mardi 12 novembre 2019

Clorinde, ma colocataire (55)


Elle nous a voulu un restaurant.
– Celui où on est si souvent allés tous les deux.
Elle y a soupiré.
– C’est peut-être la dernière fois.
– Tu pars quand au juste ?
– Je sais pas trop. Peut-être en fin de semaine. Peut-être la suivante. Ou celle d’après.
Ses yeux se sont embués.
– Enfin si, je le sais quand je pars ! Évidemment que je le sais ! Mais je veux pas vous le dire. Je veux pas qu’il y ait ça entre nous. Pour le peu de temps qu’il reste. Qu’on compte les jours. Ou les heures. Tout ça pour, à la fin, se faire des adieux déchirants. Comme dans les films.
Au dessert, elle a sorti deux clefs USB de son sac, m’en a tendu une.
– Ça, c’est la copie intégrale de tout ce qu’il y a sur mon petit enregistreur, là, vous savez bien. De tous ces tas de fois où j’ai joui. C’est pour vous. Vous en ferez ce que vous voudrez. Tout ce que vous voudrez.
Elle a eu son petit sourire mutin.
– Je sais bien ce que vous allez en faire ! Mais c’est le but.
Et puis l’autre.
– Et là, sur celle-là, ce sont des photos de moi. Sous toutes les coutures. Exprès pour vous je les ai faites. Que vous m’ayez encore. Même quand je serai partie.
J’ai fouillé dans ma poche. À mon tour de lui donner quelque chose. Une enveloppe. Une enveloppe que j’ai posée à côté de son verre.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Eh bien, regarde !
– Une clef, mais une vraie.
– Celle de ta chambre. Tu seras sûre, comme ça, que personne n’y viendra jamais en ton absence.
Elle m’a pris la main par dessus la table, l’a portée à ses lèvres, s’est levée.
– Venez ! On rentre.

Elle s’est déshabillée. Complètement. Étendue, mains sous la nuque, sur le lit.
– Vous pouvez me regarder, si vous voulez. Tant que vous voudrez. Ce que vous voudrez.
Je me suis penché sur elle, lui ai effleuré le front d’un baiser, ai plongé mes yeux dans les siens. Je les y ai laissés. Longtemps. Les couleurs en ont doucement chatoyé.
Et puis je suis lentement descendu, me suis arrêté à hauteur de ses seins en pente douce. Dont les pointes se sont orgueilleusement dressées.
– Ils sont magnifiques.
Je les ai avidement contemplés.
Plus bas. Je me suis approché de son ravissant petit réduit d’amour. Plus près. Encore plus près. Elle s’est redressée. Ses doigts se sont enfouis dans mes cheveux.
– Vous pouvez aujourd’hui, avec votre bouche, si vous voulez.
Si je voulais !
J’y ai posé mes lèvres. Je les ai fait courir tout au long de la douce encoche. Inlassablement. Dans un sens. Dans l’autre. Quelques gouttes de liqueur ont perlé. J’ai passé mes bras sous ses cuisses. Je l’ai doucement, tout doucement, ouverte. Je me suis aventuré, du bout de la langue, dans ses replis soyeux. Je les ai investis. Elle a doucement gémi. Sa main s’est posée sur ma nuque. Elle m’a pressé la tête contre elle, a exigé.
– Encore ! Encore !
Ses doigts m’ont rejoint. Ma bouche. Ses doigts. Ses doigts. Ma bouche. En un somptueux vertige. Et son plaisir a surgi. Tempétueux. Ravageur. Elle l’a proclamé. Elle l’a hurlé. Ça s’est apaisé. C’est reparti de plus belle. En longs sanglots éperdus. C’est retombé.
Je suis remonté, lui ai effleuré les lèvres.
– Et votre plaisir à vous ?
Elle me l’a donné. Avec ses doigts. On est restés les yeux dans les yeux. Jusqu’au bout.
Elle s’est endormie la première, lovée contre moi.

Au réveil, elle n’était plus là, mais il y avait un mot sur la table de la cuisine.
« J’ai horreur des adieux. Et des larmes qui vont avec. Je pars. Je m’envole tout à l’heure. Mais je vous attends là-bas. Vous avez promis.
Je vous aime.
CLORINDE »

FIN

mardi 5 novembre 2019

Clorinde, ma colocataire (54)


Des reniflements dans la nuit. De petits hoquets. Des sanglots réprimés.
Je me suis penché sur elle.
– Tu pleures ?
– Non, je pleure pas. Non.
J’ai allumé. Les larmes lui ruisselaient sur les joues, sur le menton et jusque dans le cou.
– C’est quoi, ce gros chagrin ?
– Rien, je vous dis. Rien.
Et elle a voulu se tourner de l’autre côté.
Je l’en ai empêchée, ai cherché à l’attirer vers moi. Elle a résisté. Un peu. Pas bien longtemps. Et a fini par venir se réfugier, d’elle-même, contre ma poitrine. Où elle a redoublé de sanglots.
Je lui ai doucement caressé le front, les tempes, la commissure des yeux.
– Là ! Là ! C’est tout… C’est tout…
Elle s’est peu à peu calmée, m’a souri à travers ses larmes.
– Je suis idiote. Je suis vraiment idiote.
– Si tu me disais de quoi il retourne plutôt…
– C’est pas facile…
– Essaie toujours…
– C’est à cause de vous.
– De moi ?
– Oui. Enfin non. C’est que je sais pas ce que je dois faire. Enfin, si, je le sais ! Si ! C’est une chance inouïe que j’ai là. Mais c’est pas simple quand même.
– Si tu t’efforçais d’être un peu plus claire.
– J’avais fait la demande. Sans vraiment y croire. Et je suis prise. Dans une grande école de psycho. La plus grande. À New York.
– Hein ? Mais c’est magnifique !
– Oui, dans un sens, oui. Bien sûr. Mais dans un autre, je vais plus vous voir. Ce sera fini tout ce qu’on vit là.
– On s’écrira. On se verra par Internet. On se racontera.
– Au début, oui. Et puis après vous m’oublierez. C’est toujours comme ça que ça se passe. Pour tout le monde.
– T’oublier ? Alors ça, c’est complètement impossible.
Elle a haussé les épaules.
– Bien sûr que si ! Il y a Alexandra. Il y a Morgane. Et puis il y a pas que ça. Vous avez une grande maison. Avec piscine et tout le tintouin. Alors vous pensez bien que des filles qui voudraient être à ma place, il y en a tout un tas. J’en connais. Qui auront rien de plus pressé que de venir vous assiéger. Et vous, bonne pâte comme vous êtes, vous finirez par vous laisser embobiner. Surtout qu’elles, elles auront pas de scrupules. C’est le genre à coucher pour arriver à leurs fins, alors là ! Et qu’il y en ait d’autres dans ma chambre, dans mon lit, rien que d’y penser, vous pouvez pas savoir ce que ça me fait…
– Il y en aura pas. Je te promets.
– Mais même ! Me passer de vous, plus vous voir, plus faire tout ce qu’on fait ensemble depuis des semaines, c’est trop dur.
– Ça n’aura qu’un temps.
– Trois ans. Au moins.
– C’est pas la mer à boire. D’autant que je ferai des petits sauts là-bas de temps à autre.
– C’est vrai ? Souvent ?
– Le plus souvent possible.
– C’est pas une réponse, ça !
– Alors disons… Une fois par mois. Au moins. Ça te va ?
Elle m’a sauté au cou.
– Vous êtes un amour. Mais vous le ferez, hein ? Vous le ferez vraiment.
– Tu m’as déjà vu ne pas tenir mes promesses ?
– Jamais, non. Je vais peut-être partir alors finalement, du coup !
– T’as tout intérêt ! Parce que je te flanque une fessée sinon ! Comme t’as fait au voisin, là !

mardi 29 octobre 2019

Clorinde, ma colocataire (53)


Elle a attendu que sa porte, à côté, se soit ouverte, refermée et elle a éclaté d’un long fou rire silencieux.
– Trop forte, la fille ! Trop forte ! Non, mais vous avez vu ça, l’autre ? Il a suffi que je lui ordonne : « Allez, hop, baissez-moi tout ça que je vous mette une fessée ! » et ni une ni deux, il s’est flanqué le cul à l’air.
– Parce qu’il avait une trouille bleue, ça se voyait, que tu mettes tes menaces à exécution, que t’ailles raconter un peu partout ce qu’il s’était passé. Ce qu’il ne voulait à aucun prix. Il avait pas envie d’avoir à raser les murs.
– Et pas seulement ça, moi, je crois… Parce que vous avez vu la tête d’obsédé qu’il a ? Je suis bien tranquille qu’il y a plein de filles et de couples qui y attrapent avec lui dans l’immeuble. Qu’il se faufile un peu partout pour regarder ou écouter, la queue à la main. Alors que je vende la mèche et il serait complètement grillé. Tout le monde se méfierait de lui. Et c’en serait définitivement terminé de ses petites activités de voyeur. Alors oui, mieux valait une bonne fessée, tout compte fait, et qu’on n’en parle plus.
– Tu y es pas allée de main morte en tout cas !
– Oh, pas tant que ça, moi, j’trouve !
– Hein ! Ben, je sais pas ce qu’il te faut. T’as pas entendu comment il piaulait ?
– Parce qu’il est doudouille.
– Et dans quel état il avait les fesses quand t’en as eu terminé ?
– Parce qu’il marque facilement.
– Non, je t’assure ! C’était une de ces corrections !
– Je me suis pas rendu compte. Attendez ! Écoutez ! Écoutez ! Vous entendez pas ?
– Quoi donc ?
– Sa douche !
– Faut bien qu’il se rafraîchisse un peu le derrière. Après ce qu’il vient de subir, le pauvre, c’est une nécessité absolue.
– Oui, mais soi-disant qu’elle était en panne. Elle marche en fait.
– Tu en doutais ?
– Non. Bien sûr que non.
Elle a plissé les yeux, froncé les sourcils, s’est mordu la lèvre inférieure.
– Ça me perturbe drôlement n’empêche ce que vous venez de me dire, que j’y allais vraiment fort, parce que, si c’est vrai, hein, je me rendais pas compte. Pas du tout.
– Tu y prenais du plaisir en tout cas, ce qu’il y a de sûr.
Elle a esquissé un petit bout de sourire.
– Ça se voyait tant que ça ?
– Et comment !
– Oui, mais vous, vous me connaissez ! Mieux que personne. Alors ça vaut pas.
Elle s’est laissée tomber sur le lit.
– Vous savez ce que je me demande ? Ben, si ça lui plaisait pas, tout compte fait, à lui que je le lui claque, le derrière. Non, parce que vous avez vu ? Il bandait.
– C’était peut-être purement mécanique.
– Peut-être, oui. Et puis peut-être pas. Parce qu’un type de son âge, ça l’excite, si ça tombe, de se faire tanner le cul par une gamine comme moi, allez savoir ! Pourquoi pas après tout ? Vous aimez bien, vous, quand je vous mords.
– C’est pas que j’aime bien…
– Ah, non ? C’est quoi alors ?
– C’est que…
– C’est que vous aimez que j’aime vous le faire. Ce qui revient au même finalement.
Elle m’a fait signe.
– Venez avec moi ! Venez près de moi.
Elle m’a pris la main.Et s’est brusquement rembrunie.
– Comment j’aimerais pas ça plus vous avoir avec moi.
– Il y a pas de raison.
– On sait pas. On peut pas savoir.
Et elle s’est blottie contre moi.

mardi 22 octobre 2019

Clorinde, ma colocataire (52)


– Alors ? Votre journée ? Vous l’avez vue, Mégane ? Oui ? Et c’était bien ?
– Plus que bien. Elle se laisse de plus en plus aller. Une vraie boule de jouissance. Faut dire aussi qu’avec tout le retard qu’elle a à rattraper…
– Ah, ça ! Oui, mais faites gaffe alors ! Elle va vous mettre sur les rotules à force. D’autant qu’il faudrait pas que vous oubliiez que vous avez aussi Alexandra à satisfaire !
– Mais j’oublie pas !
– Tiens, d’ailleurs, à propos, je l’ai vue, elle, cet après-midi…
– Ça allait ?
– Ça allait, oui ! On a beaucoup parlé toutes les deux. Et elle envisage très sérieusement de mettre un terme à sa relation avec notre magnétiseur, là. Ce que je peux parfaitement comprendre, maintenant que j’ai baisé avec.
– Tu lui as dit ?
– Que ? Je me l’étais tapé ? Ça va pas, non ! Vous me prenez pour une demeurée ? C’était la dernière des choses à faire. Mais elle, par contre, elle a été en veine de confidences. En fait, contrairement à ce qu’on a pu croire, vous et moi, ça a jamais été vraiment folichon entre eux, côté cul. Le plus souvent, elle faisait semblant.
– Pourquoi elle restait avec alors ?
– Par habitude. Pour pas être toute seule. Pour se donner l’illusion d’avoir quelqu’un. Ou tout ça ensemble. Il peut y en avoir plein des raisons. Mais enfin toujours est-il que ça n’a plus beaucoup d’importance maintenant. Parce qu’elle va le quitter. C’est quasiment fait. Et c’est de votre faute.
– De ma faute ? Comment ça, de ma faute ?
– Vous êtes tout seul. Vous êtes libre. Et vous avez tout plein d’autres qualités. Alors forcément une nana, ça lui donne envie de vous mettre le grappin dessus.
– Oh, tu crois ?
– Je crois pas. Je suis sûre. Seulement vous, les types, c’est le genre de choses que vous voyez pas. Ou bien alors quand il est trop tard, que le mal est fait, que vous êtes complètement englués. Mais bon, je vous aurai prévenu, hein ! Elle va sortir le grand jeu. Tout faire pour vous enfumer. Tenez-vous le pour dit. Parce que je serai peut-être pas toujours derrière vous pour veiller au grain.
– Ce qui signifie ?
– Non, rien. Allez nous chercher le Vincent à côté, tiens, plutôt ! Ça nous distraira un peu.

J’ai frappé. Il a entrouvert la porte.
– Ah, c’est vous. Entrez ! Je suis désolé, hein, pour ce matin.
– Elle veut vous voir.
– Là ? Maintenant ? Tout de suite ?
– Ben oui, maintenant, pas dans six mois.
– Elle est très fâchée ?
J’ai haussé les épaules.
– Oui, bon, j’arrive. J’arrive.

Elle s’est redressée de toute sa hauteur.
– Ah, vous voilà, vous ! Vous êtes content de vous ?
Il s’est littéralement liquéfié.
– Oui… Non… C’est que…
– Parce que moi j’ai la gentillesse de vous rendre service. Et vous, vous en profitez pour vous comporter comme le dernier des grands dégoûtants. Ah, c’est bien ! Bravo ! Bravo !
– Mais non, mais…
– Mais quoi ? Qu’est-ce que vous allez bien pouvoir trouver pour justifier ça ? Hein ? Alors ? J’attends. J’écoute.
Il n’a pas répondu. Il a baissé la tête en jouant nerveusement avec ses doigts.
– Rien. Évidemment, rien. Ça peut pas se justifier, un truc pareil. Bon, mais vous savez pas ce que je vais faire, moi, du coup ? Mettre tout l’immeuble au courant qu’il y a un pervers qui y habite.
– Vous n’allez pas faire ça ?
– Je vais me gêner ! C’est faire œuvre de salubrité publique n’importe comment. Il faut bien que les femmes sachent à quoi s’en tenir avec vous, qu’elles se protègent de vous.
Il s’est fait implorant.
– Je vous en supplie. Je vais passer pour…
– Pour ce que vous êtes. Bon, écoutez ! Trêve de bavardages. Je veux bien vous laisser une dernière chance.
Il a levé sur elle un regard plein d’espoir.
– Et ne rien dire à personne. Mais, par contre, en échange de mon silence, je vais vous punir. Une bonne fessée. C’est plus que mérité, avouez ! Allez ! Baissez votre pantalon !
Il a obtempéré.

mardi 15 octobre 2019

Clorinde, ma colocataire (51)


Une fois la porte refermée, elle a été prise d’un immense fou rire.
– Sa tête ! Non, mais sa tête ! Comment il était trop marrant ! Vous avez vu ça ? Oh, mais on va pas s’arrêter en si bon chemin. On va te lui mijoter un de ces petits feux d’artifice qu’il va s’en souvenir un sacré moment.
Elle s’est laissée tomber de toute sa hauteur sur le lit.
– Bon, mais en attendant on va s’occuper de nous. Parce que c’est bien beau les deux autres, là, avec qui vous vous envoyez allègrement en l’air, mais si j’y mets pas un peu du mien, si je reprends pas la main, il va plus y en avoir que pour elles et vous allez me mettre vite fait sur la touche.
– Tu sais bien que non.
– Oui, oh, alors ça ! Ben, venez là ! Sur le lit avec moi. Restez pas planté. Et dites-moi : de quoi vous avez envie ?
Elle a soupiré.
– Je sais ce que vous allez dire. Je le sais. Que j’ai qu’à choisir. Vous êtes d’un chiant avec ça ! Finalement…
Elle s’est redressé sur un coude.
– Finalement, ce que ça veut dire, si on y réfléchit bien, c’est que vous en avez rien à battre, qu’il y a rien qui vous tente vraiment avec moi.
– Ah, tu crois ça, toi !
– Ben, prouvez-moi le contraire alors !
– Ce dont j’ai très envie, là, maintenant, tout de suite, c’est de te regarder en bas.
– De me regarder ? Ma chatte ? Mais vous l’avez déjà vue des milliers de fois !
– Je m’en lasse pas.
– Dans ces conditions…
Et elle a retiré son pantalon. Voulu faire glisser la culotte.
– Attends ! Attends ! Que je te la devine d’abord à travers.
Elle a ri.
– Oh, mais c’est qu’on serait fin gourmet…
Je me suis penché. Approché. Penché encore.
Elle a remonté la culotte qui lui a épousé les lèvres au plus près. Qui les lui a sculptées.
J’ai posé les mains sur ses hanches et je me suis absorbé dans ma contemplation.
Elle a murmuré.
– Je sens votre souffle. Même à travers. Il est tout chaud.
Une petite tache humide a perlé.
– Tu aimes que je te regarde ?
Elle n’a pas répondu. La tache s’est étendue.
J’ai glissé mes deux pouces, de chaque côté, sous l’élastique. Elle a soulevé les fesses pour laisser passer. Je la lui ai descendue. Complètement retirée. Elle s’est ouverte un peu plus au large. Et je suis revenu à son encoche ciselée. Je me suis enivré, du regard, de ses replis nacrés. De ses méandres ourlés.
Un peu de mouille a ruisselé le long de sa fesse. Je l’ai recueillie du bout du doigt, portée à mes lèvres.
– Tu as bon goût.
Elle m’a doucement repoussé.
– Chut ! Il faut pas abuser des bonnes choses. Jamais.
Elle s’est penchée, m’a effleuré les lèvres des siennes.
– La prochaine fois vous pourrez avec votre langue, si vous voulez.
Tu parles si je voulais !
– Quand ?
– Bientôt. Faut qu’on profite à plein l’un de l’autre n’importe comment parce que…
Elle n’a pas achevé.
– Parce que quoi ?
– Non, rien. J’ai pas envie d’en parler.

mardi 8 octobre 2019

Clorinde, ma colocataire (50)


– Oh, vous vous réveillez ?
Je me suis redressé d’un bond, le cœur battant à tout rompre.
– Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
– Ah, quand même ! Eh, ben dis donc, ça vous réussit pas à vous, à ce qu’on dirait, de baiser à tout-va.
– Tu m’as fait une de ces frayeurs !
– Oh, le pauvre chéri ! Bon, mais dépêchez-vous ! On va être en retard.
– En retard ? Mais pour quoi faire ? On va où ?
– Là-bas. Chez moi. Grouillez, j’vous dis ! Habillez-vous ! Je vous expliquerai dans la voiture.

Au-dehors il faisait encore nuit noire.
– Forcément ! Il est que six heures. Vous avez pas une petite idée de ce qu’on va faire ?
– Pas la moindre, non.
Elle a soupiré.
– Faut vraiment tout vous expliquer à vous, hein ! Bon alors… le Vincent dans l’appart à côté qu’a son chauffe-eau en panne, à qui j’ai donné un double des clefs pour qu’il puisse venir se laver, il en a profité pour faire quoi à votre avis ?
– Fouiller un peu partout ?
– Il y a toutes les chances, oui. Et à la recherche de quoi ? Vous savez pas ? Même pas une petite idée ? Faut tout vous expliquer à vous, hein ! Ben, de mes petites culottes, tiens ! Qu’il a trouvées. Forcément. C’était pas bien difficile. Et il en a fait quoi ? Ben, il est allé se jeter sur notre lit avec, tiens ! Là où il s’imaginait nous avoir entendus baiser. Il a enfoui sa tête dans mon oreiller, dans mon parfum, et il s’est acharné sur sa queue comme un forcené. Et vous pouvez être tranquille qu’il a pas mis trois heures à décharger, alors là !
– Ça se tient, ton truc.
– Un peu que ça se tient. Et même que, dans la foulée, il est resté carrément dormir dans notre lit. Il y dort tous les soirs, vu qu’il est convaincu qu’on y reviendra pas tout de suite. Et donc…
– On va aller le prendre sur le fait.
– Voilà. Vous avez tout compris. Et on risque de bien s’amuser, non, vous croyez pas ?

Elle a collé son oreille à la porte, mis un doigt sur ses lèvres et chuchoté.
– Il est là. Il ronfle. Allez ! À la une, à la deux et à la trois !
Elle a ouvert la porte en trombe, a allumé la lumière.
Il s’est assis dans le lit, hirsute, l’air affolé.
– Je…
– Vous, quoi ? Et qu’est-ce que vous fichez dans mon plumard d’abord ?
– Rien. Rien. Je passais.
Elle a froncé les sourcils.
– Vous passiez ?
– Oui, mais je m’en vais. Je m’en vais. Je pars.
Il s’est précipitamment levé, s’est jeté sur son pantalon de pyjama. Qu’elle ne lui a pas laissé le temps d’enfiler. Qu’elle lui a arraché des mains.
– Ah, non, vous ne partez pas, non ! Pas avant de m’avoir expliqué ce que vous faisiez là. Eh bien ? J’attends.
– Je…
– Oui ?
Elle a brusquement poussé un cri horrifié.
– Mais c’est ma culotte, là, par terre ! C’est ma culotte ! Ah, mais je comprends mieux. Vous vous branliez dedans, hein, grand dégoûtant que vous êtes !
– Mais non, mais…
– Bien sûr que si ! Allez me la chercher !
Il la lui a tendue, tête basse, la queue pendouillant entre les jambes.
Elle l’a giflé avec. Par deux fois.
– Fichez-moi le camp ! Allez, ouste ! Dehors !
Et elle l’a expédié tout nu dans le couloir.

mardi 1 octobre 2019

Clorinde, ma colocataire (49)


Mégane était déjà là.
On s’est précipités dans les bras l’un de l’autre.
Il était tôt. Trop tôt pour passer à table.
– Vous voulez qu’on fasse quoi en attendant ?
Elle a souri.
– Qu’on se tutoie.
– Bien. Alors… Tu veux qu’on fasse quoi ?
Elle a haussé les épaules.
– N’importe !
Et on s’est promenés, main dans la main, dans le petit parc autour de l’auberge.
– Tu sais quoi ? J’ai failli pas venir.
– Ah, oui ! Et pourquoi donc ?
– Parce que… Parce que j’avais peur de ce que t’allais penser de moi.
J’ai froncé les sourcils.
– Ben oui, attends ! Tout juste si on s’est vus trois fois et je me jette à ton cou. Alors tu serais en droit de penser…
– De penser quoi ?
Elle a cherché ses mots.
– Que je suis… Que je n’ai pas… C’est la première fois, tu sais ! Que je fais ça. Que je rencontre un homme en cachette. Depuis que je suis mariée, c’est la première fois. Si, c’est vrai, hein !
– Mais j’ai jamais prétendu le contraire.

Clorinde a levé les yeux au ciel.
– Oh là là ! Mon pauvre ! Vous avez tiré le gros lot, là. La fille qui veut, mais qui veut pas. Tout en voulant quand même. Qui transpire la culpabilité de partout, c’est la purge, ça ! Vous avez pas fini de vous en voir. Vous avez réussi à la tirer au moins ?
– Une fois avant de passer à table. Et une fois après.
– Ah, quand même ! Et c’était bien ?
– Disons qu’elle avait beaucoup d’appétit.
– Tu m’étonnes ! La nana qu’a rien vu venir depuis des mois… Bon, mais racontez, quoi !
– Qu’est-ce tu veux que je raconte ?
– Faites bien l’imbécile ! Ben, comment ça s’est passé, tiens !
– Le premier coup, c’était un peu empoté. Mais alors le deuxième coup, par contre…
– Elle s’est lâchée…
– C’est le moins qu’on puisse dire… Pour donner de la voix, elle a donné de la voix, ça !
– Elle est bien fichue ? De corps ? Elle est bien fichue ?
– Elle a des seins magnifiques. Juste comme il faut. Bien en chair. Mais pas trop quand même. Et puis alors réactifs d’une force ! Quand tu en prends les pointes dans la bouche…
– Elle vous a sucé ?
– Pas encore, non !
– Et vous ? Vous lui avez fait minette ?
– Non plus.
– Et après ? Quand vous avez eu fini ? Elle vous a reparlé de son mari, je suis sûre.
– Un peu.
– Ben, tiens ! Et elle vous a dressé une liste de griefs contre lui longue comme ça. Histoire de se dédouaner de l’avoir trompé. Bon, mais vous vous revoyez quand ?
– Après-demain. En principe…
– Déjà ! Eh, mais c’est que vous allez être très très pris, là ! Mégane. Alexandra. Oubliez pas un truc, hein, dans tout ça. C’est que je suis prioritaire.