mardi 26 février 2019

Clorinde, ma colocataire (18)


– Bon, mais alors qu’est-ce qu’elle fout ? Elle se connecte ?
– Qui ça ?
– Ben, Emma, tiens ! Qu’on lui raconte notre petite expédition de tout-à-l’heure. Elle va adorer. En attendant, en douce que sur ce coup-là, on n’a pas vraiment assuré. On a détalé comme des lapins. Comme si on avait le feu au cul. Non, ce qu’il aurait fallu, c’est s’attarder au contraire. Pour bien en profiter. Parce que pas besoin de vous en faire que, même que vous m’ayez empêchée de beugler, ils se sont forcément rendu compte de quelque chose. Vu comment vous étiez rouge en sortant de là-dedans…
– Tu peux parler, toi ! T’étais pas mal non plus dans ton genre. Écarlate. Et tout échevelée.
– C’est pour ça ! À tous les coups, ils ont dû croire qu’on y avait baisé dans la cabine. Et on serait restés à se balader entre les portants, je serais retournée essayer, on aurait eu droit à tout un tas de regards pleins de sous-entendus, de chuchotements derrière notre dos. Des quantités de trucs. Comment je me serais régalée, moi ! Pas vous ? Remarquez, rien nous empêche d’y retourner, hein ! D’autant que je l’ai pas eu mon cadeau, finalement ! Ah, la v’là, Emma ! Ça y est ! La v’là ! Salut, toi ! Ben, approchez-vous ! Qu’elle vous voie ! Plus près ! Alors, qu’est-ce tu deviens ?
– Oh, ben tu sais, moi, c’est photos, photos et encore photos…
– Et beaux mecs, beux mecs et encore beaux mecs.
– T’as tout compris.
– Oui, ben en attendant, ça fait quand même un sacré moment que tu m’as pas envoyé d’échantillons.
– Ça peut s’arranger.
– J’y compte bien. Et de jolis petits specimens, hein ! Tu connais mes goûts !
– Oh, pour ça, oui ! Bon, mais et toi ? De ton côté, qu’est-ce tu deviens ?
– Moi ? Ça baigne. Je suis toujours chez lui, là. On s’entend comme larrons en foire. Tu verrais comment on s’éclate tous les deux. On se tape de ces délires. Comme là, tout-à-l’heure… Figure-toi qu’il a voulu m’offrir une robe… Et moi, tu me connais. Les cabines d’essayage, ça me rend folle.
– Ah, ça, je suis bien placée pour le savoir…
– Du coup, à peine on a été bouclés là-dedans que ça m’a prise. Et comme, en plus, lui, il s’y est mis aussi. Et que c’est trop excitant la façon dont il se le fait…
– Je vois… T’as mis la révolution dans la boutique, expansive comme tu es.
– Oui. Enfin, non. Ça a failli. Seulement failli. Parce qu’il m’a plaqué la main sur la bouche. De toutes ses forces. Sauf que, moi, d’instinct, j’ai planté les dents dedans.
– Aïe !
– Tu peux le dire ! Comment je l’ai arrangé, le pauvre ! Tiens, regarde !
Elle m’a pris la main, l’a approchée de l’œil de la caméra.
Emma a émis un petit sifflement.
– Eh ben dis donc ! Tu fais pas les choses à moitié, toi, quand tu t’y mets.
– Surtout que là, il est perdant sur toute la ligne. Non seulement il a pas eu le temps de se finir, mais maintenant, en plus, vu l’état dans lequel je la lui ai mise, il peut plus trop se servir de sa main.
– Prête-lui la tienne ! Tu lui dois bien ce petit dédommagement, non ? Après tout ce qu’il vient de faire pour toi.
– Oui. C’est vrai. T’as raison. C’est la moindre des choses. S’il a rien contre, bien sûr !
Hein ? Ah, mais non ! Non ! J’avais rien contre. Rien du tout. Au contraire.
– Dans ces conditions…
Et elle me l’a résolument sortie. Elle me l’a empoignée et elle a entrepris un lent mouvement de va-et-vient. Sur l’écran, Emma s’était rencognée dans son fauteuil. Ses lèvres étaient légèrement entrouvertes. Ses narines palpitaient. Son coude bougeait.
Clorinde a accéléré le mouvement. Vite. De plus en plus vite. Je me suis répandu.
Sur l’écran, Emma a gémi.

mardi 19 février 2019

Clorinde, ma colocataire (17)


– J’ai pas eu de cadeau hier, n’empêche !
– Tu manques pas d’air, toi ! Et le restaurant alors ?
– C’est pas un cadeau qui se garde, ça, le restaurant. Ça compte pas.
– Ben, voyons !
– Non, ce qu’on pourrait peut-être, c’est aller faire un tour dans un magasin de sapes. On sait jamais. Des fois qu’on trouve un truc qui m’aille. Et puis les cabines d’essayage, moi…
– Ça t’inspire…
– Ben oui, je vous ai bien raconté la fois avec Emma… Sauf que ce coup-ci, ce serait avec vous. Ce serait encore mieux. C’est ça que je voulais vous dire, hier soir, là-bas, quand on mangeait. Seulement…
– Seulement t’étais déjà tellement avancée que t’avais peur, si on parlait de ça, de plus rien pouvoir maîtriser du tout.
– Voilà, oui.
– Et dans un endroit chic et feutré comme celui-là, tes hurlements de jouissance débridée auraient fait tache, ça, c’est sûr…
– Oui, bon, mais on cause… On cause… Si on y allait, non, plutôt ?

Et on a arpenté, en long et en large, quatre on cinq rues commerçantes.
– Là ?
– Oh, non, pas là, non !
Il y avait tout un tas de conditions à remplir.
D’abord, il fallait qu’il y ait le choix.
– Si je veux trouver quelque chose qui me plaise… Et qui m’aille…
Ensuite qu’il y ait beaucoup de clients.
– Que ce soit excitant de les entendre autour.
Et enfin que le patron ait un certain âge.
– Et le genre à laisser discrètement traîner les yeux sur les nanas.

Elle a enfin, après nous avoir fait effectuer un interminable périple, trouvé la boutique de ses rêves.
Et elle a essayé. Une robe. Une autre. Une troisième. A fini, par s’asseoir, en petite culotte et soutien-gorge vert amande, sur le tabouret. Dans la cabine voisine, on s’esclaffait. Des voix de femmes. Jeunes. « Eh ben, dis donc, si tu lui fais pas attraper l’infarctus avec ça ! »
Elle s’est doucement caressée. Les seins. Les deux. Les doigts faufilés sous les bonnets. Et puis le minou. À travers le tissu. De bas en haut. Et de haut en bas. Les yeux plantés dans les miens. De plus en plus vite. Le souffle de plus en plus court.
Au-dehors, il y avait des bruits de pas. Qui longeaient notre rideau. Une vendeuse insistait… « Si, si, Madame, ça vous va, je vous assure ! » Le patron encaissait, d’une voix grave. « Au revoir ! Au plaisir ! »
Elle a enfoui une main dans sa culotte. Qui y a ardemment moutonné. J’ai déboutonné mon pantalon. Je me suis sorti. J’ai refermé mes doigts sur moi. Et tous les deux. Ensemble. Elle a haleté.
– Je vais jouir ! Je vais jouir ! Oh, c’est trop bon…
Les yeux chavirés de bonheur.
J’ai senti venir la catastrophe. Ça allait la déborder. Elle allait la submerger, sa jouissance. Retentir dans tout le magasin. Je me suis précipité. Je l’ai bâillonnée de la paume de ma main. Sur laquelle elle a refermé les dents. De toutes ses forces. J’ai étouffé un hurlement. Elles les y a laissées enfoncées jusqu’à ce que son plaisir soit retombé. Ce n’est qu’alors qu’elle a relâché son étreinte.
– Pardon… Pardon… Je suis désolée.

Une fois au-dehors, on a fait quelques pas sur le trottoir.
– Eh ben dites donc, heureusement que vous étiez là. Parce que je maîtrisais plus rien, moi !
Elle m’a pris la main.
– Faites voir ! Ah, quand même ! Quand même ! J’y suis allée de bon cœur, dites donc !
Elle a esquissé un petit sourire taquin.
– Oui, mais c’est votre faute aussi ! Si vous m’aviez pas déballé votre queue sous le nez…
– Ce culot ! Non, mais alors là, ce culot…

mardi 12 février 2019

Clorinde, ma colocataire (16)

Elle a hoché la tête.
– Il est bien sûr de lui, votre Martial, là.
– Je l’ai toujours connu comme ça.
– Oui, ben il me passera pas à la casserole. De ce côté-là, il y a pas le moindre risque. Par contre, quel pied je vais prendre à le regarder faire la roue devant moi, alors ça ! Bon, mais dites-moi ! On est quel jour ?
– Le quinze. Non, le seize. Pourquoi ?
– Le seize, oui. Et vous avez pas oublié quelque chose ?
– Wouah ! C’est ton anniversaire.
– C’est mon anniversaire, oui. Depuis ce matin. Et vous vous en fichez complètement.
– Mais non, mais… Je suis désolé. Va vite te préparer, tiens ! Je t’emmène au restaurant.
– Et un bon, hein ! Vous avez intérêt. Si vous voulez que je vous pardonne…

Un bon. Étoilé. Avec des nappes blanches. Des chandeliers. Et des serveurs aux petits soins.
Elle s’est penchée.
– Qu’est-ce tu regardes ?
– La nappe. Elle descend bas. Elle cache. Comme ça, si jamais l’envie me prend d’aller me rendre une petite visite là-dessous…
– Tu es infernale.
– De plus en plus. Et c’est de votre faute.
– Ben, voyons !
– Enfin, grâce à vous, plutôt ! C’est vrai qu’il y a eu – et qu’il y a encore Emma – mais Emma, c’est pas pareil. C’est une femme. Vous, vous êtes un homme et vous me jugez pas. Jamais. Du coup, je peux me laisser aller à être complètement ce que je suis. Comment ça fait du bien ! Je me sens au large. Et je me découvre. Si, c’est vrai, hein ! Il y a tout un tas de pans de moi-même dont je me rends compte que je ne leur laissais pas vraiment les coudées franches. Que je les bridais. Ou que je les vivais en demi-teinte. On a beau se dire qu’on se fout du qu’en-dira-t’on comme de l’an quarante – quitte à faire quelquefois de la provoc ; et ça, je sais faire, quand il faut ! – c’est jamais tout-à-fait vrai. On a toujours le regard des autres qui nous traîne plus ou moins dessus. Sauf que le vôtre, de regard, il rend tout ce qu’il touche simple. Naturel. Tout va de soi. J’adore capter les regards des hommes ? Les retenir ? C’est bien. C’est même très bien. Les exciter m’excite ? Vous n’y trouvez absolument rien à redire. Bien au contraire. Chaque fois que j’en ai l’occasion, je mate leurs queues avec délectation ? Et alors ? Vous voyez vraiment pas pourquoi ça devrait poser problème. Du moment que j’y trouve mon compte. Mais le « pire », depuis que je vous connais, c’est ça : me branler. Non, mais comment ça me tient ! Dix fois plus qu’avant. Et c’est pas peu dire. Sans arrêt j’y pense. Tous les jours je me le fais. Au moins une fois. Quand c’est pas plus. Il y a toujours quelque chose, à un moment ou à un autre, qui me donne envie. Et vous savez ce qu’a changé ? C’est que maintenant j’accepte complètement l’idée que je prends bien plus de plaisir toute seule qu’avec un mec. Avant, ça n’empêchait rien, non, bien sûr, mais j’avais quand même toujours une petite voix en arrière-fond qui me disait que c’était pas normal. Que j’étais pas normale. Que c’était dans l’autre sens que ça devait être. Eh ben, non ! C’est comme ça. Je suis comme ça. Et puis voilà.
– Et qu’est-ce j’ai à voir, moi, dans cette métamorphose-là ?
– Je sais pas. Tout ce que je sais, c’est que c’est lié à vous. Et ça, j’en suis sûre. D’ailleurs…
– D’ailleurs ?
Elle n’a pas répondu. Ses yeux se sont perdus dans le lointain.
– D’ailleurs ?
– Non, rien. Plus tard je vous dirai. Tout-à-l’heure. À la maison.
– Clorinde…
– Oui ?
– Donne-moi ta main.
Elle m’a tendu la gauche.
– Non. L’autre… Celle qu’est sous la table.
Je l’ai portée à mes narines. Y ai posé les lèvres. En ai englouti un doigt.
– Tu as bon goût. Très.

mardi 5 février 2019

Clorinde, ma colocataire (15)

– Il m’a téléphoné. Ce matin. Aux aurores.
– Il a pas perdu de temps, dites donc ! Et alors ?
– Et alors je lui ai dit que je pouvais pas lui parler, que j’étais surbooké. De rappeler à six heures.
– Histoire que je sois rentrée. Que je puisse écouter. Vous êtes un amour.
Elle a jeté un coup d’œil à la pendule.
– Moins cinq. Il va pas tarder.
S’est fait un nid de coussins au creux du canapé.
– N’empêche… Vous vous êtes pas rendu compte, hein, hier soir !
– Que quoi ? Que tu t’es offerte à toi-même, après, dans ta chambre ? Si ! Bien sûr que si ! Tu étais même très expansive.
– Oui. Non, mais pas ça. Avant. Quand il était là. Sous la table, je me le suis fait. Pendant qu’il me posait toutes ces questions, là.
– Ça s’est absolument pas vu.
– Oui, oh, j’ai pas poussé le bouchon trop loin non plus. Juste quelques effleurements. En mode discrétion absolue. C’était trop tentant, attendez, de voir l’effet que je lui faisais. Je peux pas résister, moi, à ça. Et puis alors me dire que c’était devant lui, comme ça, en causant, et qu’il se doutait de rien…
Mon portable a sonné.
– C’est lui ?
C’était lui.
– Maxime ? Oui. Excuse-moi pour ce matin.
– Oh, c’est pas grave !
– Ça va ?
– Ça va, oui ! Sauf que je suis crevé. J’ai pas fermé l’œil de la nuit. Me demande pas pourquoi.
– Clorinde ?
– Ben, oui, Clorinde, oui. Une fille comme ça, tu peux pas rester insensible, attends, c’est pas possible.
– Ah, elle a du charme, hein !
– Du charme ! Elle est super canon, oui, tu veux dire…
– Sans compter qu’elle a tout plein de qualités par ailleurs.
– Je me demande comment tu fais. Je me demande vraiment comment tu fais. Vivre, comme ça, avec une nana de rêve, sous le même toit, sans que… Non, mais je deviendrais fou, moi ! Complètement fou. Me dis pas que… T’as quand même bien tenté ta chance, non ?
– J’ai vingt ans de plus qu’elle. Vingt-cinq, pour être précis.
– Qu’est-ce tu t’en fous de ça, tu parles !
– Mais elle, elle s’en fout peut-être pas.
– T’as qu’à y croire ! Un type qu’a un peu de bornes, elles apprécient toujours, les filles, à cet âge-là. Il y a de l’expérience. Il y a du savoir-faire. Ça les rassure. Ça les valorise. Et ça rend les copines jalouses. Non, si t’y vas pas, je monte au créneau, moi !
– Tu fais bien comme tu veux !
– D’autant que t’as entendu. Elle l’a dit. Elle pense qu’à s’amuser en ce moment. Ah, non, j’y vais, moi ! J’y vais ! Pas question de laisser passer une occasion pareille. J’en aurais du remords toute ma vie. Je peux compter sur toi ?
– Pour ?
– Me faciliter les choses. M’inviter aussi souvent que possible. Me laisser éventuellement seul avec elle. Essayer de savoir ce qu’elle a dans le ventre. La faire parler. Lui faire dire ce qu’elle pense de moi. Enfin tout, quoi ! Tout ce qu’est possible.
Elle m’a fait signe d’accepter.
– Tu peux compter sur moi.
– Merci. Je te revaudrai ça.

mardi 29 janvier 2019

Clorinde, ma colocataire (14)

– Ça va comme ça ?
Un petit short bleu moulant. Un haut assorti plus clair qui lui dessinait les seins au plus près.
– Tu veux lui faire avoir un infarctus à ce pauvre Martial ?
– Oh, ben attendez ! Faut bien qu’il ait un peu de plaisir à me regarder.

Pour en avoir, il en a eu. Il a profité de toutes les allées et venues qu’elle a multipliées comme à plaisir, pendant tout le repas, sous les prétextes les plus divers, pour la dévorer des yeux. Pour se repaître d’elle.
Dès qu’elle se rasseyait, il la soumettait à un interrogatoire en règle. Ça consistait en quoi, au juste, la psychologie à la fac ? Ça lui plaisait ? Oui ? Et le cinéma ? C’était quoi son genre de films préféré ? Et en musique ? Shaka Ponk, elle appréciait ? Et ses vacances ? Elle les passait où, ses vavances ? C’était un feu roulant de questions auxquelles elle répondait de bonne grâce sans jamais se départir d’un lumineux sourire.
Aussi s’est-il senti autorisé à s’aventurer sur un terrain plus personnel. Ravissante comme elle était, elle devait avoir une foule d’adorateurs. Et il y avait sûrement un heureux élu, non ? Elle a éludé. Non. Oui et non. Elle avait bien le temps. En attendant, elle s’amusait. C’était de son âge. Une fois l’un, une fois l’autre. Comme ça se trouvait. Sans se prendre la tête. On n’était plus au Moyen-Âge. Et les filles aujourd’hui, elles menaient leur vie comme elles l’entendaient. Il a abondé dans son sens. Elle avait bien raison. Et c’est sûrement pas lui qu’allait lui dire le contraire. Ah, non alors ! Il allait d’autant moins le lui dire qu’il commençait à se frotter intérieurement les mains. Eh, mais c’est que s’il s’y prenait bien, il allait peut-être pouvoir la mettre dans son lit, cette jolie petite caille. À condition de ne pas s’emballer. De poser un à un les jalons.

Au dessert, son portable a bipé. Un SMS. Qu’elle a lu en haussant les épaules.
– Non, mais ces pauvres mecs, des fois !
Je lui ai posé la main sur le poignet.
– Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
– C’est Jeanne, là, une copine. Son mec veut la larguer. Et vous savez pourquoi ? Je vous le donne en mille. Parce qu’elle veut pas se raser le minou. Il ferait beau voir qu’un mec, il me demande un truc pareil, moi ! Il aurait pas fait le plus dur.
Je suis entré dans le jeu.
– Ce serait si grave que ça ?
– Ce qui serait grave, c’est qu’il veuille décider à ma place de comment faut que je sois. Non, mais ils vont bien, eux. Mon minou, je me le rase quand ça me chante. Et quand ça me chante, je laisse repousser. Et je le taille ou pas. À la française ou à l’anglaise. Selon l’humeur du moment. Et, à l’occasion, en forme de cœur ou de papillon. On n’a que l’embarras du choix en fait.
J’ai saisi la perche qu’elle me tendait.
– Et en ce moment, il est comment ?
Elle m’a tiré la langue.
– Vous saurez pas.

On a raccompagné Martial jusqu’à sa voiture. Qu’on a regardée s’éloigner.
Elle a éclaté de rire.
– Sa tête ! Non, mais vous avez vu sa tête quand j’ai parlé de Jeanne ?
– Faut dire que lui brandir ton petit minou sous le nez, comme ça ! Le lui décrire dans toutes les configurations possibles et imaginables. Déjà qu’il flashait complètement dessus…
– Ben justement, c’est pour ça ! Qu’il puisse mieux l’imaginer. En rêver tout son saoul.
– Sauf que maintenant que tu lui as mis l’eau à la bouche…
– Il va vouloir y jeter un œil pour de bon ? Oui, ben ça on verra. Je dis pas non. Mais je dis pas oui non plus. Ça va dépendre si j’en suis ou pas. Et de plein d’autres choses.

mardi 22 janvier 2019

Clorinde, ma colocataire (13)

– Tu veux un dessert ?
– Oui, s’il vous plaît. Un cône vanille-fraise.
Qu’elle s’est mise à lécher à petits coups de langue gourmands.
– Ça te dégouline sur le menton.
– Ah, oui ?
Et elle s’est mise à rire. De bon cœur.
– Qu’est-ce qu’il y a de si amusant ?
– Non, rien. Enfin, si ! Je repense à tout-à-l’heure, à Martial, au téléphone. À ce que vous lui avez raconté que vous nous aviez trouvés en train de faire sur le tapis du salon, Jérémie et moi. Ça pourra peut-être un jour, hein, qui sait ? Encore faudrait-il que je commence par l’amener ici.
– Oh, mais tu peux, hein ! C’est quand tu veux.
Elle a mordu dans sa glace. À pleines dents.
– Ah, ben ça ! C’est sûr que c’est pas vous qu’allez à trouver à redire. Même que vous allez les ouvrir toutes grandes, vos oreilles, quand on sera en train. Ce qui me donne une idée, tiens, d’ailleurs !
– Qui est ?
Elle s’est attaquée au cornet.
– Vous verrez bien !
– Inutile que j’insiste, j’imagine !
– Inutile, en effet.
– En attendant, avec tout ça, tu m’as toujours pas raconté…
– Quand je me suis fait gauler ? Oh, ben, la première fois, c’était dans une cabine d’essayage. Toutes les deux, on était. Emma et moi. C’est elle qu’a commencé. Plutôt en mode déconnade au début. Seulement on s’est vite prises au jeu. Surtout qu’entendre les gens qui parlent tout autour, qui vaquent à leurs petites occupations, sans savoir que là, tout près, t’es en train de te donner du plaisir, comment c’est troublant ! Super excitant en fait ! Et donc, on était là, toutes les deux, à s’activer, la main dans la culotte. C’était en train de s’emballer. Et le plus dur, quand tu te mets à plus rien maîtriser, c’est de te retenir de crier. Ou même de gémir. S’agit pas d’ameuter les populations. Alors tu te concentres, tu te mords les lèvres. Ou les joues. Au premier abord, ça peut paraître frustrant, mais pas tant que ça, finalement. Il est différent, ton plaisir. Plus renfermé. Plus ramassé. Enfin, bref… Ce qui s’est passé, ce jour-là, c’est qu’au pire moment le rideau s’est brusquement soulevé et une tête de vieille horrifiée est apparue dans l’embrasure.
– Mais elle avait pas vu que c’était occupé ?
– Faut croire que non. Comment elle l’a laissé retomber le rideau. À croire qu’il lui brûlait les doigts. Et elle s’est mise à hurler : « Ah, ben ça alors ! Ah, ben ça alors ! Non, mais ces petites dégoûtantes qu’il y a là-dedans ! » Vous auriez entendu ce silence d’un seul coup ! Et puis des chuchotements. Des « C’est pas vrai ! » à mi-voix. Je vous dis pas l’ambiance quand on est sorties. Tous les regards sur nous. Les uns, offusqués. Les autres, carrément rigolards. Mais alors une fois sur le trottoir, je vous dis pas cette crise de fou rire qu’on s’est tapée toutes les deux. Plus moyen de s’arrêter. Et pareil chaque fois qu’on en reparle. N’empêche qu’avec le recul, il est pas désagréable du tout, ce souvenir. C’est souvent que je m’en sers quand je me le fais.
– Et la deuxième fois ?
– C’était au cinéma. Il n’y avait pas grand-monde dans la salle. Et le film, bof ! Il cassait pas trois pattes à un canard. Du coup, je me suis mise à m’occuper de moi. Après avoir d’abord pris bien soin d’étaler mon manteau sur mes genoux. À doigts feutrés. Flottants. La tête un peu ailleurs. Et puis vous savez ce que c’est : on y prend goût. Ça devient exigeant. Les caresses se font de plus en plus précises. De plus en plus insistantes. Il finit par se franchir un cap. Au-delà duquel il est quasiment impossible de revenir en arrière. Je venais justement d’en arriver là quand une voix masculine a susurré, doucereuse, à mon oreille : « Mais c’est qu’elle se branle, la petite mademoiselle ! » D’où il sortait celui-là ? Il n’y avait pourtant personne à la rangée derrière, quand l’obscurité s’était faite. J’ai laissé la question en suspens. Peu importait n’importe comment. Il était là. Et il savait. M’arrêter ? Oui, mais non. Parce qu’elle avait quelque chose d’extrêmement sensuel et troublant, sa voix. D’envoûtant. Parce que je la ressentais comme bienveillante et complice. Alors je me suis laissé aller. C’est venu vite. Très vite. Avec son souffle dans mon cou. Quand la lumière s’est rallumée, il n’était plus là. Je n’ai jamais su lequel c’était, de tous les hommes qui se sont dirigés vers la sortie, quand la lumière s’est rallumée.
– Et tu le regrettes.
– Un peu.

mardi 15 janvier 2019

Clorinde, ma colocataire (12)


– Vous venez ? Je me suis fait couler un bain. On discutera comme ça pendant ce temps-là.
Elle s’y est voluptueusement immergée. Jusqu’au cou.
– Ça t’arrive souvent de t’offrir des petites gratouilles en public ?
– Oh, oui ! J’adore. Vous auriez vu ces délires qu’on se tapait avec ça, toutes les deux, Emma et moi…
– Et vous vous êtes jamais fait capter ?
– Oh, si ! Deux fois. Et alors là, je peux vous dire que c’était pas triste. On fait attention pourtant. Vous avez bien vu tout-à-l’heure. Mais bon, il arrive qu’il y ait des impondérables. D’autres fois aussi ça a failli. Il y en a qu’ont manifestement eu des doutes. Mais c’en est resté là.
Mon téléphone a sonné.
– Ah, tiens ! Ce brave Martial…
– Mettez le haut-parleur ! Vous mettez le haut-parleur ?
On a d’abord échangé quelques banalités. Et puis il a insensiblement amené la conversation là où il avait envie qu’elle aille.
– Ça tient toujours ton invitation ?
– Bien sûr, oui ! Pourquoi ça tiendrait plus ?
– Et, excuse-moi de te demander ça, mais ce sera quand ?
– Dès que possible. Comme je t’ai dit, en ce moment je sais plus trop où donner de la tête. Je suis pris quasiment tous les soirs et…
– Je sais bien… J’me doute ! Mais mets-toi à ma place : je te rencontre avec une merveille de petite nana qui mettrait l’eau à la bouche de n’importe qui. À laquelle j’arrête pas de penser depuis l’autre jour…
– Oh, à ce point ?
– À ce point, oui…
– Te fais pas trop d’illusions quand même !
– Elle a quelqu’un, c’est ça, hein ? J’en étais sûr qu’elle avait quelqu’un.
Clorinde m’a fait signe que oui. De la tête. De lui dire que oui.
– Après, je sais pas trop au juste ce qu’il y a entre eux. La seule chose que je puisse te dire avec certitude, c’est qu’elle prend un sacré pied avec, ça !
– Tu les as entendus ?
– Mieux que ça.
– Tu les as vus ? C’est pas vrai que tu les as vus !
– Eh, si ! Un soir que je suis rentré plus tôt que prévu. Ils étaient en pleine action sur le tapis du salon. Si bien en pleine action qu’ils m’ont pas entendu arriver.
– Et t’en as bien profité, mon salaud !
– Ah, ben ça !
Elle s’est un peu redressée dans la baignoire. Ses seins ont doucement navigué à la surface de l’eau. Et elle m’a menacé du doigt. En riant.
– Mais alors, du coup, tu l’as vue à poil finalement !
– Et comme il faut ! Elle était à quatre pattes. Le derrière en l’air. En train de lui tailler une pipe. J’te dis pas le panorama.
Elle a arrondi les lèvres en un « Oh ! » scandalisé. Mais ses yeux souriaient.
– Elle est comment ? Ben, raconte, quoi !
– Comment ça « comment » ?
– Je sais pas, moi ! Son minou, elle l’ébarbe ?
Elle a eu un long rire silencieux.
– Complètement. Il y a pas un poil. Rien.
– Oh, putain ! Et t’es sûr que tu peux pas nous trouver un soir dans la semaine ?
– Je vais voir ça ! Je vais essayer de me débrouiller.
– Oh, oui, hein ! Je compte sur toi…
J’ai raccroché.
Elle a enjambé le rebord de la baignoire.
– Faut le faire venir sans trop tarder maintenant…
C’était bien aussi mon avis.