– Alyssia !
– Quoi ?
– Tu
te lèves pas ? Tu vas être en retard.
– Quel
jour on est ?
– Jeudi.
– Oh,
putain, oui ! C’est vrai qu’on est en semaine. C’est pour
ça qu’ils sont partis, les jumeaux. Ils bossent.
– Et
nous aussi ! Normalement…
– Ils
m’ont pas lâchée. Toute la nuit j’y ai eu droit.
– J’ai
entendu ça, oui.
– Oh,
ben, de ton côté, c’était pas mal non plus. T’en as fait quoi,
d’ailleurs, d’Eugénie ?
– Elle
avait les petits déjeuners à s’occuper.
– Je
t’avais dit que ça allait pas tarder avec elle. Je te l’avais
pas dit ? Et, apparemment, ça s’est plutôt bien passé. En
plus ! Non ?
– Elle
est adorable.
– Et
ça aussi, je te l’avais dit…
– Quoi
donc ?
– Que
t’es amoureux d’elle.
– Cette
fois, tu vas être en retard, c’est sûr.
– J’y
vais pas. Je suis pas en état. Toi non plus, d’ailleurs, t’as de
ces valises sous les yeux.
– On
reste là alors ?
– Ou
on va passer la journée quelque part ? Tous les deux ?
Rien que nous deux ?
Ce
fut, une nouvelle fois, Rocamadour.
– Comme
le jour où…
On y
est arrivés sur le coup de midi
– On
déjeune là-bas ?
– Bien
sûr.
La
terrasse sous les tilleuls.
On a
éteint nos portables.
– Qu’on
soit tranquilles.
On a
étudié la carte.
– Je
sais ce que tu vas prendre…
– Moi
aussi…
Émincés
de foie gras et magrets de canard. Évidemment… Ça s’imposait.
On
s’est souri. On s’est pris la main par-dessus la table.
– On
peut bien dire ce qu’on veut, mais nous, ce sera toujours nous.
– Et
de plus en plus.
– Surtout
maintenant que…
Elle
n’a pas achevé sa phrase.
Elle
nous a voulu une petite sieste.
– Fais-moi
l’amour ! Tout doux. Tout tendre.
– Vos
désirs sont des ordres, chère Madame.
Mes
doigts sur ses joues. Sur ses lèvres. Mes yeux dans les siens. On a
fait durer. Longtemps. Et son plaisir l’a transpercée. Véhément.
Débondé.
Elle
est restée dans mes bras.
– C’est
la première fois…
Les
larmes lui sont montées aux yeux.
– C’est
la première fois que j’en ai avec toi. Jamais, avant…
Elle
s’est blottie contre moi.
– Si
tu savais ce que j’en ai rêvé de ce moment-là…
On a
passé le reste de l’après-midi à remettre nos pas dans nos pas.
Main dans la main. À profiter du soleil. De la beauté des lieux. De
nous.
Le
château. Le sanctuaire. Puis la forêt des singes. On a erré au
milieu d’eux. On leur a distribué des pop-corns. On s’est assis
sur un banc et on les a regardés jouer, grimper aux arbres, en
redescendre, se chamailler tant et plus.
– Et
maintenant ?
– Eh
bien ?
– On
va faire quoi pour les autres, là ?
– Rien.
Rien de spécial. Il y a rien de changé. Si ?
– Non.
À part nous. Mais ça, ça ne regarde que nous.
– Exactement.
– On
a été bien contents de les trouver. On va pas s’en débarrasser,
comme ça, du jour au lendemain, sous prétexte qu’on n’a plus
besoin d’eux.
– D’autant
que c’est complètement faux. Ils peuvent encore nous apporter
beaucoup. Énormément.
– Et
nous à eux.
On
s’est tendu les lèvres.
Le
lendemain, au réveil, on a rallumé nos portables.
– J’ai
un message de Benjamin.
– Et
moi, d’Eugénie.