qu’il y a une nana derrière tout ça. Qu’il a craqué dessus. Pendant une semaine il y en a plus eu que pour elle et puis, maintenant qu’il en a fait le tour, il me revient. À moi de savoir lui donner envie de me garder.

Il n’a pas fait sa réapparition pour autant.
– Mais au moins, maintenant, il me téléphone.
De temps à autre. Tous les trois ou quatre jours. Quelquefois longuement. D’autres fois, très brièvement au contraire.
– Ça fait pas tout, mais enfin ça prouve qu’il pense à moi. Qu’il tient au moins un peu à moi. Et puis, c’est pas juste comme ça, pour causer. Je vois bien qu’il s’intéresse. Il me pose des tas de questions. Sur ce que je fais. Sur ce que je veux faire. Sur mes goûts. Et puis aussi sur vous.
– Sur moi !
– Oui. Je crois qu’il saisit pas trop comment on fonctionne tous les deux. Qu’il a du mal à comprendre. C’est sans arrêt qu’il me demande si vous tentez votre chance avec moi. « Jamais ? Vraiment jamais ? C’est fou, ça ». Et je vois bien qu’il me croit qu’à moitié. Que ça lui paraît complètement invraisemblable. Ce qu’il voudrait aussi savoir, c’est si vous vous branlez en nous écoutant quand je suis avec lui. Sans arrêt il revient là-dessus.
– Et tu lui réponds quoi ?
– Que j’en sais rien du tout. Comment il veut que je sache ? Même si…
– Même si quoi ?
– Même si je le sais. Je commence à les connaître, les mecs, depuis le temps. Et à vous connaître, vous ! Oh, mais c’est normal, hein, attendez ! C’est le contraire qui le serait pas. À votre place, je ferais exactement la même chose. Je l’ai déjà fait, d’ailleurs ! Ben oui, oui ! Qu’est-ce vous croyez ? Quand j’entendais mes copines des fois, à côté, avec leur mec, vous croyez que je restais sagement les deux mains jointes sur les couvertures ?
– Je suppose que non.
– Ben, évidemment ! En attendant, vous savez ce que je crois qu’il croit, du coup ? C’est que vous préférez les garçons.
– Qu’est-ce qui te fait penser ça ? Il te l’a dit ?
– Oh, non, non, mais il y a plein d’indices. Des petites réflexions. Des allusions. Plein de choses. Ça m’étonnerait que je me trompe. Et ça me fait trop rire. Parce que quand on voit comment vous les couvez des yeux, les nanas ! Vous les adorez, oui !

mardi 21 avril 2020

Hébergement d'urgence (6)


Au petit matin, on s’est croisés, lui et moi, dans le couloir.
– J’y vais. Je bosse…
– Même pas le temps d’un petit café ?
– Vite fait alors !
Il a longuement tourné sa cuiller dans sa tasse.
– Sacrée nana, cette nana, hein !
Ah, ça, il pouvait le dire !
– J’y croyais pas au début qu’il y avait rien entre elle et vous. Je me disais que c’était pas possible.
– Et pourtant…
– Je sais, oui ! Elle m’a expliqué. Mais comment ça doit pas être facile pour vous ! Une fille super bien roulée comme ça… Avec qui vous passez toutes vos journées. Et vos soirées. Me dites pas que vous avez pas envie.
Je le disais pas, non ! Mais bon ! Elle avait été très claire là-dessus. C’était hors de question. J’étais trop vieux pour elle.
Il a haussé les épaules.
– C’est pas que je veuille vous jeter dans ses bras, loin de là ! Mais enfin elle peut changer d’avis, on sait jamais…
J’ai froncé les sourcils.
– Ah, oui ? Qu’est-ce qui vous fait penser ça ? Elle vous a dit quelque chose ? Parlé de quelque chose ?
– Oh, non, rien de spécial, non ! Une impression comme ça… Hou là ! Sept heures déjà ! Faut que j’y aille ! Faut vraiment que j’y aille…

Quand Coralie a surgi au magasin, la matinée était déjà largement entamée.
– Je suis désolée. Je me suis rendormie.
– C’est pas un drame…
– Oh, ben quand même ! Vous me payez et moi…
– T’en as bien profité ?
Son visage s’est éclairé.
– Oh, oui, alors !
– Le fameux cunni ?
– Bien sûr, oui ! Ça, bien sûr ! Mais pas seulement…
– Pas seulement ?
Elle a baissé la voix.
– Oui… Parce que les mecs, il se fait tout un foin sur la longueur de leur queue. C’est pas la question, la longueur. On s’en fout de la longueur. Non, ce qui compte, c’est l’épaisseur. Que tu te sentes toute bien remplie. Et là, avec Baptiste, je suis servie. Il y a du calibre. Et comme, en plus, il sait super bien s’en servir, je vous raconte pas…
Elle a suivi des yeux un couple qui passait, sur le trottoir.
– Non, la seule chose que je me demande, vu comment il est monté, c’est ce que ça donnera si, un jour, ça le toque de venir me rendre visite derrière. Mais enfin ça, on verra. On n’en est pas encore là…

Il y avait un autre problème dont elle m’a entretenu un soir, alors que, comme souvent, nous nous attardions à table.
– C’est qu’il a une copine, j’parie !
– Non. Plusieurs. Et il s’en cache pas. Bon, mais ça, je me vois mal le lui reprocher : je fais pareil. Enfin, pas pour le moment, j’ai que lui, mais ça me reprendra, je me connais. Parce qu’il y a des mecs, quand tu les rencontres, tu peux pas t’empêcher d’avoir envie de les essayer.
– Du moment que vous êtes au clair tous les deux là-dessus…
– On l’est. Il y a pas de souci. On l’est. Sauf que si je lui apporte pas quelque chose que les autres lui apportent pas, s’il trouve exactement la même chose ailleurs, il y aura aucune espèce de raison qu’il me garde. Et ça, j’ai pas du tout envie. C’est trop le pied, attends, avec lui. Non, faut absolument que j’aie un plus. Absolument.
– Oui, mais quoi ?
– C’est bien là, toute la question, quoi ?

mardi 14 avril 2020

Hébergement d'urgence (5)


J’ai raccompagné la cliente jusqu’à la porte du magasin.
– Et si jamais il y a quelque souci que ce soit, n’hésitez pas ! Revenez ! On vous fera les retouches nécessaires.
Coralie a attendu qu’elle ait traversé la rue, disparu.
– Ben, voyons !
– Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui te fait rire ?
– Non, rien.
– Mais si, dis !
– Pourquoi vous me l’avez pas laissée, celle-là ?
– Ça s’est trouvé comme ça.
– Tu parles ! Vous me l’avez carrément arrachée des mains, oui ! Ah, elle vous plaisait bien, hein, avouez !
– Mais non, mais…
– Bien sûr que si ! Vous imaginez quoi ? Que ça se voit pas ? Alors là ! Quand vous prenez votre petite voix toute caressante comme ça… Je commence à vous connaître depuis le temps… Et puis il y a pas que ça ! Elle vous faisait bander, j’ai bien vu. Et pas qu’un peu !
– Hein ? Je…
– Vous, quoi ?
– Elle s’en est aperçue, tu crois ?
– Qu’est-ce que vous voulez que j’en sache ? Mais sûrement ! C’était vraiment pas discret. De toute façon, vous, quand ça vous arrive, on peut pas dire que ça fasse semblant. Oh, mais tirez pas cette tête-là ! Quand elle est pas trop mal foutue, une nana, c’est à longueur de journée qu’il y a des types qui lui bandent dessus. Et alors ? C’est plutôt flatteur, non ? Moi, en tout cas, je sais que j’aime bien leur faire de l’effet aux hommes. À condition qu’ils restent dans les clous. Qu’ils m’embêtent pas avec ça, parce que sinon… Mon téléphone ! C’est lui ! C’est Baptiste.
Et elle a disparu en réserve.

Quand elle en est revenue, une demi-heure plus tard, elle avait quelque chose à me demander.
– Eh bien, vas-y ! Quoi donc ?
– Vous allez jamais vouloir…
– Dis toujours !
– Il pourrait pas venir, ce soir, Baptiste ?
– Et pourquoi il pourrait pas ?
– Parce qu’on bosse demain et que, s’il passe la nuit ici, je risque de pas avoir les yeux en face des trous. Ni vous non plus d’ailleurs.
– C’est pas pour une fois…
– C’est vrai ? Je peux alors ? Oh, merci. Merci. Vous êtes un amour. Je vous revaudrai ça.

Et j’ai fait la connaissance du fameux Baptiste. Qui s’est montré, ma foi, un hôte fort agréable, mais de la conversation duquel Coralie ne m’a malheureusement pas laissé très longtemps profiter. Elle s’est empressée, aussitôt la dernière bouchée avalée, de l’entraîner dans sa chambre.
Et ça n’a pas perdu de temps. À peine y étaient-ils réfugiés depuis cinq minutes qu’elle poussait ses premiers soupirs, qu’elle balbutiait ses premières plaintes. J’ai fermé les yeux et j’ai imaginé : la tête de Baptiste entre ses cuisses. Sa langue, ses lèvres. Qui ont couru le long de ses replis secrets. Qui se sont insinuées au cœur de ses anfractuosités moirées. Qui se sont voluptueusement repues de ses liqueurs océanes. Qui ont fait gonfler son bouton. Qui l’ont fait longuement rouler…
– Oh, Baptiste ! Oh, Baptiste !
Ses mains à elle dans ses cheveux à lui. Sa jouissance éperdument déferlée.
Tant de reconnaissance dans ses yeux.
Il y a eu des mots murmurés tendre. Des baisers claqués. Du silence. Encore des mots.
Et puis ça a recommencé. Encore et encore. Jusqu’au bout de la nuit.