mardi 16 juillet 2019

Clorinde, ma colocataire (38)


– Vous savez quoi ? J’ai une furieuse envie de me faire mater aujourd’hui. D’avoir plein de désirs sur moi.
– Normalement, ça , ça devrait pouvoir s’arranger.
– Vous pensez bien que oui ! Sans problème. On va à la piscine ? La municipale ? C’est le jour ou jamais le jeudi. Il y a pas les scolaires. On est tranquille.
– Eh ben, allez !

Elle avait revêtu un maillot de bains noir une pièce qui lui moulait le fendu et les fesses au plus près.
– Hou là ! Mais ça relève carrément du cameltoe, ton truc, là, dis donc !
– Faut ce qu’il faut. Bon, mais je compte sur vous, hein ! Vous regardez bien les réactions. Et vous me direz.
Elle a majestueusement longé le rebord de la piscine, à pas lents, jusqu’au plongeoir, de l’autre côté, là-bas. Elle y est restée debout, un long moment, immobile, à contempler la surface de l’eau. Avant de s’y jeter.
On l’avait suivie tout du long des yeux. Un type d’une quarantaine d’années, ouvertement, sans dissimuler le moins du monde son intérêt. Deux autres, plus âgés, aussi discrètement que possible. Un autre encore, la soixantaine bien sonnée, que la présence de sa femme à ses côtés contraignait, manifestement à contre-cœur, à une certaine retenue. Et puis il y avait ce jeune, d’à peu près son âge, qui la buvait littéralement des yeux, qui s’est précipité à l’eau quand elle y a sauté, qui a nagé dans son sillage.

Elle est venue s’étendre à mes côtés. A relevé une jambe.
– Alors ?
– Tu as ton petit succès.
– Mais encore ?
Le jeune est sorti de l’eau. Lui a jeté, au passage, un regard appuyé.
– Celui-là, s’il te fait envie, c’est quand tu veux.
– Non, merci. Sans façons. C’est pas déplaisant de lui faire de l’effet, mais bon…
– Sinon, ben ça m’a tout l’air de bander à tout-va. Même si ça s’efforce de le dissimuler. Il y a des signes qui ne trompent pas. Et c’est pour toi. Aucun doute là-dessus.
Elle s’est retournée. Sur le ventre. A fait claquer l’élastique du maillot contre sa fesse.
– Et le couple ? Qu’est-ce qu’il fait, le couple ?
– Elle, elle compulse un magazine. Et lui, il lit un journal. Il fait semblant. Parce qu’en réalité, il arrête pas de jeter tout un tas de coups d’œil dans notre direction. Sur toi, en fait.
Elle s’est lascivement étirée.
– Qu’est-ce vous pariez que, ce soir, sa bobonne va y attraper ?
– Ça, c’est pas impossible.
– C’est même quasi certain. Quand il se sera bien gorgé de moi… J’adore. Je suis peut-être tordue, sûrement même, mais j’adore ça, me dire que la bonne femme, elle croit que c’est elle qui l’excite, son mec, alors qu’en réalité, dans sa tête, c’est moi qu’il est en train de baiser. Bon, mais après, elle a pas trop à se plaindre non plus. Parce que, sans moi, elle aurait rien du tout. Elle me doit une fière chandelle finalement !
Elle s’est remise sur le dos.
– Il y aura peut-être pas qu’elle d’ailleurs. Parce que tous ces types, là, qui me reluquent à qui mieux mieux, va bien falloir qu’ils fassent retomber la pression. D’une façon ou d’une autre. À un moment ou à un autre. Avec leur nana, s’ils en ont une. Ou tout seuls.
Elle s’est appuyée sur un coude.
– Vous devriez pas me faire penser à des trucs pareils. Ça me donne envie.
– Ben, voyons ! C’est de ma faute. Non, mais alors là, c’est la meilleure !
– Beaucoup trop envie. On va se prendre une douche ? Il y en a près des vestiaires.
Elle s’est levée.
– Mais d’abord, un dernier tour de piste. Histoire de…
Elle a rajusté son maillot, chaloupé jusqu’au plongeoir, apparemment indifférente aux regards. Posés sur elle. Rivés à elle.
Une longueur de bassin. Une autre. Encore une.
Elle est sortie de l’eau, est revenue lentement vers moi, s’est penchée en avant, saisie de sa serviette, longuement essuyée.
– On y va ?

On a refermé sur nous la porte de la douche. Elle a retiré son maillot. Presque aussitôt, quelqu’un est venu occuper la cabine voisine.
Elle a silencieusement ri.
Chuchoté.
– J’en étais sûre. C’est lequel à votre avis ?

mardi 9 juillet 2019

Clorinde, ma colocataire (37)


Elle est allée déposer son bol dans l’évier.
– Bon, allez, feu ! Je pars rôder du côté de la grande surface. Il y a des courses à faire n’importe comment. Et vous, j’ai pas de conseils à vous donner, mais moi, à votre place, j’irais jeter un coup d’œil du côté de ce club de pétanque. Histoire de tâter le terrain. Et de vérifier qu’il en fait bien partie, notre magnétiseur. Mais enfin, c’est vous qui voyez, hein !

Le local était fermé, mais il y avait une femme sur le boulodrome. La trentaine. Châtain foncé. Bouclée. Seule.
Elle m’a interpellé à travers le grillage.
– Vous cherchez quelque chose ?
– Non. Enfin si, oui. Je me demandais si, éventuellement, il serait possible de s’inscrire.
– Bougez pas ! J’arrive.
Elle a fait le tour par derrière, m’a ouvert.
– Allez-y, entrez !
Elle s’est activée derrière le comptoir, a déplacé des dossiers, ouvert des tiroirs.
– C’est toujours pareil ! Quand on cherche quelque chose… Faut dire aussi que normalement, les inscriptions, c’est pas moi qui m’en occupe. Mais je peux toujours vous faire remplir la feuille. C’est à la bonne franquette, ici. Pour le reste, les frais, l’assurance, tout ça, vous aurez qu’à voir avec Nadine. C’est la secrétaire, Nadine. Elle est là tous les après-midis. De deux à cinq.
Elle m’a tendu un stylo, regardé remplir le formulaire.
– Vous devez me prendre pour une folle, non ?
Je lui ai lancé un regard interloqué.
– Non. Pourquoi ?
– Ben, une fille qui joue aux boules toute seule, ça craint, non ?
– Ah ! Oh, chacun fait ce qu’il veut.
– En fait, on a une grosse compét le mois prochain, au niveau régional, et si je veux être prête, il y a pas de secret : entraînement, entraînement et encore entraînement.
– Je sais pas si…
– Vous débutez, hein ! Oh, mais faut pas faire de complexes. Vous serez pas le seul, vous verrez. Et puis faut bien commencer par commencer. Tenez, venez, tant qu’on y est, je vais vous donner un casier. Que vous puissiez y mettre vos affaires.
Elle a farfouillé dans un bocal.
– Le 42, il est libre. C’est là-bas. Venez, je vais vous montrer.
On est passés devant le sien. Qui était ouvert. Qu’elle a refermé.

– Et alors là, je te le donne en mille.
– Quoi ? Ben, accouchez !
– Le nom, sur le casier… Mégane Hugonnet.
– C’est pas vrai !
– Eh, si ! C’est pas le mari magnétiseur, l’amant d’Alexandra, qui gagne des trophées à la pétanque, mais sa femme.
– C’est peut-être les deux…
– Non. Parce que tu penses bien que je suis restée bavarder un peu avec. Et que je lui ai posé la question, l’air de pas y toucher. « Mon mari ? À la pétanque ? Oui, oh, ben alors ça, c’est pas demain la veille. Non, lui, à part son boulot et les films américains à la télé, il y a pas grand-chose qui l’intéresse. »
– Et le cul de sa collègue Alexandra. Mais ça, en principe, elle est pas au courant. Bon, ben vous avez sacrément bien avancé, dites donc ! Je suis fière de vous. Et maintenant que vous êtes dans la place, il y a plus qu’à dérouler. On avance… On avance… D’autant que moi, de mon côté, il y a eu mèche avec Alexandra. Elle était au café aujourd’hui. Alors vous pensez bien que j’ai sauté sur l’occasion. On a discuté. Bien. Pas mal. De plein de trucs. Presque une demi-heure durant. Et on remettra ça : je lui ai soutiré ses horaires.

mardi 2 juillet 2019

Clorinde, ma colocataire (36)


C’est le ruissellement de la douche qui m’a réveillé.
Dans un grand bâillement.
– Ah, ça y est, enfin ! Ben, venez me rejoindre. Elle est assez grande. Et puis on pourra parler comme ça.
Elle était toute ensavonnée. Des pieds à la tête.
– Eh, ben dis donc, vous, quand vous dormez, vous dormez, on peut pas dire. N’empêche que vous avez raté quelque chose. Ça s’est complètement débondé après, cette nuit. Un couple juste en-dessous. Comment elle donnait de la voix, la nana ! Et ils ont remis deux fois le couvert. Un autre aussi, un peu plus loin, à gauche. J’ai bien essayé de vous réveiller. Que vous en profitiez, vous aussi. Il y avait pas de raison. Mais il y a jamais eu moyen. Vous bougonniez et vous vous retourniez de l’autre côté. J’ai même cru que vous alliez me coller une gifle à un moment. Alors bon, j’ai pas insisté. Je suis pas suicidaire. Vous avez vraiment tout loupé, du coup. Parce que moi aussi, je me suis amusée comme une petite folle. En silence. C’est bien aussi, des fois. Ça change. En silence et en les écoutant. Et en imaginant. Parce que je suis bien tranquille qu’il y en avait aussi tout un tas tout autour, des types comme des filles, qui faisaient marcher tant et plus leurs doigts. Ou qui se faisaient aller et venir des trucs dedans. C’est pour ça : il faut absolument qu’on sache. Qui est qui. Et qui est où. Pour bien se rendre compte. Vous savez quoi, le mieux ? Eh bien on va faire un plan de l’immeuble. Avec les noms. Et tous les renseignements qu’on pourra trouver. Sur les uns et sur les autres. Elle est pas géniale mon idée ? Si, hein ? Vous me passez le shampooing ? Non, l’autre. Le flacon vert. Là, oui. Merci.
Elle s’est vigoureusement frictionné le cuir chevelu.
– Ah, ils aiment ça qu’on les déclenche ici ? Eh, bien on va les déclencher. On va leur mettre un de ces bordels. Ils ont encore rien vu. Et vous non plus, d’ailleurs…
Elle s’est rincée. Ébrouée.
– Vous faites voir ?
– Quoi, donc ?
– Ben, votre main, tiens ! Qu’est-ce vous voulez d’autre ?
Je la lui ai tendue.
Elle l’a prise dans la sienne.
– Wouah ! Comment je vous les y ai enfoncées loin ! À ce point, je m’étais pas rendu compte. En douce que j’ai un sacré bon coup de dents, ça, on peut pas dire.
Elle a délicatement caressé. Du bout du doigt.
– Ça vous fait mal ?
– Un peu.
– Alors ça, ça m’étonnerait. Sûrement plus qu’un peu. Beaucoup plus.
Elle a appuyé.
J’ai grimacé.
– Ah, vous voyez !
Encore plus fort. D’un coup.
Il m’est échappé un petit gémissement.
– Vous aimez ça avoir mal à cause de moi ? Oh, oui que vous aimez, oui ! Vous bandez. Et pas qu’un peu !
Elle m’a envoyé une petite pichenette sur la queue.
On recommencera alors puisque ça lui plaît, à elle. Mais pas forcément dans le gras de la main. Vous avez plein d’autres endroits où je peux avoir envie de me faire les dents.
Elle m’a effleuré un téton.
– Ici, par exemple.
En a approché les lèvres.
– Et l’autre, en bas, qu’en peut plus. Qui se hausse du col comme c’est pas permis. Oui, ben va falloir que t’attendes, ma grande ! On a une journée chargée comme c’est pas permis, nous, aujourd’hui !

mardi 25 juin 2019

Clorinde, ma colocataire (35)


– Jamais ça baise ici ! Nulle part. C’est pas possible, ça.
Une heure, plus d’une heure qu’elle maugréait.
– Non, mais c’est vrai, quoi ! C’est pas la peine d’avoir des voisins si c’est pour jamais les entendre s’envoyer en l’air.
Elle a sorti son petit enregistreur de sous l’oreiller.
– Je vais te les mettre en appétit, moi, vous allez voir !
A tripatouillé les boutons.
– Je sais pas quoi choisir. Vu le nombre de fois où je me suis enregistrée… Décidez, vous !
– Il en faudrait un où t’es complètement déchaînée. Où tu maîtrises plus rien.
– Oui, ben c’est pas ça qui manque…
– L’autre jour, tu m’as parlé d’un fantasme tout récent. Que tu convoques souvent. Qui te met dans tous tes états.
– Et dans lequel vous intervenez, oui.
– Tu l’as ?
– Évidemment que je l’ai. Tout un tas de fois.
– Et c’est quoi, ce fantasme ? On peut savoir ?
– Ben oui ! Oui. Je vous l’avais dit que je vous le dirais.
– Alors je t’écoute…
– Vous vous rappelez la fois où on s’est branlés tous les deux, face à face, dans la cabine d’essayage, avec tous les gens autour ?
– Si je me rappelle !
– Vous avez voulu m’empêcher de crier quand je suis venue. Et je vous ai mordu un grand coup la main.
– Ah, ça, sûr que tu y es allée de bon cœur !
– Eh bien je recommence. C’est sans arrêt que je vous mords dans mes fantasmes. Encore dans une cabine, oui. Mais aussi au restaurant, quand je me suis bien excitée sous la table et que ça me déferle. À des tas d’autres endroits aussi. À la fac. À la piscine. J’imagine tout un tas de circonstances. Bien en détail. Avec des gens autour. Des fois je les connais. Des fois pas du tout. Mais toujours ça finit, au moment où je jouis, de la même façon. Je vous referme un grand coup les dents dessus.
– Et c’est systématiquement moi ton souffre-douleur ?
– Presque. C’en est d’autres des fois, mais je reviens toujours à vous. Parce que vous, ça a vraiment eu lieu. Je vous choque ?
– Oh, non, non ! Pas du tout, non ! Tu verrais tes yeux quand tu racontes…
– Je vais vous mettre un jour où j’y étais retournée toute seule à la cabine. Où je me l’étais fait, mais retenu. Frustrant. Où je m’étais dépêchée de rentrer du coup. Et où j’avais recommencé. Tout de suite. En imaginant que vous y étiez avec moi. Comme la fois en vrai.
Elle a enclenché.
On s’est tus.
Son souffle d’abord. Précipité. De plus en plus. Ses gémissements. En demi-teinte. Qui, très vite, ont pris de l’ampleur. Se sont, en quelques instants, transformés en cris de jouissance éperdue. Une tempête, un raz-de-marée de plaisir.
– Eh ben dis donc !
Elle m’a souri.
– Oui, hein ?
Elle a remis au début.
Et, cette fois, elle s’est accompagnée. De ses doigts en tournoiement frénétique sur son bouton, la tête renversée en arrière, les yeux mi-clos.
Elle est venue en même temps qu’elle. Je lui ai offert ma main. Elle y a planté énergiquement ses crocs. De toutes ses forces.
Quelque part, au-dessus, une femme a joui aussi. À longs sanglots libérés.

mardi 18 juin 2019

Clorinde, ma colocataire (34)


– Qu’est-ce tu regardes ?
Elle avait enfilé un long tee shirt blanc qui lui tombait jusqu’au dessous des genoux et buvait son café, assise sur le radiateur.
– Hein ? Qu’est-ce tu regardes ?
– Oh, rien de spécial. Mais ce que je me demande quand même, c’est s’il y en a qui m’ont vue hier soir.
– Oh, ça, sûrement ! Un type, à l’hôtel, il laisse souvent traîner les yeux dehors. On sait jamais. Des fois que…
Elle a vidé sa tasse d’un trait.
– En attendant, ils ont pas été très coopératifs à côté. Ni ailleurs, dans les étages. Va falloir que ça change. Sinon, on va être obligés de prendre les choses en mains.

Elle est sortie de la salle de bains toute pomponnée, vêtue d’une ravissante robe rouge.
– Hou là ! C’est le grand jeu ! Et tu vas où comme ça ? On peut savoir ?
– Chez le type, là. Le magnétiseur dont les caissières m’ont parlé au café. Qu’est le mari d’une collègue à elles. Vous savez bien…
Elle a renversé son sac sur la table.
– Sauf que je sais plus ce que j’ai fichu de sa carte. Ah, ça y est, la v’là ! Henri Guillemot. C’est ça…
– Qui tu dis ?
– Henri Guillemot. Pourquoi ?
– Parce que sur l’une des boîtes aux lettres de l’immeuble où habite le type que j’ai suivi l’autre jour, à la sortie de l’hôtel…
– Il y avait écrit Henri Guillemot. C’est pas vrai !
– Eh, si !
– Ce qui veut dire qu’Alexandra couche avec le mari d’une collègue. CQFD. C’est clair comme de l’eau de roche. Et ça peut pas être un hasard. Et on sait qui c’est. Ah, ben bravo ! Bravo ! Tu m’étonnes qu’ils se planquent pour se voir… Bon, ben en tout cas, ça nous débroussaille bien le terrain. Et ça motive que le diable… J’y vais. Je vous raconterai.

Elle est revenue en toute fin de matinée.
– Alors ?
– Alors, ben ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il est beau mec. Là dessus il y a pas photo. Après, pour ce qui est de ses talents de magnétiseur, c’est carrément du pipeau. Il y a pas photo non plus. Il t’étourdit de tout un tas de grands discours prétentieux. Il te colle les mains là où tu dis que t’as mal. Et puis voilà : le tour est joué. À mon avis, il y croit pas lui-même à tout ça. Reste à savoir s’il s’est lancé là-dedans pour le fric ou pour draguer.
– Ou les deux.
– Possible aussi, oui.
– Tu vas y retourner ?
– Évidemment que je vais y retourner. Je veux savoir ce qu’il a au juste dans le ventre cet oiseau-là. Et si on veut savoir ce qu’Alexandra fiche avec… Quels sont les tenants et les aboutissants…
– Ça te passionne tout ça, hein !
– Carrément ! Je sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’il y a un mystère là-dessous, que c’est pas une histoire de fesses ordinaire. Ce qu’il faudrait déjà, moi, je crois, c’est savoir s’il a qu’Alexandra, en plus de sa femme, ou s’il se multiplie à tout va. Déjà, la façon dont il va se comporter avec moi, ça va nous donner une petite idée. Mais ce sera pas suffisant. L’idéal, ce serait que vous, de votre côté, vous essayiez de savoir ce qu’il a dans le ventre. Que vous entriez en contact avec et que vous le fassiez causer. Les mecs, entre eux, c’est souvent qu’ils se vantent de leurs conquêtes. Vous jouez à la pétanque ?
– Non. Pourquoi ?
– Parce que, dans l’entrée de son appart, il y a tout un tas de coupes gagnées à des concours de pétanque. Et de la publicité pour le club local. Alors…
– Alors je sais ce qu’il me reste à faire.

mardi 11 juin 2019

Clorinde, ma colocataire (33)


Bon alors qu’est-ce qu’on faisait ? On restait passer la nuit là ou on retournait là-bas ?
– Ce que tu veux. Tu choisis.
– Je suis partagée. Parce que c’est vrai qu’ici, chez vous, on a tout le confort. Et on est tranquilles. Pas de voisins à proximité immédiate. Mais, d’un autre côté, ça a aussi ses avantages, les voisins. Parce qu’on peut les entendre et ils peuvent nous entendre. Surtout au début, comme ça, c’est pas mal, moi, je trouve, de prendre ses marques. De savoir qui il y a, à droite, à gauche, au-dessus, en dessous. Si c’est des tout seuls. Ou si c’est des couples. S’ils s’engueulent. S’ils s’envoient souvent en l’air. Si elle braille comme une possédée, la fille, quand elle jouit. Enfin plein de trucs, quoi !
– Sans compter qu’il y a l’hôtel juste en face.
– En plus, oui !
– Bon, ben allez, en route alors !

On s’est pris des pizzas au passage. Des quiches. Des sodas.
– Tout ce qui va bien, quoi !
Et on s’est retrouvés, sur le palier, en compagnie d’un type brun, frisé, avec qui on a échangé un rapide bonjour et qui s’est engouffré dans l’appartement d’à côté.
– Vous voyez qu’on a bien fait finalement ! Parce que le mec de la fille de droite, on sait à quoi il ressemble comme ça, maintenant…
– C’est peut-être pas son mec… C’est peut-être juste UN mec.
– Qu’a les clefs ? Ça m’étonnerait. Oui, oh, de toute façon, dans un cas comme dans l’autre, il fera pas long feu. C’est le genre de nana qu’aime le changement. Ça se voit tout de suite, ça !

Elle a dévoré trois parts de pizza, assise sur le radiateur, en jetant de fréquents coups d’œil, par la fenêtre, sur ce qui se passait au-dehors.
– Bon, mais allez, il y a plus qu’à se coucher. Qu’est-ce vous voulez faire d’autre ?
Et elle s’est déshabillée.
– Heu… Clorinde…
– Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Je te signale quand même que les volets sont pas fermés, qu’il y a pas de rideaux et que t’es en pleine lumière.
– Oui, je sais. Et alors ? C’est l’hôtel en face. Ils sont de passage. Ils me connaissent pas et je les connais pas.
Elle a tranquillement continué. Le soutien-gorge. La culotte. Qu’elle a jetés sur une chaise.
– Alors s’il y en a qui veulent mater, qu’ils matent ! C’est pas moi que ça dérange. Et si leur légitime peut en profiter…
Elle a tourné, viré, entièrement nue, dans la pièce, farfouillant dans son sac, allant se servir un verre d’eau, vérifier que le verrou était bien mis, que le gaz était fermé.
Et elle venue se glisser dans le lit à mes côtés.
– Là… Et maintenant chuuut ! On écoute.
Il y avait de la musique, pas très fort, quelque part. Au-dessus, à droite, de l’eau coulait. Quelqu’un a crié. « Bon, cette fois, ça suffit, Mathias, tu vas te coucher… » À côté, il y a eu un murmure de voix. En sourdine.
– C’est du papier à cigarettes, les cloisons, là-dedans ! Je suis sûre que si on y collait l’oreille, on pourrait entendre tout ce qu’ils se disent.
– Et t’en crèves d’envie…
– Non, mais ça va pas ? Pour qui vous me prenez ? Enfin, si ! Quand même un peu…
– Beaucoup, oui, tu veux dire…
– Attendez ! Écoutez ! Il est juste de l’autre côté, leur lit. On est tête à tête.
– Aux premières loges en somme…
– Encore faudrait-il qu’ils y mettent un peu du leur…

mardi 4 juin 2019

Clorinde, ma colocataire (32)


Elle a débarqué chez moi en fin d’après-midi.
S’est affalée de tout son long sur le canapé.
– Hou là là ! Quelle purge !
– Tes parents ? Ça s’est mal passé ?
– J’en ai pris plein la tête. Mais ça, je m’y attendais. J’ai eu droit à tout. Non, mais comment je pouvais vivre dans un gourbi pareil ? « C’est pas comme ça qu’on t’a élevée, Clorinde, c’est pas du tout comme ça qu’on t’a élevée… » Et j’avais même pas de quoi me faire correctement à manger. « Tu te gaves de pizzas et de hamburgers, j’imagine ! Mais continue ! Continue bien à te détruire la santé ! Tu verras plus tard. » Et le lit ! Ah, le lit ! « Non, mais regarde-moi ça, Maxime ! Elle dort par terre, sur un matelas pneumatique. Comme si, avec tous les chèques dont on l’inonde, elle pouvait pas s’offrir une literie correcte. Quitte à la payer en trois ou quatre fois. Mais qu’est-ce tu fais de tout l’argent qu’on te donne, tu peux me dire ? »
– Oui. C’était ta fête, quoi !
– Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand ils ont cru découvrir qu’il y avait un homme dans ma vie. Ben oui, forcément ! Deux serviettes de bain. Deux brosses à dents. Un rasoir. Et évidemment, pour eux, il pouvait y avoir qu’un marginal, un drogué, pour accepter de vivre dans des conditions pareilles. « Tu files un mauvais coton, Clorinde, un très mauvais coton. J’espère qu’au moins tu te protèges ? » C’est là que ça a dégénéré. Je faisais ce que je voulais avec mon cul. Ça les regardait pas. Et elle, elle est montée sur ses grands chevaux. « Si, ça nous regarde, si, figure-toi ! Parce que tu es complètement irresponsable, ma pauvre fille ! Tu l’as toujours été. À jouer les originales. À vouloir à tout prix te singulariser. Ce qui t’a mise maintes et maintes fois, permets-moi de te le rappeler, dans des situations impossibles. Dont il a fallu qu’on fasse des pieds et des mais pour te sortir. Alors il serait quand même grand temps que tu deviennes adulte, non, tu crois pas ? »
– Eh ben dis donc !
– Le risque, maintenant, c’est qu’ils déboulent tous les quatre matins.
– Ils habitent loin.
– Oui, oh, ben alors là, on voit que vous les connaissez pas. Surtout elle. Je l’entends d’ici. « Faut qu’on aille voir ce qu’elle fabrique. C’est notre fille quand même, Maxime ! On peut pas la laisser partir complètement à la dérive. » Et tralali et tralala… Et lui, même que ça le gave de prendre la route…
– Tu sais ce que je crois, moi, plutôt ? C’est qu’il va m’appeler, Maxime. Me demander d’avoir un œil sur toi. « Elle a vécu chez toi. Elle t’a à la bonne. Tu as une excellente influence sur elle. Alors si tu pouvais… Parce qu’elle nous inquiète, je t’assure. »
– Effectivement ! C’est pas impossible, ça, qu’il vous appelle.
– Sinon, s’il le fait pas, c’est moi qui le ferai.
– Et vous saurez trouver les mots. Là-dessus, je vous fais confiance. Bon, mais allez, assez parlé d’eux. Devinez où je suis allée après, quand ils ont été partis ?
– Voir Alexandra.
– Qu’était pas à sa caisse. Ni au café, en face. Par contre, il y avait une des filles de l’autre jour. Que j’ai rebranchée sur les médecines parallèles. Et, de fil en aiguille, je lui ai demandé si, par hasard, elle connaîtrait pas un bon magnétiseur. Parce que j’avais des migraines comme c’était pas possible depuis quelque temps. Ça me pourrissait la vie. Oh, mais un peu qu’elle en connaissait un. Un peu ! C’était le mari d’une collègue. Hyper doué. Il obtenait de sacrés résultats. Et toutes les autres autour de confirmer à qui mieux mieux. Il y en avait une, grâce à lui, elle avait arrêté de fumer. Une autre, c’était ses vertiges qu’il avait guéris. Une troisième, elle avait perdu huit kilogs. Bref, je me suis retrouvée avec l’adresse et le numéro de téléphone du type.
– Tu vas y aller ?
– Oh, sûrement, oui. Ne serait-ce que pour pouvoir aller leur en parler après. Comme vous voyez, je continue, peu à peu, à creuser le sillon. Et ce serait bien le diable si, au bout du compte…