mardi 17 septembre 2019

Clorinde, ma colocataire (47)


Elle a jeté son sac sur la petite table de l’entrée.
– Changement de programme !
– Hein ! Elle vient plus, Alexandra ?
– Oh, mais paniquez pas comme ça ! Si ! Enfin non ! Non, ce qu’il y a, c’est qu’on a encore discuté toutes les deux et que ce qu’elle aimerait, c’est que ce soit en boîte qu’ils se passent les travaux d’approche. C’est son truc à elle, ça ! Parce que son premier mec, celui qui l’a dépucelée, c’est là que… Enfin bref, je vous passe les détails. Toujours est-il qu’on ira en boîte. Et que je me tirerai vite fait. Comme convenu. D’autant que j’ai rendez-vous avec son magnétiseur d’amant, là.
– Ah, oui ? Ça y est ! Et elle est au courant ?
– Ça va pas, non ? Vous êtes pas bien ? Il y a des choses qui ne se font pas. Parce qu’elle a beau dire qu’elle en a rien à foutre, que c’est juste pour le cul avec lui, dans ce genre de situation, t’as tout intérêt à marcher sur des œufs. Parce qu’il y a des nanas, c’est quand on veut leur piquer le mec auquel elles tiennent soi-disant pas qu’elles en tombent amoureuses. Et ça vous retombe sur le coin de la figure. Vous devriez savoir ça depuis le temps.
– Et alors Mégane ce soir, du coup, elle va se retrouver toute seule.
– Pas grave. Elle passera la soirée à penser à vous. Ce n’en sera que meilleur demain. Pour elle comme pour vous.

C’est d’abord Clorinde que j’ai invitée à danser.
– Vous voulez faire diversion, oui, je comprends bien, mais ça vous sert strictement à rien. Parce que vous jouez sur du velours, je vous dis ! Elle va vous tomber toute rôtie dans le bec. Alors allez-y ! Foncez !
– Oui, mais…
– Mais quoi ?
– J’ai aussi envie de danser avec toi.
– C’est gentil, mais on en aura d’autres, des occasions. Plein d’autres. Parce que je sais pas si vous avez remarqué, mais on vit ensemble au quotidien, hein ! Je file n’importe comment. Henri m’attend.

Et j’ai fait danser Alexandra. Qui a suivi des yeux Clorinde en train de prendre la poudre d’escampette.
– Elle va où ?
– Aucune idée. Elle me dit pas tout, hein ! Elle vit sa vie de son côté. Et moi, la mienne du mien. Mais, la connaissant, il y aurait quelque séduisant jeune homme là-dessous… À l’attendre quelque part…
On s’est souri.
Elle s’est abandonnée plus librement contre moi. Mes mains sont descendues, sont venues se loger au creux de ses reins. Juste au-dessus des fesses. Elle a posé sa tête contre ma poitrine. Et on s’est tus.
Mon souffle dans ses cheveux. Elle a eu un imperceptible frémissement. Je les ai effleurés de mes lèvres. Sa poitrine s’est soulevée plus vite. En bas je me suis dressé vers elle, pressé contre elle. Elle n’a pas tenté de se dérober. Elle a levé vers moi des yeux pleins de désir. Je me suis penché. Et nos lèvres se sont jointes.
Un quart d’heure plus tard, on était chez moi.

mardi 10 septembre 2019

Clorinde, ma colocataire (46)


Mégane n’était pas sur le terrain. Elle s’était réfugiée à l’intérieur. Et elle pleurait à chaudes larmes.
– Ben, qu’est-ce qui vous arrive ? C’est quoi, ce gros chagrin ?
– Rien. C’est rien.
– Mais si ! Dites !
– C’est que…
Et ses larmes ont redoublé. Se sont transformées en sanglots.
– Allons ! Allons !
Je l’ai prise dans mes bras. Elle s’est abandonnée contre moi. Je lui ai doucement caressé la joue. La tempe. La nuque.
Elle s’est calmée, a relevé la tête, m’a souri à travers ses larmes.
– Venez vous asseoir. Venez !
Sur le banc à côté des casiers. Je lui ai pris la main, ai entrecroisé mes doigts avec les siens. Elle m’a encore souri.
– C’est votre mari, hein !
Elle a fait signe que oui. Oui.
– Il a été odieux. Plus bas que terre il m’a mise. Que je suis invivable. Que personne pourrait me supporter. Personne. Et qu’il se demande ce qu’il fout encore avec moi.
Elle s’est tue. J’ai posé sa main sur ma cuisse. Elle l’y a laissée, a levé sur moi un regard bouleversé.
– Vous me trouvez moche, vous ?
– Jamais de la vie ! Vous êtes mignonne comme tout.
– Vous dites ça pour me faire plaisir.
– Je vous assure que non.
– C’est gentil. Et ça fait du bien. Parce que c’est pas facile à vivre, vous savez, quand votre mari vous trouve tous les défauts du monde.
– Oui, mais enfin, il a pas toujours dit ça…

Clorinde s’est étirée.
– Oui. Bon, bref. Vous avez fait la causette. Un bon bout de temps. Elle, à se lamenter. Et vous, à la consoler. Et puis après, vous l’avez embrassée. Non ?
– Un peu.
– Tu parles ! Je suis bien tranquille que vous vous êtes roulé pelle sur pelle un sacré moment, oui ! Et que vous, vous, en avez profité pour laisser traîner vos paluches ici et là. C’est pas vrai peut-être ? Bon, mais alors finalement, vous l’avez décroché le jackpot ou pas ?
– Sur le banc, avec le risque que quelqu’un déboule à tout moment, les conditions n’étaient pas vraiment idéales.
– Et donc, la partie de jambes en l’air est reportée à une date ultérieure. C’est pour bientôt ?
– On doit déjeuner, demain midi, dans une petite auberge de campagne, à l’écart de tout.
– Avec des chambres au-dessus, j’imagine. Je suis pas sûre que ce soit une bonne idée.
– Ah, non ? Pourquoi ?
– Parce que vous n’avez plus vingt ans. Et qu’une rude soirée vous attend. J’ai invité Alexandra.
– Oui, mais Alexandra…
– N’attend que ça. Vous entendriez comment elle parle de vous. « J’ai jamais eu autant envie avec un type. Jamais. Rien qu’à le voir, rien qu’à penser à lui, tu peux pas savoir ce que ça me fait. Non, mais comment il est séduisant, c’est de la folie. Et patati et patala. » Vous allez quand même pas la laisser dans cet état-là ! Ce serait inhumain. Et puis, de toute façon, vous aurez pas le choix.
– Comment ça ?
– Je recevrai un coup de téléphone urgent. Et je serai obligée de vous laisser tous les deux.
– T’as calculé ça avec elle, je suis sûr.
– Ben, évidemment !
– Tu es démoniaque.
– Comme si vous le saviez pas déjà !

mardi 3 septembre 2019

Clorinde, ma colocataire (45)


Elle a voulu qu’on aille passer la nuit « chez elle ».
– Parce que le pauvre Vincent, à côté, si sa douche est toujours pas réparée, il doit commencer à puer.
Elle s’est déshabillée, allongée toute nue sur le lit. Sans l’ouvrir.
– Non, et puis c’est bien beau Alexandra, Mégane, le magnétiseur, tout ça, mais il faut aussi qu’on soit dans notre truc à nous. Parce que c’est ça le plus important, non ?
J’en étais bien d’accord. Et je suis venue m’étendre auprès d’elle.
Elle m’a posé la main sur la queue.
– Même qu’on couche pas, j’ai des droits dessus. Bien plus que n’importe qui d’autre.
Elle me l’a lissée. Du bout du doigt. L’a fait grimper. Contemplée. A déposé un petit baiser au bout.
– On fait quoi ? Qu’est-ce vous avez envie ?
Je savais pas. Ce qu’elle voulait, elle. Qu’elle décide !
– C’est toujours moi ! Vous êtes pas marrant à force.
Elle s’est soulevée, appuyée sur un coude.
– C’est trop marrant des couilles, n’empêche !
J’ai senti son souffle dessus. Elle leur a envoyé une petite pichenette. Une autre.
– C’est complètement improbable en fait comme truc.
Elle en a pris la peau entre ses dents, a serré, relâché.
– Faudra que je vous les morde un jour… Un bon coup. Un jour que j’en serai bien. Bon, mais allez ! Qu’est-ce qu’on fait ?
Elle s’est penchée à mon oreille. A chuchoté, rieuse.
– On le fait s’astiquer, le Vincent, là, de l’autre côté ?
Elle a sorti son petit enregistreur.
– Qu’est-ce que je vais lui choisir ? Oui, cette fois-là, tiens ! C’était à l’hôtel. Et je savais qu’on pouvait m’entendre autour. Un type surtout qu’avait pas arrêté de me lorgner de tout le repas.
Elle a mis en mode lecture. Ses soupirs. Ses halètements. Ténus d’abord. Retenus.
On s’est levés sans bruit. On s’est approchés de la cloison. On y a collé l’oreille.
Elle m’a fait signe, de sa main refermée, agitée de haut en bas. Et de bas en haut. « Ça y est ! Il y va. »
C’était vrai. On percevait un souffle précipité, accompagné de légers crissements réguliers de matelas.
Sur le lit, dans le petit enregistreur, elle s’est emballée. En grondements sourds. Qui se sont amplifiés. Qui sont devenus raz-de-marée de jouissance éperdue. Clamée à pleine voix.
Elle s’est silencieusement accompagnée, l’index en tourbillons impétueux sur son bouton, l’oreille plaquée contre la cloison, les yeux fixés sur ma queue dressée dont je m’occupais avec conviction.
À côté, il est allé plus vite, plus profond. Il a lâché un cri étouffé. Un seul.
Elle a fermé les yeux, renversé la tête en arrière, entrouvert la bouche. Et joui sans bruit. Et puis elle s’est penchée à mon oreille.
– Qu’est-ce que vous pariez que demain il va se pointer à la première heure ? En se disant qu’avec un peu de chance je serai à moitié à poil.

Ce qui n’a pas loupé.
Sauf qu’elle s’était levée avant. Et habillée.
Dans son regard est passé un éclair de déception. Qu’il a très vite réprimé.
Elle lui a souri.
– Votre chauffe-eau est toujours en panne ?
– Je sais pas s’il le sera un jour. Pour avoir un professionnel au jour d’aujourd’hui, c’est la croix et la bannière.
Ben tiens ! Il devait pas trop les bousculer non plus.

Quand il est sorti de la douche, elle lui a tendu un double des clefs.
– On risque d’être absents quatre-cinq jours. Alors hésitez pas, hein, venez vous doucher. Faites comme chez vous !

mardi 27 août 2019

Clorinde, ma colocataire (44)


Elle a jeté son sac sur le fauteuil, près de l’entrée.
– Alors ! La bouliste ? Eh ben, racontez, quoi !
Elle m’a écouté, jusqu’au bout, sans jamais m’interrompre, avec infiniment d’attention.
– C’est tout ?
C’était tout, oui.
– C’est clair comme de l’eau de roche où elle veut en venir, attendez ! Parce qu’une nana qui fait des confidences comme ça à un type qu’elle a à peine vu trois fois, elle a forcément des idées derrière la tête. Et là, elle y est pas allée par quatre chemins, elle. « Il y a six mois qu’il m’a pas tirée. » Si c’est pas un appel du pied, ça, à moi la peur ! Et je donne pas huit jours avant que vous l’ayez grimpée dans votre lit. Maintenant, je sais pas. Peut-être que c’est le genre avec qui il va falloir que vous mettiez quand même un peu les formes. Qui veut pas admettre que c’est juste un plan cul. Qui va vous demander d’être son confident pour enrober tout ça. Qui en a peut-être réellement besoin, d’ailleurs. Mais de toute façon, à l’arrivée, le résultat sera le même. Ce sera nique-nique. Et je la comprends, la pauvre ! Parce que si c’est être mariée pour jamais voir le loup… Et à trente ans en plus…
Elle a esquissé un petit sourire mutin.
– Pourquoi tu te marres ?
– Non. Pour rien. Je pense à un truc.
– Ben, dis !
– Oh, non ! Vous allez me trouver vraiment très très tordue.
– Mais si ! Dis !
– Non. Ce que j’imaginais, c’est que c’était à l’hôtel là-bas que vous alliez la retrouver. Dans la chambre même où son mari s’envoie en l’air avec sa collègue Alexandra.
– C’est vrai que t’es particulièrement tordue. Mais c’est aussi ce qui fait ton charme. Entre autres choses, bien sûr !
– Bon, mais en attendant, puisqu’on parle d’Alexandra, vous savez ce que j’ai fait aujourd’hui ?
– T’avais pas un partiel ?
– Si ! Mais je me suis tirée au bout de dix minutes. Ça servait à rien que je reste. Quand on sait pas, on sait pas. Et donc, je suis passée lui rendre une petite visite à Alexandra, histoire de voir comment elle avait vécu notre petite soirée d’hier et, surtout, ce qu’elle avait pensé de vous. Elle avait pas beaucoup de temps à m’accorder, parce qu’elle partait bosser, mais j’ai pas été déçue du voyage.
– Comment ça ?
– Ben, vous lui avez carrément tapé dans l’œil, oui ! Elle a pas arrêté de me chanter vos louanges. Sur tous les tons. Comment vous êtes calme ! Rassurant ! Et puis beau avec ça ! « Il a vraiment un charme fou… » Non, mais alors là, elle me comprenait pas. Pas du tout ! « Je peux te dire que moi, je vivrais sous le même toit qu’un type comme ça, je me poserais pas de questions, alors là, je foncerais ! » Oh, mais elle pouvait, hein ! Je n’y voyais pas, pour ma part, le moindre inconvénient. Qu’elle se fasse plaisir ! Qu’elle s’éclate ! Ben, franchement, elle avait bien envie de se laisser tenter. Parce qu’il y avait des éternités qu’un type l’avait pas remuée comme ça. Et donc, à moins qu’elle vous inspire vraiment pas…
– Tu sais bien que si !
– Ah, ben ça, vous me diriez le contraire. Vu comment vous lui matez le cul chaque fois que l’occasion se présente… Bon, ben il y a plus qu’à l’inviter. Et le plus tôt sera le mieux. Comment vous allez jouer sur du velours, vous, n’empêche…
– Mais son magnétiseur, là ?
– Lui ? Il n’en a pas été du tout question. Mais, à mon avis, c’est pas le genre de fille à qui ça pose un problème de courir deux lièvres à la fois. À vous non plus, j’espère ! Parce que, si tout se passe bien, vous allez être pris entre deux feux, là. La maîtresse et la légitime. C’est pas banal, avouez, comme situation. Je me demande d’ailleurs si moi, pendant ce temps-là, je vais pas s’occuper de son cas, du coup, au magnétiseur. Histoire de faire bonne mesure. Oui, je crois bien que moi aussi, je vais me laisser tenter.

mardi 20 août 2019

Clorinde, ma colocataire (43)


Le lendemain matin, devant son café au lait, elle tirait une tronche de douze kilomètres.
– Holà ! Ça va pas, toi !
Ah, non, ça allait pas, non !
– Faut que j’aille à la fac. Je peux pas y couper : il y a un partiel. Et ça m’emmerde ! Si vous saviez ce que ça m’emmerde. Parce que, de toute façon…
Elle a soupiré, léché sa cuillère.
– Vu que j’ai strictement rien révisé… Bon, mais vous allez faire quoi, vous, pendant ce temps-là ?
– Un petit tour à la pétanque, sûrement !
– Ben, tiens ! Bonne chance alors ! Vous me raconterez ?
– Tu sais bien que oui !

Mégane était là, toute seule, fidèle au poste, à s’entraîner.
– Vous allez croire que j’y passe ma vie, mais il me reste tout un tas de congés à prendre. Alors j’en profite. Et puis il faut bien que de temps en temps, il y ait quelqu’un qu’assure une permanence ici. Bon, mais vous voulez jouer ?
C’était pas de refus, oui.
– Et moi, ça m’arrange. Parce que jouer toute seule, c’est pas vraiment l’idéal.
On a équitablement entrelacé parties et pauses. Des pauses dont j’ai profité pour essayer de la faire parler un peu d’elle. De son métier.
– Oui, oh, vous savez, caissière en grande surface, ça n’a rien d’exaltant.
De ses hobbies.
– À part la pétanque, je peux pas dire qu’il y ait grand-chose qui me passionne.
Elle avait des enfants ?
Oui, oh, alors là, c’était un sujet… Elle aurait aimé, oui. Évidemment qu’elle aurait aimé. Comme tout le monde. Seulement…
– Votre mari n’en veut pas.
– C’est pas qu’il en veut pas, c’est que…
Elle a marqué un long temps d’arrêt.
– Il m’a pas touchée depuis six mois.
– Ah !
Elle a haussé les épaules.
– Ce qui revient au même, finalement.
Je voulais pas être indiscret, mais…
– Il a quelqu’un d’autre ?
Peut-être. Elle savait pas. Il y avait des jours où elle se disait que oui, forcément, il avait une maîtresse. Et d’autres, où elle n’était plus certaine de rien.
– Ce qu’il y a de sûr, par contre, c’est qu’il me voit plus. Je suis complètement transparente à ses yeux. Et ça fait mal. Vous pouvez pas savoir ce que ça fait mal. Et comment voulez-vous, en dehors du fait qu’il se passe plus rien entre nous sur le plan sexuel, comment voulez-vous que je puisse envisager d’avoir des enfants avec lui ? Alors que j’arrête pas de me demander combien de temps ça va pouvoir encore durer comme ça tous les deux ? Si c’est pour qu’on se sépare six mois après et que le gamin soit ballotté en permanence de droite et de gauche, non, merci bien.
– Vous l’aimez encore ?
Elle a poussé un profond soupir.
– Que je l’aie aimé, ça, c’est sûr. On a eu trois ans de pur bonheur. Sans le moindre nuage. Et puis, petit à petit, ça s’est effiloché. Comment ? Pourquoi ? Ça reste pour moi un mystère. Peut-être qu’il y a un cap qu’on n’a pas su franchir. Ou que c’est dans l’ordre des choses. Ce que j’éprouve pour lui maintenant ? Franchement, je sais pas. Je sais plus. Peut-être que le mot qui conviendrait le mieux, ce serait affection. Une certaine affection. Et c’est horrible, si on y réfléchit bien.
Elle s’est levée.
– Mais je vous embête avec mes histoires.
– Pas du tout, non.
– Allez, venez, on joue.

mardi 13 août 2019

Clorinde, ma colocataire (42)


C’est Clorinde qui a fait faire à Alexandra le tour du propriétaire.
– Je peux ?
– Bien sûr…
– Alors là, c’est le séjour… Regarde-moi ça ! Non, mais regarde-moi ça ! Et puis alors la vue !
Qu’elle ne lui a pas laissé le temps de contempler. Elle l’a entraînée dans la cuisine.
– Tu te mets aux fourneaux par plaisir dans un truc pareil. Des heures t’y passerais !
Puis dans sa chambre.
– Une vraie salle de bal, t’as vu ça ! Et le lit ! Il est d’un moëlleux !
Ce qu’elle lui a fait vérifier. Poing fermé.
– Cela étant, j’y suis pas souvent. C’est plutôt avec lui que je dors. À côté.
Où elle l’a entraînée.
– Et v’là le travail ! Avoue que j’ai pas à me plaindre…
Un petit tour dans la salle de bains.
– Baignoire avec remous, s’il vous plaît…
Elle l’a fait redescendre.
– Et maintenant la cerise sur le gâteau. Par là ! Non, à droite. Là ! Tu y es.
Devant la piscine.
– Hou ! La vache !
– Oui, hein ! Et il y a pas de vis-à-vis. L’été complètement à poil on se baigne. Pas de marques de maillot comme ça. Tu pourras venir si tu veux.

On est passés à table.
– Alors ? Qu’est-ce t’en dis ?
Elle en disait que… Que c’était bien… Que c’était même très bien.
– Oui, hein ! Oh, mais je sais ce que tu penses. T’y crois pas une seule seconde qu’on couche pas.
Alexandra a fait mine de protester.
– Mais si ! Bien sûr que si que c’est ce que tu penses ! C’est trop le schéma classique, attends ! La petite étudiante sans le sou avec le quinquagénaire bourré de thunes. Qui l’entretient. Qui lui offre tout ce qu’elle veut. En contrepartie de quoi elle écarte les cuisses. C’est ce que tout le monde s’imagine. Forcément. Eh ben, c’est pas ça du tout. Bien sûr qu’on en a des moments érotiques. Souvent. Et intenses. À notre façon à nous. Mais on couche pas. Non, non et non. Ça gâcherait tout. Et on se perdrait.
C’était pas vraiment qu’elle y croyait pas, Alexandra. C’était…
– Qu’il y a pas grand-monde qu’est capable de ça. Alors que presque tout le monde en rêve. Et, du coup, on préfère se persuader que c’est pas possible. On n’a pas envie de se dire qu’il y en a qui y arrivent.

Dans la foulée, Clorinde a évoqué ses mecs.
– Et il y en a eu ! Mais bof ! Ça cassait pas trois pattes à un canard. J’en ai fait le tour. C’est toujours à peu près pareil finalement, hein ! Avant tu t’imagines des tas de trucs, mais une fois que t’es avec, le type ! Alors je cherche plus. C’est trop décevant. Et puis je suis bien comme je suis. Un petit coup vite fait, comme ça, à la rigueur, si l’occasion se présente, mais ça s’arrête là. Et toi ?

Elle a hésité.
– Oh, moi !
Haussé les épaules.
– J’ai quelqu’un, oui, mais qu’est marié.
– Et t’espères que…
– Qu’il quitte sa femme ? Non. De toute façon je suis pas sûre qu’au quotidien avec lui… Alors je prends les bons moments. Sans trop me poser de questions.

mardi 6 août 2019

Clorinde, ma colocataire (41)


On a frappé.
J’ai jeté un coup d’œil sur le réveil. Huit heures. Qui ça pouvait bien être ?
On a insisté.
– Clorinde…
– Quoi ?
Elle était couchée sur le flanc, couette rabattue jusqu’au pied du lit, vêtue en tout et pour tout d’une petite culotte blanche.
– On frappe.
– Ben, allez ouvrir ! Qu’est-ce vous attendez ?
D’une voix empâtée.
C’était un type en peignoir bleu, la serviette de bains sur l’épaule, la trousse de toilette à la main.
– Excusez-moi ! Je suis le voisin à gauche. Elle est pas là la jeune femme ?
J’ai chuchoté.
– Elle dort.
Il a chuchoté aussi.
– Non, parce que je l’ai vue hier. Et elle m’a proposé de venir me laver si je voulais. Comme ma douche est en panne.
– Ben, allez-y ! Mais faites pas de bruit. La réveillez pas !
Un doigt sur les lèvres, il m’a fait signe que oui… Oui… Bien sûr.
Elle n’avait pas changé de position.
Il a tiré sur lui la porte de la salle de bains. L’eau a giclé.

Je suis allé la rejoindre.
– Il m’a regardée ? En passant. Il m’a regardée ?
– Ah, ben ça !
– Appuyé ?
– Encore assez. Mais pas trop quand même. Parce que j’étais là, mais sinon…
– Et si ça se trouve, il est en train de se branler comme un furieux, là, à côté, en pensant à ce qu’il vient de voir.
– Possible, oui.
– Plus que probable, vous voulez dire. Et même, quasiment certain. J’aime bien. Comment elle est sa queue, vous croyez ?
– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?
– Ben, allez voir ! Trouvez un prétexte, je sais pas, moi !
– Que je…
Elle a éclaté de rire.
– Vous verriez votre tête ! Vous êtes vraiment trop drôle.
Elle s’est levée.
– Bon, mais que je m’habille quand même ! Avant qu’il sorte. Qu’il aille pas s’imaginer des trucs. Parce que tout-à-l’heure j’étais censée dormir, mais maintenant…
– Tu m’en avais pas parlé de ce type…
– Entre la Mégane de la pétanque, son mari, Alexandra, et tout et tout, ça m’était complètement sorti de la tête. Oh, mais c’est tout bête, hein ! On s’est trouvés en même temps sur le palier. Il sortait de chez lui. Je rentrais. On a un peu discuté. Il m’a dit qu’il était embêté parce que sa douche marchait plus, que le plombier était débordé, qu’il allait venir, oui, mais quand ? Je lui ai proposé d’utiliser la mienne, du coup, en attendant. Et puis voilà !
Elle a boutonné son pantalon.
– Cela étant, que sa douche soit HS, je suis loin d’en être convaincue, mais bon…

Il a fait sa réapparition.
– Hou ! Ça fait du bien…
Elle lui a proposé un café.
– Non, merci. Désolé. Faut que j’y aille. Je suis déjà à la bourre. Une autre fois…
– En tout cas, hésitez pas, hein ! Revenez quand vous voulez.
– Oui. Merci. C’est gentil. C’est très gentil.